Bonjour à tous

 

Le 20 décembre 2019

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Le bulletin n° 20  du bonjour à tous le-chardenois-217x300 CHARDENOIS   est paru

 

 

 

Ce bulletin n°20, comme les précédents du n° 16 au n° 19, paraît sous un nouveau site :

chardenois.unblog.fr (http://chardenois.unblog.fr/)

Les bulletins n°1 à n°15 demeurent visibles sur l’ancien site toujours ouvert : moisand.unblog.fr (http://moisand.unblog.fr/).

Les raisons de ce changement sont largement expliquées dans la page d’accueil, à laquelle vous pouvez accéder en cliquant sur ce mot dans le bandeau vert sous le titre du journal. 

 

 

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Les commentaires sont évidemment  les bienvenus.

Ne pas oublier que ce journal ne peut vivre sans l’apport de chaque membre de la famille en documents, photos et propositions d’articles

Ne pas oublier non plus qu’un blog, par nature, c’est ouvert à tout le monde (et pas seulement à la famille !) : raison de plus pour que Le Chardenois demeure un journal de qualité !

 

 

le-chardenois-217x300        Bonne lecture…

 

 

 

 

 

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Bulletin n° 20 ** déc. 2019 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

Numéro Spécial  “Hélène Charbonnier Moisand”

(1886-1964)

 

 

 

 

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                                                    Philippe Moisand

 

Numéro spécial parce qu’il est exceptionnellement consacré à une seule personne que nous avions inconsidérément oubliée dans les 19 numéros précédents, mais aussi parce que nous avons pour la première fois fait appel à tous ses descendants directs pour  participer à cette forme d’hommage que nous voulions rendre à notre grand mère. Merci à tous ceux qui s’y sont « collés », le plus souvent avec talent.

De qui parlons-nous? De La Reine ou de Bonne Maman? Anne a bien raison. Le qualificatif de La Reine appartient à nos parents. Pour nous,  c’est bien sûr celui de Bonne Maman que vous avez d’ailleurs tous plébiscité sans même y prendre garde, tout simplement parce que c’est celui qui vient immédiatement à l’esprit quand on vous demande de parler d’elle. J’ai été très ému de prendre connaissance de vos témoignages d’où il ressort tant de respect, d’admiration, et surtout d’affection sincère et réciproque. Libérée de son rôle de chef de famille qu’elle a dû assumer seule pendant longtemps vis-à-vis de ses propres enfants, Bonne Maman dévoilait effectivement, dans sa relation avec ses petits enfants, sa vraie nature et retrouvait toute l’affection dont la génération qui nous a précédés se  croyait un peu privée.

Ce numéro spécial est une sorte de compilation de tout ce dont nous disposions sur le sujet et de tout ce que vous avez bien voulu nous communiquer. Pas facile de vous en faire une présentation parfaitement claire et cohérente. Nous avons choisi de classer tout cela en quatre grandes rubriques: en premier lieu, vos témoignages, puis les oeuvres, des photos et dessins et enfin des documents. J’espère que vous vous y retrouverez.

C’est un premier pas, mais il reste tant à dire de ce personnage hors du commun que nous avons prévu d’intégrer progressivement ce que vous voudrez bien continuer à nous adresser. Peut-être la lecture de ce numéro spécial donnera-t-elle des idées à celles et ceux qui ne se sont pas encore jetés à l’eau.

Bonnes et joyeuses fêtes de Noël à tous.

 

Photo de titre : détail du vitrail  “Italie” de la grande salle à manger de la Villa.  L’auteur du vitrail aurait pris Hélène comme modèle et c’est ce portrait d’Hélène avec un diadème qui aurait été à l’origine de son surnom, la Reine  : légende ou  réalité  ?  

Ce vitrail a l’âge de la Villa, 100 ans en 2020 (!). Hélène avait alors 34 ans. 

 

 

 

 

 

 

 

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 (Photos des années 1950 : Bonne-Maman entourée de ses petits-enfants)

 

 

 

IMG_5225e2 Dominique Moisand

 

C’était sans doute un dimanche de printemps, calme entre deux débarquements de Parisiens, la Villa était exceptionnellement à nous, les voisins. Toujours aussi dynamique, Bonne-Maman s’activait. Et la voilà qui m’entraîne autour de la table hexagonale au milieu du hall, nous nous asseyons sur les grosses chaises cloutées. Elle attrape un crayon et une feuille de papier. Il y a un bouquet sur la table dont je serais incapable de me rappeler la composition et elle se met à dessiner un décor floral. Le temps s’arrête, son visage est à la fois épanoui et concentré. Pour moi qui ignorais tout de ses créations et de ses capacités artistiques, c’est le souvenir de son naturel et de sa simplicité qui me revient surtout. Dans cet exercice de création, comme en général, elle ne se prend pas au sérieux mais elle va au bout, tout en parlant. Que penses-tu de ce bleu ? Quelle forme va-t-on choisir ? Comment appellera-t-on le service si c’est réussi ? Concluant par « bon voilà, je donnerai ça à la peinture demain ».

Il m’est arrivé ensuite de rencontrer des gens qui expliquent avec des mots de tous les jours un domaine que l’on ressentait comme extrêmement complexe. Ça me faisait penser à Bonne-Maman. La simplicité serait-elle le masque du talent ? ce qui expliquerait qu’on le croise sans le voir ?

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hlnecm001c Denis Moisand
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L’Adieu

Nous étions trois bambins, trois cousins de la même année : 1954 ! Il y avait Francois, le plus studieux. On ne le voyait qu’aux vacances. Puis Jean-Yves, le plus vif que je retrouvais chaque week-end pour des parties de vélos sans fin.  Et moi, Denis, le fils de Marcel, le plus turbulent. Les graviers blancs de Longchamp volaient sous nos dérapages et faisaient bondir l’Oncle Robert. Quand les « grands cousins » nous prenaient sous leur aile protectrice pour nous apprendre à faire un circuit de petites voitures, c’était le grand bonheur. Mais il fallait vraiment que Bruno ou Dominique n’aient rien de mieux à faire. C’était donc d’autant meilleur que c’était rare !

Lors des grandes vacances, nous avions droit au dortoir du troisième ! Sous la houlette de Solange, quels souvenirs délicieux, elle était si douce avec nous… Au contraire de Bonne Maman, qui ne nous voyait pas vraiment. Appuyée sur son radiateur de l’entrée, dès les premiers frimas, Bonne Maman avait l’art de nous malaxer le menton tout en parlant au-dessus de nos têtes avec oncles et tantes. L’exercice pouvait durer longtemps et nous nous y prêtions de bonne grâce. Elle nous fascinait. Ni tendre, ni attentive, ni douce, ni maternelle mais si présente, si rayonnante. Le soir au salon, nous écoutions les répétitions de la chorale alors que tante Yvonne ou Christiane s’installait parfois au piano. Les sons montaient dans le grand Hall et dans nos petites robes de chambres, nous prisions ces spectacles, allongés en guetteurs contre la rampe. Et puis, il y avait aussi les cours de catéchisme. Là, pas question de chahuter. Mais ses talents de conteuse nous émerveillaient. Pas besoin de cassettes de Disney. Nous étions à Longchamp dans un autre monde.

Hélas, le souvenir le plus percutant que j’ai de Bonne Maman fût son décès si soudain. Nous étions encore de grands enfants et je n’avais jamais été confronté à la mort d’un proche. L’évènement fut si brutal, si inattendu. Un chagrin énorme s’empara de nous trois. Inconsolables, nous pleurions comme des madeleines. Aucun des « grands » ne prenaient soin de nous expliquer la situation. Et nous étions furieux après la messe de voir cousins et oncles et tantes ripailler et rire dans le hall. Nous comprendrions plus tard qu’au-delà du grand respect de la personne disparue, il y a dans ces moments-là une joie indicible à se retrouver. 

Mais notre trio, malgré son jeune âge, avait compris que ce jour-là une page immense écrite par un être exceptionnel venait de se tourner à Longchamp…. Plus rien ne serait comme avant !

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hlnecm 002b Marie-Hélène Duffour Froissart
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vFemme de foi, forte femme, femme de tête, d’intelligence, d’ouverture… 
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 A l’orgue et au piano
Je te revois, Bonne-Maman, à l’orgue, chaque dimanche matin, chaque jour de fête avec tes choristes. J’assiste aux répétitions nocturnes à la Villa, aux voyages de la chorale, j’ai eu la chance de les accompagner jusqu’aux lacs italiens, voyage inoubliable dont ils ont parlé longtemps les soirs d’hiver.
Dans le salon, le piano à queue a disparu mais je fais comme s’il était resté là et j’entends « Tristesse » de Chopin ou la Polonaise héroïque ou la sonate au Clair de Lune et je cède alors à l’émotion.
«  Bonne-Maman… nous avions beaucoup mieux que la télévision, nous t’écoutions en tournant les pages de ta musique. »

 

Chez Bonne-Maman  

(article paru dans le bulletin n° 5 du Chardenois, mai 2010)

Toutes les vacances de mon enfance sont aux couleurs et aux parfums de la Bourgogne, à Longchamp, chez Bonne-Maman et Grand-Père. Ce dernier est mort quand j’avais neuf ans et je m’en souviens peu. J’ai composé, à l’occasion d’un anniversaire de Bonne-Maman, un poème à travers lequel je définissais ainsi la demeure :   

 Maison aux courants d’air

 Maison où tout est clair

 La grande villa est là

 Entourée de lilas                                                                                                                                                                                                                                                              

Le royaume des enfants était le deuxième étage du haut duquel nous plongions, autour d’une vaste balustrade, sur le gigantesque hall d’entrée, passage obligé pour se rendre au salon, ou au fumoir, ou à la salle à manger, ou à la cuisine, ou aux escaliers qui conduisaient au premier étage. Les mosaïques colorées du carrelage nous fascinaient. Mes cousins les utilisaient pour des concours de crachats : la règle du jeu était préétablie en fonction d’une couleur et d’une forme géométrique. Je me contentais de regarder, de hocher la tête et de sourire parfois. Finalement, ces amusements ne m’amusaient pas. 

Comme je préférais les soirées musicales, autour du grand piano à queue de Bonne-Maman, ou la joie d’être associée à la mise en place du couvert pour vingt à vingt-cinq personnes, avec autorisation du choix des faïences en harmonie avec le linge et composition des bouquets de centre de table. C’est de cette époque que je garde l’amour des zinnias, des dahlias, des asters, qui proliféraient au mois de septembre.

Rondeur de la soupière, éclat de l’argenterie, lumière tamisée qui traverse le vitrail sur lequel Bonne-Maman est figée en robe pourpre. Les œufs brouillés tremblent au fond du légumier, la saucière tourne avec le gigot et les flageolets ont pris le sens inverse. Les plats convergent au centre, devant Bonne-Maman que tous appellent « La Reine ». 

Je sais aujourd’hui qu’on l’avait bien désignée.

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027b Anne Moisand Couturier

Photo de titre : Hélène et son premier enfant, Henry
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Pour ma part le nom de La Reine concerne plus les grandes personnes de l’époque et ne représente pas la Bonne Maman avec laquelle j’ai eu la chance de partager tant de bons moments .
Nous qui avons été écartés de la vie du village ne fréquentant pas l’école communale, c’est grâce à Bonne Maman à travers le catéchisme , les répétitions de chorale à la villa , les préparatifs pour la fête Dieu , Pâques. etc ..que j’ai pu me plonger dans la vie du village .
Par son engagement aussi bien à l’usine que dans sa paroisse elle gardait pour nous un esprit toujours jeune. 
Il me revient en mémoire une anecdote à ce sujet : c’etait en période de vacances dans les années 60 et la Villa était bien remplie ; s’adressant à ses petits enfants adolescents elle nous demande de faire une « boom » car cela la changerait des préoccupations de ses enfants parlant de couches et de biberons !!!!
Et je revois Bonne Maman penchée à la balustrade du 1er étage nous regardant danser dans le hall sur l’air de « j’entends siffler le train » ou « tous les garçons et les filles ».  
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hlnecm003  Daniel Moisand
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Photo de titre : Hélène et Gaëtan , 1931
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 J’avais 18 ans à son décès, mais je n’ai fréquenté Longchamp  qu’un mois par an pendant les vacances scolaires, et ce jusque vers l’âge de 12-13 ans. J’y retrouvais avec plaisir les cousins, les oncles ou plutôt les tantes et bien sûr Bonne-Maman.

 Malgré cela, je n’ai que très peu de souvenirs directs de Bonne-Maman. Longchamp était synonyme de vacances, de liberté et je ne voyais en fait Bonne-Maman que lors des repas et encore, je ne mangeais pas à sa table, réservée aux adultes, et si j’ai beaucoup de souvenirs des tantes, je n’ai aucune anecdote ou autre souvenir personnel direct de notre grand-mère.

Je pense qu’il faut faire un grand distinguo entre les cousins « longchampois » et les « parisiens ». Nos deux jeunesses ont été très différentes, grandir en pleine campagne n’a certainement pas toujours été une partie de plaisir, mais à notre différence, les Longchampois ont mieux connu Bonne-Maman.

Aujourd’hui, quand je pense à Bonne-Maman, ce n’est pas en fait ma grand-mère que je vois, mais ce personnage quasi mythique « la Reine » et je crois pouvoir affirmer que c’était déjà cela à l’époque, certainement sous l’influence des « grands » (cousins, cousines, oncles et tantes).

Je peux quand même  livrer cette anecdote : Longchamp, c’était les vacances, la liberté, certes, sauf à table où nous, les plus jeunes, ne pouvions qu’attendre que tous les « grands » se soient servis pour voir enfin arriver des plats malheureusement quasiment vides. Heureusement Eva, la cuisinière,  veillait … et j’ai, en fait, souvent complété le repas à la cuisine !

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hlnecm004b  Elisabeth Moisand Gresset et Jacques Gresset
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Elisabeth
 
Ce qui m’a particulièrement  affectée, quand je repense à Bonne Maman, c’est sa fin de vie. Elle devait jouer notre messe de mariage programmé en juillet 1964. Début juin, Bonne Maman tombe gravement malade, d’une maladie cardiaque qui affecte particulièrement la famille. Nous avions installé  son lit dans le salon et nous, les enfants et petits-enfants Longchampois, passions la voir régulièrement. Je me souviens très bien l’avoir  entendu  dire : « j’ai tant aimé la vie » et « je vais au ciel ». Quel bel héritage ! : aimer la vie avec l’espérance de l’éternité. Merci Bonne Maman
 
Après délibération familiale dans la grande salle à manger,  notre mariage n’a pas été repoussé à l’automne comme décidé initialement  alors que nous étions en deuil, mais a bien eu lieu en juillet, en partie grâce à l’insistance d’oncle André,  non à la Villa mais dans notre maison « d’en haut ». Heureusement il faisait beau et nous avons pu accueillir toute la famille dans le jardin
Compte tenu des circonstances,  nous n’avons pas dansé ce soir là. La valse de Strauss avec « le Padre » (mon père) a eu lieu lors de nos 25 ans de mariage (!), à la Villa cette fois-ci. 
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 Jacques 
 
Je fus le dernier chauffeur de la Reine. En effet, au mois de mai, Babeth et moi, l’avions emmenée faire un tour dans sa voiture, une Peugeot 404 me semble-t-il, dans la forêt de Longchamp. Dans l’allée des vaches,  nous roulions en douceur, au soleil, parmi tous les arbres aux jeunes feuilles. Elle avait beaucoup apprécié  et m’avait beaucoup remercié.  Nous, bien sûr on ne savait pas que c’était sa dernière sortie. Elle avait évoqué son père qui aimait tant chasser dans ces grands bois avec ses chiens et ses amis.
Nous ne pouvions pas imaginer qu’elle allait nous quitter si vite.

 

 

PHotoSolBM Solange Bernard Regnaud
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C’est avec le regard d’un enfant que je vais évoquer des souvenirs de Bonne Maman. J’ai passé des vacances à la Villa  à Pâques, en été , et même à Noël, et ai participé à quelques grandes fêtes familiales, jusqu’à l’âge de treize ans. Je ne l’ai pas côtoyée dans ses dernières années et ai la chance de garder l’image d’une femme rayonnante. Par contre, j’ai toujours regretté de ne pas avoir pu lui dire un dernier adieu : lors de ses obsèques, je passais l’épreuve de philo du bac et devais veiller sur mes deux chers neveu et nièce Girard qui avaient la rougeole…
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Photo de titre : Hélène et Solange le jour de la communion de cette dernière ; un superbe échange de regards qui transparaît malgré le flou de l’image
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Bonne maman…

Je la revois rentrant dans la Villa, portant un tailleur de tweed gris, jupe droite et longue veste cintrée retombant sur ses hanches larges. Tout en elle inspirait respect et admiration : sa démarche digne et assurée, son visage lumineux, son regard clair et profond qu’elle portait au loin.  Il semblait qu’elle était au service d’une tâche supérieure et que rien ne pouvait l’en distraire .

Sa présence animait les lieux qu’elle traversait. 

J’aimais la voir arriver dans la cuisine le matin, au moment du petit déjeuner. Des femmes dévouées veillaient sur elle, lui rappelant son sac oublié, l’aidant à faire sa piqure, lui préparant ses médicaments. Les détails du quotidien n’étaient pas son fort ! Pourtant, elle-même semblait orchestrer la vie et l’organisation de la maison, donnant les consignes, avec simplicité, n’hésitant pas à demander un avis parfois, par exemple à propos d’un décor qu’elle griffonnait sur un bout de papier.  

Quand elle se mettait au piano pour enchanter un visiteur, son jeu puissant et généreux emplissait toute la Villa. 

Intimidante et imposante, elle nous semblait appartenir à un autre monde : il ne me serait pas venu à l’idée d’aller trouver refuge dans se bras. Nous, les enfants, ne lui étions pas indifférents, mais elle ne paraissait pas consciente de nos  besoins ou sans doute  l’était-elle,  car nous ne manquions de rien, du moins sur le plan matériel : elle veillait à déléguer notre surveillance auprès des tantes, des « grandes »  ou de ses aides dévouées.

Je ne me souviens pas d’une conversation avec Bonne-Maman, peut-être parce qu’elle m’intimidait trop pour l’aborder. 

Quand elle nous adressait la parole, c’était pour demander un service, et là, pas question de refuser : qui n’a pas été à la recherche de  ses lunettes, toujours dans un endroit improbable ? Ses demandes n’étaient pas toujours adaptées aux capacités d’une jeune enfant : je me souviens de ma honte,  quand on m’a fait remarquer avec ironie que j’avais servi du cognac à l’invité du jour (M. X, représentant des Galeries )  dans un verre à orangeade. Ou encore de la panique qui m’a saisie, quand il a fallu remplacer Bonne-Maman au pied levé pour enseigner la catéchisme : « tu n’as qu’à leur faire réciter la Miche de Pain »… 

Les rares attentions de sa part étaient reçues comme des grâces et témoignaient de sa bienveillance, malgré la distance dont elle faisait preuve habituellement.

Ainsi, je me suis retrouvée dans l’intimité de sa chambre, de sa salle de bains, et même de son lit, alors que j’étais fiévreuse. Elle avait même essayé – très maladroitement – de prendre ma température…

Je la revois, campée sur son bidet, toutes portes ouvertes, donnant des ordres, gardant une égale dignité dans toute circonstance.

Parfois, quand j’étais seule à la Villa, elle m’emmenait à  l’atelier de peinture, me donnant un morceau de terre à modeler, ou une assiette à décorer, sous le regard amusé des ouvrières.

J’étais fière de  découvrir l’usine, son monde,  et le rôle qu’elle y tenait.

Fière, quand elle dirigeait la chorale  à la Villa ou à l’église.

Fière, quand elle marquait un point sur le curé, entonnant  la réplique à sa place alors qu’il tardait à le faire. Elle abrégeait ainsi les interminables suites de « Flectamus genua », et « Levate » du Vendredi Saint, ce qui n’était pas pour me déplaire.

 Quand elle s’est déplacée à Paris pour ma première communion, j’ai éprouvé aussi de la fierté et surtout le sentiment que je comptais pour elle. Détachée de ses obligations habituelles, elle s’est montrée attentionnée. Une anecdote qui révèle son étourderie légendaire me l’a rendue plus proche : alors que toute la famille sortait de l’appartement en tenue de cérémonie, elle déclara qu’elle avait oublié de mettre sa culotte : « aucune importance, dit maman, personne ne le verra ».

Au delà de ces anecdotes, l’image que je garde de Bonne Maman est celle d’une femme battante, inspirée et droite, qui a su affirmer sa personnalité libre et indépendante à une époque où la plupart des femmes vivaient dans l’ombre de leurs maris. 

Pourquoi reine ? Je ne l’ai jamais perçue comme telle, car malgré son autorité naturelle, elle s’adressait à chacun avec simplicité, d’égal à égal. Si elle « régnait » sur sa famille, le village et l’usine, c’était par son charisme et son énergie rayonnante, sans recherche de pouvoir, de gloire ou d’intérêt personnel. 

 

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002b  Jacqueline Damongeot
 
vUn soir, Madame Moisand rentre de l’usine et dit à maman (Madeleine Damongeot avait pris la suite d’Eva aux cuisines) :
 “ Madeleine, Mr Schroeder vient dîner, une fois de plus sans prévenir à l’avance. Ne vous inquiétez pas, y mangera ce qu’y a !
 (ce dernier était le directeur des ventes export, lesquelles s’étaient fortement développées sous son impulsion)

- Eh oui, c’est Mr Schroeder qui arrive, dit celui-ci, qui a tout entendu, mais que Madame Moisand n’avait pas vu venir, … et en plus avec une grosse commande ! 

- Ah, Mr Schroeder, j’étais juste en train de dire à Madeleine de préparer un bon repas parce que vous veniez dîner”.

 Cela arrivait souvent à Madame Moisand de faire une bourde et de chercher à se « rattraper  » ensuite comme si de rien n’était.

 

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hcm27b Catherine Moisand Thomas

Souvenirs de petite fille d’une grand mère que j’aimais beaucoup ! 

Quand nous allions à la messe à Longchamp et que nous les filles ( j’avais peut-être 8/10 ans ) voulions aller communier et que nous n’avions rien sur la tête (foulards ….), ce n’était pas correct ! Plusieurs fois Bonne Maman m’a posé son mouchoir en dentelle sur la tête ! Je me suis retrouvée aussi quelques fois à l’arrière de sa Frégate (la voiture d’Hélène dans les années 1950-60) avec elle …  et quelle surprise : Bonne Maman sifflotait des airs divers ! J’adorais cette Grand Mère sifflant « comme un homme  » ! Toujours à cette époque : elle est venue à ma communion solennelle à Besançon et m’ a offert un missel avec mes initiales imprimées en or : c’était superbe ….et c’était un cadeau d’autant plus émouvant qu’elle est décédée peu de temps après !

Quand nous arrivions chaque dimanche à Longchamp pour le déjeuner , et que nous lui disions bonjour, j’ai eu , comme d’autres certainement , les joues coincées dans sa main dans l’attente d’un baiser, mais je pouvais rester ainsi une ou deux minutes (ça semblait long , en tous cas !!!) pendant qu’elle saluait quelqu’un d’autre !
 

 

 

hlnecm008 Annie Bernard Andrier

 

1946-1963 quelques souvenirs

Une période fantastique où la Reine, humaniste passionnée des arts, et en particulier musique, peinture, céramique fit de son château, «la Villa», un domaine ouvert sur le monde, attirant responsables politiques, acheteurs de faïence de qualité venus de loin; famille et amis.

Une Reine qui n’hésitait pas à recevoir ses proches dans ses appartements de bains pour la toilette du soir sans que ce soit jamais impudique, privilège royal !

Sa belle prestance, une autorité naturelle jamais écrasante, le merveilleux sourire qui illuminait son visage faisaient d’elle une souveraine rassurante et bienveillante toujours à l’écoute de ses administrés. Sans déployer de leçons de morale ni formuler de jugements, elle savait entendre le désarroi des filles-mères un moment égarées dans les bois de Longchamp ou la peine d’un ami divorcé mal accueilli dans sa paroisse.

Personnalité marquante reconnue de tous, elle a su mettre sa créativité au service de ce village qu’elle aimait passionnément : autorité morale pour la paroisse, elle veillait à l’organisation du catéchisme aussi bien qu’aux détails de la liturgie. Elle créait des emplois pour son atelier de peinture.Elle était présente sur tous les fronts.

Mystère des relations mère-fille

Il est arrivé à la Reine de me confier qu’elle appréhendait la venue de Christiane, comme si elle ne se sentait pas à la hauteur des attentes de sa fille.

Et pourtant…elle réagissait toujours au premier coup de fil d’appel au secours de notre mère : par exemple elle envoyait une voiture chercher une partie de la tribu pour des vacances à la villa , plus tard elle acceptait sans hésiter de se charger de l’organisation des mariages de Nicole et Annie à Longchamp, très lourde tâche même avec un peu de personnel!..

 Enfin des souvenirs de petite-fille

En avril 1946 nos parents déménageant de Bordeaux au Creusot m’avaient installée pour un trimestre à la Villa ; mauvais début de ce séjour puisqu’au retour de Dole en fin de soirée je suis tombée de la voiture conduite un peu rapidement par oncle Marcel…Je dois à la vigilance et la réactivité de Bonne-Maman de ne pas avoir eu le visage définitivement tatoué par le goudron du macadam ; elle m’a installée sur la table de la cuisine sous une lumière puissante et a intimé l’ordre à son précieux Docteur Charbonneau de m’éplucher le visage au scalpel pendant une partie de la nuit tout en bandant les côtes cassées.

Alors que j’étais alitée dans sa chambre pendant plusieurs semaines cette grand-mère pourtant fort occupée a veillé sur moi avec tendresse et vigilance. J’ai partagé souvent le lit de Bonne-maman (1,10 m) et nous nous endormions en roulant sur les gros grains de son chapelet après avoir échangé quelques confidences. J’étais impressionnée par sa fidélité à la prière même au terme de longues journées de travail.

C’est ainsi que la veille de mon mariage elle me transmit certains secrets de la «nuit de noces» qui m’attendait mais j’en resterai là….

 Je garde d’elle ce grand plat à poisson du service Moustiers de notre mariage dont elle dessina le motif à main levée sur le biscuit posé sur la table du fumoir devant moi.

 Simplicité, aisance, talent, mais aussi tendresse , telle fut pour moi Bonne-Maman.

 

 

mois0029 Philippe Moisand

 

 Photo de titre : Hélène, ses deux dernières filles, Marie-Thérèse portant dans ses bras son premier enfant, Jean-François,  et Mamie…et la première Frégate de la Reine – Autriche 1952

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“Ils étaient ravis de nous voir”

Cela se passait pendant l’été 1961. J’avais alors 22 ans et mes études supérieures me laissaient assez de temps libre pour effectuer diverses missions au service de l’entreprise familiale et surtout de Bonne Maman, toujours à la recherche d’un chauffeur pour la conduire aux quatre coins de la France. 

Une partie de la famille avait loué une maison de vacances au Guilvinec, dans le pays bigouden. Bonne-Maman y avait rejoint ses deux dernières filles qui avaient pris le relais de mes parents.

Je ne me souviens pas comment elle était arrivée là avec sa Frégate « transfluide », mais il lui fallait un chauffeur pour lui permettre de poursuivre son périple estival vers les Pascatins où elle devait retrouver ses deux ainées, Yvonne et Christiane, avant de rentrer sur Longchamp. J’étais bien sûr tout désigné.

Nous voilà donc partis pour ce long périple transversal, sur des routes déjà encombrées et peu roulantes. Mais il faisait beau et j’avais le plaisir d’avoir avec moi, et pour moi seul notre chère grand-mère. Nous avons fait étape à Ganat, près de Vichy, avant de reprendre la route … pour Aix les Bains. Bonne-Maman venait de se souvenir que notre représentant au Maroc, M. Bitoune y passait ses vacances en compagnie de sa famille et qu’il l’avait invitée à venir l’y retrouver, sans plus de précisions.

Quelle ne fut pas la surprise de la famille Bitoune de nous voir arriver sans prévenir sur leur lieu de vacances à une heure déjà très avancée, alors qu’elle avait déjà fini son repas de midi. Branle- bas de combat pour nous préparer une petite collation dont les effluves magrébins se répandaient jusque dans la cage d’escalier de l’immeuble. Conversation à bâtons rompus au cours de laquelle le frère Bitoune nous a longuement fait part de ses gains au casino d’Aix.

Il nous fallut quand même reprendre la route pour retrouver la famille aux Pascatins. C’est en quittant les Bitoune que Bonne-Maman y alla de son habituel « ils étaient ravis de nous voir ». Le comble, c’est que je suis persuadé qu’elle avait raison.

 

La foi d’une Charbonnier

La foi du charbonnier qui habitait complètement Bonne-Maman ne l’a pas empêchée d’être, elle aussi, saisie du doute métaphysique à la veille de sa mort. « Je L’ai tellement prié. Ce n’est pas possible qu’Il ne vienne pas me chercher » confiait-elle, comme pour se rassurer, à ceux d’entre nous qui étions venus lui dire au revoir.

 

Comment régler les notes de boucherie ?

Je ne sais rien des arrangements financiers qui pouvaient exister entre Bonne-Maman et la Société des Faïenceries de Longchamp dont elle était la Présidente. Sans doute, la cloison n’était-elle pas très étanche entre leurs portefeuilles respectifs, ne serait-ce que parce que la villa servait aussi bien à faire fonctionner la cantine d’entreprise et à recevoir de nombreux visiteurs professionnels (acheteurs de grands magasins, représentants, fournisseurs, etc.) qu’aux nombreuses réceptions familiales dont Bonne-Maman n’était pas avare.

Le fait est en tout cas que Bonne-Maman se reposait certainement, au moins pour partie, sur la caisse noire constituée par la vente de la vaisselle de second choix confiée aux bons soins d’Emile Gay. Mais celle-ci n’était pas toujours au niveau des coûts de fonctionnement de la villa et l’argent liquide vint parfois à manquer lorsqu’il fallait régler les fournisseurs.

C’est ainsi qu’à la fin d’un été particulièrement chargé en réceptions de tous ordres, Bernard Bathelier présenta sa note de boucherie à Bonne-Maman qui se trouvait alors à court de liquide. “Qu’à cela ne tienne Bernard, tu accepteras bien que je te donne un pré aux lieu et place d’argent sonnant et trébuchant”. La note fut effacée, Bernard Bathelier se comporta comme le nouveau propriétaire dudit pré, mais on oublia de passer devant notaire pour valider le transfert de propriété. Ce n’est qu’après le décès de Bonne-Maman que la situation fut régularisée après que Bernard Bathelier, un peu confus, s’en fut ouvert à Robert.

L’histoire ne dit pas comment tout cela fut reflété dans les comptes de la société. Henri Verrière qui était en charge de ces questions a dû s’en arracher les cheveux.

 

 

hlnecm006 Mamie Moisand Martin

La mort de Maman

Alors que Maman n’avait plus de pouls, après avoir vu une à une  les personnes du village qu’elle avait fait appeler à son chevet, elle a fait le sacrifice de sa vie devant une partie de ses enfants et petits-enfants présents ce jour-là,  à qui elle a fait des recommandations personnelles. Se tournant vers moi, elle me dit  : « Je t’ai souvent dit que j’avais peur de la mort, eh bien, c’est merveilleux, cette envolée vers le ciel ». 

Contre toute attente, elle était toujours vivante le lendemain matin,  elle me dit alors  : « il va falloir tout recommencer ».

 
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hlnecm009b Gaëtan Moisand
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La mort de Bonne-Maman
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In paradisum deducant te Angeli
Que les Anges te conduisent au paradis
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 Il m’arrive parfois d’écouter le Requiem de Fauré, notamment le final « In paradisum », et de repenser  alors aux derniers moments de Bonne-Maman sur terre, qui sont restés à jamais gravés dans ma mémoire. Gabriel Fauré parlait ainsi de son Requiem : « On a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi devant la mort. Mais c’est ainsi que je ressens la mort, comme une délivrance heureuse, plutôt que comme un passage douloureux ».

C’était un vendredi de juin 1964. Bonne-Maman avait déjeuné avec son petit-fils, Jean-Pierre, à la Villa, puis était repartie à l’usine,  comme tous les jours depuis si longtemps. Vers la fin de l’après-midi, elle eut une attaque cardiaque à son bureau, voisin de l’atelier de peinture, « son » atelier. Elle avait eu déjà une alerte sérieuse dans les mois précédents et n’avait pas trop écouté son médecin , qui lui conseillait de lâcher prise au travail.
On la ramena à la Villa (qui ? comment ?… je ne sais plus), on renonça à la monter dans sa chambre et on dressa son lit dans le grand salon près de la cheminée. Encore consciente, Bonne-Maman reçut des personnes du village et de l’usine qu’elle avait fait appeler, puis arrivèrent les uns après les autres ses enfants et petits-enfants présents à Longchamp et à Dijon. Comme Jean-Pierre, je venais de finir ma première année universitaire, j’étais donc à Longchamp chez mes parents.
Il peut paraître étrange aujourd’hui qu’elle n’ait pas été transportée en urgence à l’hôpital de Dijon, mais c’était ainsi à l’époque. Au vu des mines graves des médecins présents qui se concertèrent dans un coin du hall, on ne pouvait pas avoir de doute sur l’issue.
Bonne-Maman paraissait pourtant  sereine, apaisée, elle était très présente au milieu des siens qui l’entouraient et parvenait à parler suffisamment fort pour que nous l’entendions tous :
« Pourquoi pleurez-vous ? Réjouissez-vous, je souris ».
Oui, c’est vrai, elle souriait, nous la sentions déjà en route pour le ciel, ce qu’elle confirma elle-même en parlant en aparté à Mamie. Et c’est à une agonisante (encore très vivante !), qu’on le devait. En ce moment de grâce, nous avons tous eu, je pense, le sentiment de l’accompagner au paradis.
Bonne-Maman dit un mot à tous, les adultes d’abord, les plus jeunes ensuite. Quand fut venu mon tour, elle me dit : « tu dois te montrer digne de ton grand-père dont tu portes le prénom ». Je ne sais plus ce que j’ai bredouillé, j’ai dû acquiescé, en me demandant comment y parvenir, Gaëtan senior ayant acquis dans la mythologie familiale un statut quasi-divin.
Au cours de la soirée, les médecins présents s’inquiétèrent de la difficulté de plus en plus manifeste de Bonne-Maman à respirer. Après concertation avec ceux-ci, mon père fit venir de l’usine une bonbonne industrielle d’oxygène qu’on installa contre le lit. On alimenta notre grand-mère avec un tuyau relié à la bonbonne. Incroyable, mais vrai ! La question la plus délicate à régler fut de bien doser le débit. Il me semble que Bonne-Maman au moins pendant un temps s’en trouva plus à l’aise.
Cette veillée dura longtemps, sans être vraiment funèbre grâce à Bonne-Maman, même si nous pressentions tous que la fin était proche. Je pense que nous serions restés longtemps encore auprès d’elle, si un adulte n’avait proposé d’y mettre fin et d’instaurer un tour de garde. Bonne-Maman n’est pas morte cette nuit-là, elle eut encore des moments de lucidité et put parler, à Mamie notamment comme celle-ci le relate dans son témoignage.. Au fil des heures qui passaient, je repris confiance et crus fortement à sa guérison (étais-je le seul ?). Si bien que l’annonce de sa mort le mardi suivant au petit matin fut terriblement douloureuse.
Nous, ses petits-enfants, n’avions sans doute jamais pensé qu’elle pouvait disparaître tant elle était présente dans nos coeurs et dans nos esprits. Le monde de notre enfance s’écroulait soudain. Mais il en fut peut-être de même pour ses enfants, les ouvriers de la Faïencerie et tous les habitants du village et des environs.
Ainsi disparut le dernier enfant de Robert et Caroline Charbonnier, près de 100 ans après l’installation de ceux-ci à Longchamp, le rachat de la petite Faïencerie de l’époque que son père avait su  développer et qu’elle chérissait.
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hcm39b Marie-Hélène Duffour Froissart

Le texte qui suit n’est pas un témoignage à proprement parler : Marie-Hélène l’avait déjà écrit avant le lancement du présent numéro. Il a cependant toute sa place ici.

vMa mort

Mon pied me brûle, me pique, me taraude… Je veux le secouer. On me retient, on m’emprisonne.

Je crois que j’ai beaucoup dormi. Mes paupières restent lourdes. Je tente un gros effort pour les soulever. Je ne comprends pas. Je dois rêver. Je suis dans mon lit… au salon. C’est bien cela. Mon grand piano au fond à gauche, les jardinières de pétunias sur le rebord des grandes fenêtres. Je ne comprends pas… Un fil jusqu’à mon pied. Je remonte le fil et arrive au flacon. Je dépasse le flacon et découvre un grand barbu en blouse blanche qui pique, pique, abîme mon pied. Je ne peux ni crier, ni parler. C’est comme si ma gorge était absolument sèche. A côté du barbu, ma fille Yvonne. On dirait qu’elle l’aide à me piquer le pied.

Ils me regardent. Ils ont compris que je me réveillais. Ils me caressent le front. Ils murmurent à mes oreilles. Je ne sais pas si je rêve encore. C’est bon de voir les rais de soleil à travers les persiennes fermées. Je voudrais savoir l’heure, le jour, et… mon plat , mon magnifique plat bleu et blanc, mon plat rond dont j’attends la sortie du four… qu’ont-ils fait de mon plat ? Je veux parler. Ils ne m’entendent pas. Je referme les yeux. Je suis si fatiguée.

Je suis revenue à la vie. Ils me disent que j’ai été imprudente. Je n’aurais jamais dû traverser l’usine brûlante et attendre au bord du four torride, la sortie de mon plat. C’est égal. Ils me l’ont apporté avec un sourire de triomphe. Leur admiration est sincère. C’est ma récompense. J’ai passé tant d’heures sur cette pièce aux contours difficiles, sur ces grotesques enlacées, sur ces fleurs insolites et sur ce camaïeu insaisissable. Je le caresse. L’émail est tendre sous ma main moite. Je peux être satisfaite.

Je suis toujours dans le salon. Je ne demande pas pourquoi. Cela n’a aucune importance. Ce qui est important, c’est de pouvoir communiquer, leur dire ce qu’il reste à faire, il y a tant et tant à faire – les rassurer aussi -. Pourquoi ont-ils cet air inquiet ? je vais bien. Je suis légère, légère… depuis quand n’ai-je pas mangé ? Ils me mouillent les lèvres avec un mouchoir. Je dirai à Madeleine de cuire un pot-au-feu : le bouillon en est toujours délicieux et c’est ce qu’il me faudrait.

Ils ont mis des roses pompon sur le piano. Il y a déjà des roses pompon ? Mais alors… Nous sommes au mois de juin ? C’est à la fin du mois de juin qu’a lieu l’exposition ? Il faut que je leur explique. Si je ne suis pas remise pour y aller, j’enverrai Yvonne à ma place. Elle conduira ma « Frégate » et se fera accompagner par des enfants. Elle aime beaucoup me servir de chauffeur. Jean-Pierre  n’est-il plus là à réviser son examen ? Il consacrera quarante-huit heures à sa mère. Ma petite Mamie, ma petite dernière, me tient la main. Elle n’est jamais si tendre avec moi. Je ne suis pas dupe. Ils me croient mourante. Mais je vais bien. S’ils pouvaient savoir comme je suis légère, légère…

Ma voix revient doucement. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous… maintenant et à l’heure de notre mort… J’ai retrouvé ma voix et mon grand chapelet noir. Je suis sauvée. Sainte Marie… Tous les soirs de mon existence je me suis endormie en égrenant ces perles, tous les matins, je retrouvais mon chapelet au fond du lit pour la joie de mes petits-enfants. Sainte Marie… à l’heure de ma mort… déjà ? Mais je n’ai rien fini ! Il faut absolument aller à cette exposition,,, avec le plat… Ma petite-fille Elisabeth se marie en juillet. Ici. A la villa. Comme les autres. Sainte Marie… Un peu de temps, s’il vous plaît. Après le mariage, ils se succèdent ici tout l’été. Ils n’ont rien prévu d’autre.

Mylène arrive avec son bébé Florence en attendant de trouver un appartement. Jean-Pierre révise ses examens. Marcel et Charles viennent dîner après leur partie de tennis. Christiane laisse Bruno et Antoine pour aller faire sa croisière. Je n’ai personne pour organiser le voyage de la chorale. Lucerne n’est pas si loin. Je dois pouvoir y aller…

« Ne bougez pas, Madame, chuchote le grand barbu. Votre perfusion ne s’écoule plus. »

Et ma petite Marie-Thé ? C’est au mois d’août qu’elle veut que je les accompagne en Bretagne ?

Ils ont tout à fait tiré les lamelles des persiennes. Ils partent sur la pointe des pieds. Un silence épouvantable s’est abattu sur la maison. Ce n’est pas ordinaire. Je n’ai même pas entendu la sirène de l’usine. Se peut-il qu’ils aient été jusqu’à la museler ?

Je ferme les yeux. Je les ouvre.

Ils ont poussé un fauteuil à hauteur de mon visage. Quelqu’un s’y est assis. Le visage dans les mains. Il dort ? Ou il pleure ? C’est Henri, mon Lili.

« Ne pleure pas, même si je m’en vais. Tu sais ce qu’il te faudra faire pour continuer. Il faut continuer. Tu es l’aîné. Tu devras t’arranger avec les partages. Je n’ai ni prévu, ni organisé. Je me suis crue éternelle. Tu feras de ton mieux, mon Henri, pour tes frères et sœurs, et pour les ouvriers. Je t’ai toujours fait confiance. Je continuerai à te porter de là-haut. Nous nous comprenons si bien. Tu n’as plus besoin de moi. Je t’ai tout dit, tout montré. Ton épouse te chérit. Sois heureux comme je l’ai été, dans le dynamisme d’une époque où tout devient plus facile.Nous avons eu nos épreuves et nous en sommes sortis. Mon départ n’est pas une épreuve, juste un tournant. »

 Il me prend la main après s’être mouché doucement. Il m’effleure la joue et je ferme les yeux pour ne pas céder à l’émotion.

Une silhouette menue s’encadre dans la porte. Je la devine intimidée. Je soulève, non sans difficulté, mon bras prisonnier d’une perfusion et, du bout de mes doigts encore libres, l’invite à s’approcher.

« Maimaine ! Tu es venue… Merci. Le plat est magnifique ! Tu l’as vu bien sûr ? ». Elle hoche la tête. « Maimaine, c’est peut-être la dernière pièce de notre travail en commun, la plus belle sans doute. Tu vas poursuivre. Tu connais tout de l’atelier de décoration. Je te fais entière confiance. Il te faudra davantage de fermeté pour faire avancer les ouvrières. Mais tu sauras. » Elle me regarde fixement. Nous touchons au moment des adieux ; c’est difficile de laisser tous ceux qu’on aime, tout ce pour quoi on a vécu. « Germaine, dis-leur mon affection, dis-leur que je pars heureuse. Nous avons bien travaillé. Nous pouvons en être fières. » Elle a essuyé une larme au bord de sa paupière, s’est penchée pour m’embrasser et me murmurer sa touchante fidélité et, discrètement, est partie sur la pointe de ses petits chaussons noirs

Je mesure le peu de temps dont je dispose encore et je fixe les priorités :

« Jacqueline, ma petite Jacqueline, vingt et un ans côte à côte, élève docile, consciencieuse, douée, fine, si fine dans ton approche des pinceaux… Je t’ai montré les filets, puis les écailles, les tiges des fleurs, les pétales, le cœur et les personnages. Jacqueline, il faut te le dire, approche-toi plus près : je t’ai aimée autant que mes filles, je t’ai choyée plus que mes filles. Le lien qui nous unit me relie à mon enfance puisque mon père fut le parrain de ton arrière-grand-mère. Tu as cherché longtemps de quel père inconnu tu étais née et j’ai tout fait depuis peu pour que tu le devines. Mais nos propos sont restés à la mesure de ta discrétion.Jacqueline, tu accompagneras la solitude de ta mère dans sa vieillesse et tu te donneras au village comme tu me l’as vu faire. Je n’ai même pas besoin de te le dire. Tu me regardes avec tant de chagrin que tu vas me faire pleurer. Appelle-moi Paulette. Nous parlerons de la chorale et de ma messe d’enterrement. » 

« Paulette, il faut faire chanter les jeunes, élargir notre chœur, organiser inlassablement les répétitions et assurer les offices. Il faut garder les fêtes et les voyages qui jalonnent le calendrier. Prends ma place à l’harmonium quand ma fille Yvonne s’absentera. Tu en es capable. Joue pour moi avec tout ton cœur. J’ai eu tant de joie à vous former, à vous accompagner. Je te passe la main. » Elle a dit oui de la tête, gorge trop serrée pour parler. Elle est partie sans se retourner, écrasée par tant de confiance.

Une ombre derrière la porte vitrée – silhouette trapue – André – mon ami André – ses yeux bleus – la limpidité de ses yeux et son franc sourire. Il pleure. Il dit : « merci ! merci ! »

« Je n’ai rien fait, André. Tu étais, tu restes ici chez toi. Je le lui ai dit et répété au père Foutelet que la position de l’église à l’égard des divorcés était trop dure. » Il sanglote, pose sa tête au bord du lit et me dit à voix basse : « je n’oublierai jamais nos dîners en tête à tête, nos soirées d’hiver, nos discussions dans le fumoir, votre accueil, votre amitié, votre affection, votre courage et votre mépris du  ‘‘qu’en dira-t-on ?’’. Après le départ de mon épouse, vous m’avez traité comme votre fils. Merci. » Il se redresse et je l’entends murmurer : « je perds ma seconde maman. »  

Libérer l’émotion qui m’envahit, laisser déborder le trop plein en un sanglot non contenu et s’agripper aux grains du chapelet, rejoindre par la pensée mon époux – Gaëtan – parti depuis une vingtaine d’années, lui demander de l’aide après l’avoir porté pendant ses années de souffrance, devenir humble et dépendante, accepter ma dépendance, offrir tout ce que je laisse inachevé et accepter de le laisser inachevé, ne pas chercher à organiser la suite, leur faire confiance et leur demander de prier pour moi, s’abandonner, se laisser embarquer avec sérénité et surtout ne pas quitter les grains de chapelet.

Je m’enfonce. Je tombe. Je tombe au fond du trou. J’étouffe. Je voudrais boire. Je voudrais une main qui me caresse. Je voudrais caresser mon piano encore une fois.

C’est fini, le plus dur est accompli. J’entrouvre les paupières aux lueurs de l’aube. Ils m’entourent de leur affection. Ils sont tous au rendez-vous, leurs yeux rougis par la veille et le chagrin.Je rassemble ce qui me reste d’énergie pour un sourire rassurant et je m’entends leur dire :

«  Tout va bien… Comme j’ai dormi ! »

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Plus loin dans ce bulletin, dans la rubrique « documents », vous pouvez  lire les articles de la presse locale à la suite du décès de Bonne-Maman et l’oraison funèbre de l’abbé Foutelet, curé de Longchamp.
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KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA Les oeuvres d’Ellen

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Ellen, c’est le nom d’artiste que s’est donnée Hélène. Sans doute à ses yeux, ce titre d’artiste lui paraîtrait usurpé tant elle a su rester simple  vis-à-vis de ses créations. Disons que c’était sa signature  personnelle lorsqu’elle n’oeuvrait pas pour la Faïencerie.

Elle a peint des aquarelles sous cette signature, dont beaucoup ont été préservées et conservées par ses descendants. Elle a aussi signé des céramiques dont les plus connues sont les vases égéens.

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P1090127b  Aleth Duffour Levrey

La légende veut que cette aquarelle ait été composée par notre grand-mère alors qu’elle accompagnait la famille Duffour en excursion sur les châteaux de la Loire.

C’est un souvenir vivant. Au milieu des faïences et photos, sa place dans notre salon la fait participer à notre vie de tous les jours.

 

 

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA  Gaëtan Moisand

 

 Je connaissais la signature d’Ellen depuis fort longtemps car mes parents possédaient 2 ou 3 aquarelles signées par elle. Mais je pensais qu’Hélène l’avait utilisée exclusivement pour signer ses aquarelles.
Ce fut donc une grande surprise il y a une dizaine d’années de voir apparaitre sur un site internet de vente aux enchères le vase, présenté ici, signé Ellen. 

Les enchères furent difficiles, j’avais un concurrent dont j’ai toujours soupçonné qu’il était de la famille ! Mais tellement désireux d’acquérir cet objet surprenant, j’ai gagné l’enchère. J’en fus très heureux car je ne connaissais pas cette facette du talent de Bonne Maman, je n’avais jamais vu rien de semblable la concernant et personne ne m’avait dit qu’elle avait réalisé des œuvres originales style  art nouveau 1930, tendance expo coloniale.

Mamie Martin que j’ai interrogée peu après cette acquisition  m’a détrompé à ce sujet  en m’écrivant qu’ Ellen les appelait ses vases égéens : « Je la vois encore dessinant ces vases en tirant la langue, comme lorsqu’elle se concentrait. La réalisation de ces pièces était très longue  et difficile à faire. C’était, je crois dans les années 48 ou 50. »

Depuis lors, j’ai acquis quelques autres pièces de la même veine, et avec l’Association Longchamp d’Antan, nous avons pu, lors de l’Exposition de faïences à la Villa en octobre 2018, dresser une table composée exclusivement de vases égéens d’Ellen. 

Mais c’est toujours ma première acquisition qui a ma préférence, peut-être parce qu’Ellen a réussi la parfaite adéquation entre forme et décor, peut-être aussi parce qu’elle me permet de préserver mon intuition initiale sur les sources pas exclusivement égéennes à mon sens, mais aussi art déco, qui ont inspiré notre grand-mère.

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Deux articles du Chardenois   »Signé Ellen »,  bulletin n°   3 ** oct. 2009 **    et « Signé Ellen (2) »,  bulletin n° 13 ** avrl 2013 **  , présentent plusieurs aquarelles et vases égéens signés par Ellen.

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OLYMPUS DIGITAL CAMERA Daniel et Gaëtan Moisand

 

Ce plat  est une oeuvre commune à Hélène et Robert Picault qui en ont fait cadeau à Yvonne Guyot Moisand.  Celle-ci a vu Robert Picault « tourner » ce plat. C’était à Longchamp dans les années 50. Mais elle ne se souvenait plus qui l’avait décoré : R. Picault a peut-être repris, en forme d’hommage, un motif cher à la Reine, puisque c’est un décor de l’un de ses vases égéens, ou peut-être est-ce cette dernière elle-même qui a décoré ce plat ?  Au fond, peu importe : ce plat est bien une œuvre commune, il aurait pu être signé Ellen/Picault.  

C’est une bonne illustration pour ce qui suit : un extrait des mémoires de Robert Picault. Cet extrait et d’autres encore, communiqués gracieusement par sa fille, Anne  Aureillan, ont fait l’objet d’une parution dans le bulletin du Chardenois  n°   9 ** sept. 2011 **  .  Dans cet extrait, Robert Picault qui succèdera à Hélène en tant que directeur artistique de la Faïencerie en 1965  dépeint sa première venue à Longchamp et sa rencontre avec la Reine. Nous sommes en 1953 :

« Un acheteur des Galeries Lafayette de Paris, Mr Drouin, était devenu un ami. A chaque fois qu’il venait à Vallauris nous l’emmenions manger une bouillabaisse au “Bastion” à Antibes. Lorsque je le voyais à Paris, il me traitait de la même façon. Notre chiffre d’affaires avec les Galeries Lafayette était important.

Un jour il me dit: “Pourquoi ne feriez-vous pas des modèles pour les Faïenceries de Longchamp, ils ont vraiment besoin d’un sang nouveau, seriez-vous d’accord ?” “Oui”,  répondis-je, et il décrocha son téléphone. Le lendemain j’avais rendez-vous à Longchamp avec la grande patronne des Faïenceries, Madame Moisand, nommée affectueusement par les siens : la Reine.

 J’étais reçu à la Villa et nous déjeunions en tête à tête dans la petite salle à manger,  servis par les deux cuisinières qui nous préparaient des plats exquis. La Reine gourmande de détails me fit raconter ma vie, et me félicita de mon parcours. Elle aussi me relata des moments de sa jeunesse dorée, puis l’arrivée de ses huit enfants, puis la guerre de 1914 où, son mari étant parti se battre, elle fit tourner l’usine toute seule, enfin l’infirmité et la mort de son mari. C’était une femme de caractère. Elle vivait seule maintenant,  mais très entourée par ses enfants. Un dimanche, nous avions déjeuné dans la “grande salle à manger”, nous étions vingt. La table était présidée par le curé du village qui avait un accent bourguignon à couper au couteau. Les fils et filles de la Reine (ils n’étaient pas tous là) flanqués de leurs épouses et époux avaient amené leurs enfants qui mangeaient dans le hall. C’était une joyeuse assistance qui divertissait beaucoup la Reine. L’après-midi l’une de ses filles se mettait au piano. Au début elle jouait Mozart, mais ensuite pressée par ses frères elle jouait des chansons à boire que tout le monde reprenait en chœur. Je baignais avec plaisir dans cette ambiance chaude et amicale ».

 

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IMG_2492 cvPhotos et dessins 

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Dessins

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dessins de Robert Charbonnier

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Photos 

Les photos d’Hélène présentées dans ce numéro spécial, celles qui ponctuent chacun des témoignages de ses petits-enfants et celles que l’on peut voir ci-dessous proviennent des fonds d’archives de chacune des branches de la famille Moisand. Elles ont été collectées notamment à l’occasion de la cousinade de 2010  et pour ce numéro spécial.

Certaines d’entre elles sont certainement connues d’un grand nombre de ses descendants, mais d’autres comme beaucoup de celles présentées dans ce chapitre sont inédites. Nous les avons retenues même si leur qualité technique n’est pas très bonne en raison de leur attrait documentaire. Les trois premières proviennent des albums photos de Robert Charbonnier, la quatrième d’un album d’Eugène Bercioux.

 

IMG_5217c Hélène sur les genoux de sa mère, entourée de ses 2 grandes soeurs, Henriette et Juliette. A gauche son père, Robert, dressant son nouveau chien de chasse (photo prise vers 1896 par son frère, Edouard,  à proximité du chalet, la nouvelle demeure de la famille) 

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IMG_5285c Hélène et sa mère  (vers 1896)

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IMG_5225b3 Page d’un album de photos  des mêmes années : Hélène ou l’innocence, à gauche.

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dévé001bb  Hélène, à droite, devant le pavillon du Breuil à Longchamp, maison de vacances achetée par Eugène Bercioux  et sa femme Claire Charbonnier (vers 1900)

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138_001 copieHélène et sa mère : départ du chalet en carriole (vers 1905)

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Moisand0014 Hélène, Gaëtan et leurs 7 premiers enfants (1931)

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mois0044a  mois0035a  Hélène avec Babeth (Moisand Gresset) et Pierre Moisand à gauche , avec les 4 enfants « Robert », Gaëtan sur ses genoux, Pierre, Babeth et Philippe à droite – Autriche 1952

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001b Jean-Claude Moisand , le jour de sa communion, avec sa grand-mère Moisand et son grand-père Guyot  -  Enghien-les -Bains, 1955

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mois0014c Hélène, la Frégate, Antoinette Pruvost et Denise Duffour Moisand – en Provence, septembre 1957

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IMG_1334  IMG_1323b  Hélène dans “son” atelier de peinture (fin années 1950)

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093 b Hélène avec son fils Henry, à gauche, et le Préfet de Côte-d’Or –  Remise de médailles du travail, fête de Saint-Antoine de Padoue,  juin 1959

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hcm39 Hélène dans son atelier, début années 1960

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Documents

 

Les documents présentés ici proviennent d’Anne Moisand Couturier ( extraits de presse lors du décès d’Hélène et oraison du curé de Longchamp, la légion d’honneur), Daniel et Geneviève Moisand (le texte sur la rencontre entre Hélène et Gaëtan, l’acte de naissance, l’acte de mariage), Gaëtan Moisand (les décors créés par Hélène, l’annonce des fiançailles et le menu de mariage, la légion d’honneur)  

 

 

Les documents concernant Hélène ne sont pas innombrables.

Mais il en est un particulièrement précieux : les décors qu’elle a créés en grand nombre pour la Faïencerie entre 1936 et 1964, dont certains sont de vieux décors de la Faïencerie, qu’elle a « revisités », comme les Moustiers par exemple.

 Ils ne sont pas signés « Ellen », car elle opère ici en tant que « directrice des ateliers de décors de la Faïencerie de Longchamp ».

 

Voici quelques-une de ses créations 

 

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A gauche, l’Agen, sans doute pas la plus belle création d’Hélène, mais ce décor aura un grand succès dans les années 1950-60. Pour preuve : c’est le décor que l’on rencontre le plus dans les sites de vente internet. 

A droite une jolie création qui n’a sans doute jamais été commercialisée

 

 

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Le décor Strasbourg inspiré du décor de cette petite soupière italienne (voir le bulletin précédent n°19)

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Réinterprétation assez libre (à droite) d’un décor ancien de la Faïencerie (à gauche)

 

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Le Trianon de Robert Charbonnier des années 1900 et celui de sa fille (années 1950).

Hélène n’a pas revisité le vieux Trianon, la seule comparaison entre ces décors du même nom, c’est le thème floral. On peut mesurer ici la contrainte économique qui s’imposait à  Hélène  : le coût du coup de pinceau d’une décoratrice avait en effet augmenté en 50 ans. Malgré la contrainte, le Trianon d’Hélène est de très belle facture. A noter que le Trianon de 1900 est réalisé sur une forme rare, la forme Dubarry,  utilisée également pour le service La Guérinière (voir bulletin précédent, n°19).

Quant au bouquet central du Trianon d’Hélène, c’est lui qui sert de ponctuation entre chacun des grands thèmes développés dans le présent bulletin.

 

 

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Trois Moustiers, le premier date des années 1920, les deux autres sont des interprétations assez fidèles de la main d’Hélène, le moustiers polychrome et le moustiers monochrome, dont le nom était je crois, le Viry.

 

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Le Pérouges est une création qui a connu un grand succès, y compris aux Etats-Unis, à preuve cette page d’un magazine américain de décoration des années 1960, qui lui est consacré. Ce décor, tout en étant totalement inédit, s’inscrit dans la tradition de la Faïencerie et notamment des Moustiers : l’oiseau est posé sur une branche comme les personnages du Moustiers et  l’environnement floral du Pérouges est comparable à celui de ce dernier.

 

 

 

 la naissance d’une Reine

et son baptême (1886)

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Le parrain est Eugène Bercioux, à la fois son oncle, officiellement, et son grand-père, officieusement (voir Bulletin n°18 ** décembre 2017 **)

 

 

Rencontre, fiançailles et mariage (1908)

 

Hélène fait la connaissance de Gaëtan au cours d’une réception organisée par son père et par Juliette Moisand, tante très mondaine de son futur époux. Cette réception a  lieu au chateau d’Aiserey, proche de Longchamp

Ce château a appartenu à Claude Bossuet oncle de l’Evêque. Ledit château ayant été acheté en 1796 (après avoir été bien national) par Martin Lejeas. 

La propriétaire du château est la comtesse Léjeas, née Hélène Marie Jurien de la Gravière, fille du Vice-Amiral du même nom et qui épousa en février 1877 à Paris Hugues René Martin, comte Lejeas (noblesse d’Empire) 

C’est Juliette Moisand de Binos, soeur d’Horace et tante de Gaëtan qui est à l’origine du mariage. Il est en effet tout à fait certain que Juliette connaissait la comtesse Lejeas, qui avait le même âge qu’elle à deux ans près, puisque le comte Lejeas, le Vice-Amiral Jurien de la Gravière, et Horace Moisand sont témoins tous les trois à son second mariage avec Joseph Bonnefin en 1889 à Paris. 

Côté Charbonnier, il est évident qu’en raison de la proximité de Longchamp et d’Aiserey, les deux familles se connaissaient. Le comte Lejeas avait été lieutenant de cavalerie ce qui pouvait lui créer des liens avec Robert, lui-même capitaine de cavalerie, et qui chassait à courre. 

 Au cours de cette réception, deux prétendants possibles, Hélène ne saura que le soir celui qui lui est destiné… Leur première conversation « intime » portera sur la cuisson des oeufs à la coque et leur premier désaccord sur le temps de la cuisson, ce ne fut cependant pas une entrave très importante car  ils n’auront jamais à cuisiner eux-mêmes de leur vie !

 

 

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Une annonce dans Le Figaro pour les fiançailles, mais pas de faire-part, ni d’annonce dans la presse pour le mariage, pas de photos non plus (du moins aucune ne nous est parvenue à ce jour), juste le menu du repas de noces. C’est bien peu au regard de ces évènements et un peu étonnant. Les parents de Gaëtan sont “ non présents, mais consentants au mariage” selon l’acte de mariage. Horace et Marie-Thérèse sont séparés depuis plus de 10 ans au moment du mariage de leur fils.  Leur absence explique peut-être qu’il n’y ait pas eu de faire-part, ni de photos (mais c’est pure hypothèse).

 

 

La Légion d’Honneur (1955)

 

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La demande faite par Hélène sur carte de visite auprès du Grand Chancelier pour qu’il délègue ses pouvoirs à Mr Desmarquets en vue de son introduction au grade de chevalier ; les coordonnées de Mr Desmarquets dont on apprend ainsi qu’il est Directeur de l’Institut de Céramique Française ; un dossier de renseignements sur Hélène ; le Procès-verbal de réception au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, signé par Mr Desmarquest et par Hélène ; et enfin le « parchemin » officiel daté du 5 mai 1955.

 

 

L’oraison funèbre (1964)

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 Abbé Foutelet, curé de Longchamp, le 18 juin 1964

 

 

la presse locale après le décès

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 Un article récent : 30 octobre 2019

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Le titre de cet article prête à confusion, car l’exposition ne concernait pas qu’Hélène.

Il y a quelques mois, l’association des communes de la Plaine Dijonnaise décidait de lancer une action destinée à mettre en valeur les femmes de la région qui ont eu une vie marquante au point d’en laisser la trace. Le nom donné à cette initiative était assez curieux : « Femmes Phares en Plaine » !

La direction du Lycée Henry Moisand a souhaité alors s’inscrire dans l’opération en choisissant Hélène Moisand comme femme phare et  m’a demandé de faire une présentation d’Hélène devant une classe de CAP 2ème année. Rendez-vous fut pris fin septembre  pour un échange de questions et réponses devant une vingtaine d’élèves, leurs professeurs et les responsables de l’initiative. La réunion a eu lieu dans la grande salle à manger de la Villa, elle  a duré beaucoup plus longtemps que je ne m’y attendais, ce qui laisse à penser que l’évocation de la vie d’Hélène a retenu l’attention de l’auditoire.

Si des personnes qui ne l’ont pas connue ont souhaité honorer sa mémoire, comment nous ses petits-enfants, qui l’avons bien connue et qui en avons gardé un souvenir très fort,  ne pourrions pas le faire à notre façon ? C’est ainsi qu’est née l’idée de lancer ce numéro spécial sur Hélène.

Je me plais à penser, en bouclant ce numéro spécial, que la façon dont nous, ses petits-enfants, avons ravivé son souvenir est la plus belle qui soit.

 

 

 

 


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Bulletin n° 19 ** mai 2019 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

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                                                         Philippe Moisand

 

 

Bonjour à toutes et à tous.

Dix ans déjà depuis le premier numéro d’avril 2009. Dix ans que nous nous sommes lancés dans cette aventure du Chardenois dont je ne savais pas alors où elle nous mènerait. Force est de constater que la grande difficulté est de tenir dans la durée. Mais nous en sommes aujourd’hui au dix neuvième numéro et nous sommes donc toujours vivants, même si nous avons dû réduire un peu la voilure, faute d’un nombre suffisant de contributeurs réguliers. Puisse l’avenir nous apporter un peu du sang neuf dont nous avons besoin pour tenir une autre dizaine d’années. Certains d’entre vous ont manifesté récemment leur intérêt, n’hésitez pas à les imiter.

Nous avions projeté de sortir ce nouveau numéro en début d’année et nous voilà déjà en Mai. C’est vous dire combien il est difficile de tenir les délais avec une équipe réduite dont les composantes n’ont pas que Le Chardenois pour occuper leur temps libre. Quoiqu’il en soit, nous sommes heureux de vous présenter aujourd’hui ces quelques articles qui vous parlent du passé, mais aussi du présent de notre petit village Bourguignon.

Le présent, c’est ce week end des 13/14 octobre 2018 au cours duquel était organisée l’exposition de vieilles faïences à la Villa par l’Association Longchamp d’Antan  dont vous parle Gaëtan. C’est aussi le week end des 16/17 mars 2019,  qui a vu une vingtaine de membres de la famille tout d’abord participer à la journée portes ouvertes du lycée, guidés aimablement par la proviseure, Madame Force, et à l’inauguration par la municipalité d’un panneau situé à l’entrée du village et signalant l’existence du Lycée Henry Moisand.

Le passé, c’est d’abord l’histoire de ce beau service La Guérinière que nous conte Gaëtan. Et c’est aussi un retour sur un sujet qui me taraudait depuis longtemps, celui de la compatibilité entre les valeurs chrétiennes affichées clairement par nos ancêtres et leur statut social. Je n’avais pas au départ mesuré la difficulté de la tâche et j’ai dû « cent fois sur le métier remettre mon ouvrage » sans avoir aujourd’hui le sentiment d’avoir atteint mon objectif. Aussi serais-je intéressé de recevoir les commentaires de celles et ceux qui ont gardé le souvenir de leur vie quotidienne dans ce petit royaume des Charbonnier/Moisand.

Avec la belle saison, voici revenu le temps des mariages et communions. A toutes celles et ceux qui auront la chance de participer à ces célébrations, je souhaite qu’elles soient l’occasion de belles retrouvailles familiales.  Je pense notamment à Christine Pruvost/Petit qui marie sa fille Guillemette le 18 mai à Saint Briac, à Jean-Yves Martin qui marie sa fille Aude le 29 juin à Belle Ile, à ma fille Hélène qui marie sa propre fille Justine le 6 juillet également à Belle Ile, mais aussi à tous les autres dont je ne connais pas les projets mais qui relèvent de cette catégorie.

Bonne lecture.

 

 


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affiche expo 1hbl Une exposition de faïences à la Villa de Longchamp

                                 (13-14 octobre 2018)                                

                                 Gaëtan Moisand

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Une Association s’est créée à Longchamp il y a 3 ans environ à l’initiative de quelques personnes, Longchampois de vieille souche ou de fraîche date. Son nom : Longchamp d’Antan. L’enthousiasme des créateurs de l’Association (créatrices plutôt, car ce sont des femmes qui ont pris l’initiative de la lancer) nous a plu au point que Philippe et moi y avons adhéré en début d’année 2018.

Le but de l’Association est tout d’abord  de collecter des pièces de la Faïencerie de toutes les époques, ensuite de réaliser des expositions régulières, enfin de développer un projet de création d’un musée.  

Le musée est pour l’instant un projet lointain car difficile à mettre en œuvre entre la recherche d’un local et le poids à financer de dépenses incontournables.

La collecte  des pièces se fait par achat dans des brocantes, ou sur eBay et sur le Bon Coin, mais les moyens de l’Association sont très limités, aussi cherche-t-elle à developper les dons et les prêts. Nous reviendrons en fin de cet article sur la collecte.

Quant aux expositions, l’Association en avait  déjà faites à la salle des fêtes de Longchamp, le temps d’un week-end. Avec un succès local non négligeable, nous a-t-on dit. Une nouvelle exposition étant projeté pour l’automne 2018, nous avons suggéré qu’elle ait lieu à la Villa.
Proposition retenue avec enthousiasme !

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7B34624D-7CC2-4E94-9F2B-6476D7811B6F Pour cette exposition, plusieurs thèmes furent retenues par l’Association, dont le but était de mettre en valeur les directeurs artistiques successifs  de la Faïencerie, à savoir Henri Jacquemin (1895-1934) Hélène Charbonnier Moisand (1934-1964) Robert Picault (1966-1980). Et également un décorateur occasionnel et exceptionnel, Louis Vallet, créateur du service la Guérinière (voir l’article ci-dessous).

Pour notre part, nous avons proposé que la famille prenne la responsabilité de l’une des salles, en l’occurence la grande salle à manger, pour y installer des pièces rares et uniques. Les quelques belles pièces présentes à la Villa n’auraient pas suffi. Nous avons donc sollicité le concours de quelques personnes de la famille, Dijonnais de préférence, de façon à ce que le transport de pièces précieuses ne soit pas un trop grand souci.  Tous ont répondu positivement au point de pouvoir présenter dans la grande salle à manger une collection de très belles pièces plus complète encore que celle de la cousinade de 2010..

De longue date, j’avais fait le rêve de réunir les 3 grands plats Rouennais, qu’Henri Jacquemin avait réalisés en fin de carrière (entre 1932 et 1934) et dédicacés à Hélène et Gaëtan Moisand pour 2 d’entre eux et à Paule et Henry Moisand pour le 3ème. Il faut savoir que les 2 premiers ont durablement orné l’un des murs de la salle à manger de la Villa de leur création  jusqu’à la mort d’Hélène en 1964 et qu’il paraissait assez extraordinaire de pouvoir les revoir, accompagnés du 3ème, à leur place d’origine.

C’était un rêve.. J’avais conscience qu’il serait bien difficile de faire accepter aux 3 détenteurs de ces plats de prendre le risque du transport de ces chefs-d’œuvre.

Et pourtant ils l’ont fait ! Le rêve s’est accompli ! Grâce leur soit rendue.

DSCF7426b Ce fut un beau moment d’émotion lorsqu’on les  accrocha au mur, comme si le temps était brusquement reparti en arrière, à l’époque où notre grand-mère, Hélène Moisand, présidait les grands repas dominicaux à la Villa.

L’ exposition préparée de longue date a été mise en place en quelques heures avec une belle efficacité par les  membres de l’Association et ceux de la famille qui étaient présents.

 

IMG_0548 IMG_0546 Ouverte le samedi après-midi et le dimanche, elle a connu un franc succès :  520 visiteurs sur une plage horaire assez courte de 13 heures.

 

 Nous avons de plus accueilli le lycée Henry-Moisand, qui a présenté  le travail original d’une classe de terminale Brevets Métiers d’Art. En cliquant sur ce lien, on peut voir le mini-reportage photographique réalisé par le lycée sur l’expo :  https://www.arts-design-ceramique.fr/single-post/2018/10/18/Pièces-rares

Les membres de la famille présents ont donné de leur personne pour sans cesse expliquer et raconter. Ils ont été payés en retour grâce à de belles rencontres, souvent émouvantes, avec quelques anciens de la Faïencerie et beaucoup d’enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants d’ouvriers et employés.

Quelques visiteurs ont laissé la trace de leur enchantement sur le le livre d’or de l’exposition. En voici des extraits :

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Nous revenons pour finir sur la collecte de pièces de faïences par l’Association Longchamp d’Antan.

Nous avons vu que l’Association acceptait les dons mais aussi les prêts. Cette dernière formule rencontre du succès, car les prêteurs se sentent sécurisés au cas où l’Association disparaîtrait  ou encore au cas où le prêteur changerait d’avis et voudrait récupérer la ou les pièces prêtées.

Certains membres de notre grande famille ont déjà donné ou prêté.

Pourquoi pas vous, qui avez certainement des pièces en double qui encombrent vos placards ou encore qui avez des descendants peu attirés par les faïences de Longchamp ? Dans ce cas, passez par les administrateurs du « Chardenois » qui vous mettront en contact avec l’Association ou contactez directement celle-ci par mail (longchamp.dantan@yahoo.fr) ou par téléphone (06 20 65 87 92)

Vous participerez ainsi à la sauvegarde d’un patrimoine qui certainement  vous tient à coeur.

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Philippe et moi tenons à remercier les membres de la famille qui ont participé de bon coeur à l’apport de pièces de faïence pour l’exposition : Mamie Martin qui de plus nous a aidés à répertorier les services créés ou rénovés par Hélène Moisand, Jean-Yves Martin et Guy Moisand aux collections florissantes, Daniel Moisand qui malgré des réticences bien compréhensibles est venu de loin pour apporter l’un des grands plats de Mr Jacquemin, Solange Bernard Regnaud qui a apporté un grand plat, lequel, de mémoire, ornait un mur du salon de la Villa du temps d’Hélène.
La réussite de cette exposition est le résultat d’une excellente collaboration entre la famille et l’Association Longchamp d’Antan dont nous louons l’efficacité, le sens de l’organisation et le souci de la sécurité. 
Elle tient également au cadre exceptionnel de la Villa « le Chardenois », vedette incontestée de ces journées, que ma sœur, mes frères et moi avons ouverte sans réticence pour l’enchantement des visiteurs.
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DSCF7375bbl Naissance d’un nouveau décor : le Strasbourg           
                                                    Philippe Moisand
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A l’occasion de la préparation de l’exposition dont Gaëtan vous parle par ailleurs, nous avons évoqué avec Jacqueline Damongeot la vie de l’atelier de décor au temps d’Hélène Charbonnier Moisand. Ce qui m’intéressait surtout, c’était de mieux connaître son apport personnel dans le contenu des collections et ses sources d’inspiration pour la création de nouveaux décors. J’avais gardé le souvenir que Bonne Maman (alias Hélène) s’arrêtait souvent devant les boutiques de mode pour repérer les nouvelles tendances du moment et s’en inspirer pour faire évoluer la palette de décors proposés aux clients de l’entreprise.De son côté, Jacqueline nous a raconté cette histoire d’une soupière remontée un jour dans un piteux état de la cave de la Villa, dépoussiérée, puis montrée à Hélène, sans doute pour lui suggérer de  la remettre en bonne place dans la maison. C’était une pièce d’origine italienne de forme originale et décorée avec un bouquet de fleurs et des rameaux de lierre s’échappant vers les extérieurs.

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DSCF7380b A ce stade, l’histoire ne disait pas ce qu’il était advenu de cette soupière, mais Jacqueline était formelle sur le fait qu’Hélène s’en était aussitôt emparée pour travailler sur la création d’un nouveau décor. Ce fut le Strasbourg qui intègre effectivement le bouquet et le lierre.

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DSCF7380d Coïncidence assez étrange, en même temps que je parlais avec Jacqueline, je préparais la grande salle à manger pour recevoir l’exposition, ce qui m’a amené à déplacer quelques objets, parmi lesquels se trouvait ladite soupière italienne. Imaginez la surprise de Jacqueline, et la mienne aussi, moi qui pensais que cette pièce n’était qu’un souvenir de voyage rapporté d’Italie par mes parents.

Tout cela se passait à la Villa dans la grande salle à manger sous le regard coquin d’Hélène photographiée vers l’âge de dix ans. De là à y voir beaucoup plus qu’une simple coïncidence, il n’y avait qu’un pas… que j’ai franchi assez facilement !

 

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sans titre-42d  Le chic à cheval

                                                                            Genèse du service “La Guérinière”

                                                                            Gaëtan Moisand

  

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 Il y a des gens qui aiment les chiens et qui en font la passion de leur vie,

des vieilles filles qui s’enamourent de cacatoès au plumage aveuglant,

des poètes comme Baudelaire chérissant les angoras fourrés.

Moi,  j’ai toujours eu pour le cheval un vaste et profond amour. 

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couverture c chic à cheval Ainsi commence de façon exubérante “Le chic à cheval”, un livre dont le titre prête à sourire tant il a un charme suranné. Publié en 1891,  cet ouvrage aux 300 gravures dont 50 en couleurs retrace l’histoire « pittoresque » du cheval et de l’équitation.

L’auteur ne se contente pas d’écrire le texte du livre, il en est  également le dessinateur. Louis Vallet, c’est son nom, est un aquarelliste qui se fera mieux connaître au début du XXème siècle par des dessins et aquarelles mettant en valeur la femme ; ses dessins, parfois coquins, seront publiés dans des revues telles que Frou Frou ou la Vie Parisienne.

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RC photos 026b Mais revenons au cheval : le vaste et profond amour que lui porte Louis Vallet, un autre homme le partage. Un homme dont nous connaissons déjà la passion pour le cheval et dont nous avons découvert dans un bulletin précédent sa passion pour le dessin et plus encore pour les dessins de chevaux. Un homme qui se représente volontiers à cheval dans ses propres dessins et qui se montre volontiers à cheval sur les photos prises par ses proches. Vous l’avez deviné, bien sûr, cet homme c’est Robert Charbonnier, aussi passionné par le cheval que l’était Louis Vallet.  (photo en tête de § : Robert Charbonnier sur Boy au petit galop)

Dès lors, il paraît naturel que ces deux-là, vivant à la même époque, se soient rencontrés et se soient entendus au point de faire affaire. Robert  a certainement consulté le livre de Louis Vallet dès sa parution et l’a même sans doute acheté. On peut penser que l’ auteur est devenu  un maître pour Robert et que ce dernier s’est inspiré des dessins du livre pour parfaire les siens.

Quelques temps plus tard après la parution du livre, en 1893 ou 1894, Robert prend l’initiative d’une rencontre que Louis Vallet accepte volontiers. Les deux hommes, passionnés de cheval et de dessin se comprennent tout de suite. Robert commence bien sûr l’entretien  par un éloge du livre et de son auteur. Il continue en évoquant son  rêve de créer un service de faïence dont le thème serait le cheval et ajoute qu’ il espère pouvoir réaliser ce rêve depuis qu’il a découvert le “Chic à cheval”. A condition bien sûr que son interlocuteur accepte de le suivre…

Louis Vallet n’hésite pas longtemps, la proposition lui plaît évidemment. Une fois conclu l’accord de principe,  et au-delà des considérations financières qui ont eu bien sûr leur importance,  les deux hommes, ce jour-là ou par la suite, continuent leur discussion  pour choisir le thème des dessins de façon à donner une identité bien précise au service.

CAMÉRA NUMÉRIQUE KONICA MINOLTA Le choix se porte sur La Guérinière. Un des chapitres du livre de Louis Vallet lui est consacré. Ce sera le nom du service, qui sera commercialisé à compter de 1895.

François Robichon de la Guérinière (1688-1751), après avoir obtenu son brevet d’écuyer du Roi, ouvre en 1715 une académie d’équitation, à l’emplacement de l’actuelle rue de Médicis au dos de la fontaine qui porte le même nom. C’est là qu’il va acquérir sa réputation de professeur hors pair. En 1730, il est nommé écuyer du manège royal des Tuileries.  Il écrit, en 1733,  l’ “Ecole de cavalerie” qui va devenir la bible de l’équitation pour tous les cavaliers de France et d’Europe.

Louis Vallet dans son livre écrit que la Guérinière « est le père de l’équitation actuelle. Tout ce qu’il a écrit est aussi vrai qu’il l’était de son temps ». On peut déduire de ces propos qu’au XIXème siècle, tout cavalier digne de ce nom, et notamment tout officier de cavalerie comme l’était Robert Charbonnier, a lu l’ “Ecole de cavalerie”. De là à penser que c’est ce dernier qui a été à l’initiative du choix du nom du service et du thème de celui-ci, il n’y a qu’un pas que l’on peut se permettre de franchir sans grand risque d’erreur.

Le_chic_à_chevalb___[...]Vallet_Louis_bpt6k5786767b-12 On trouve peu de gravures dans le chapitre que Louis Vallet consacre à La Guérinière. Celle qui est présentée ici ( en tête de ce §) est la seule en couleurs.

Même si elle a quelques airs de ressemblance avec les dessins du service, Louis Vallet ne la reprend pas lorsqu’il exécute les dessins de celui-ci.  On pourrait donc affirmer que Louis Vallet a créé exclusivement des originaux pour le service de Longchamp. Mais il faut reconnaitre toutefois qu’il arrive à Louis Vallet de s’inspirer, de façon plus ou moins explicite, des  gravures du livre de La Guérinière, dont l’auteur s’appelle Charles Parrocel.

Ainsi cette gravure du livre de La Guérinière qui représente une figure appelée la capriole.

« La capriole est le plus élevé et le plus parfait de tous les sauts. Lorsque le cheval est en l’air et dans une égale hauteur du devant et du derrière, il détache la ruade vivement, les jambes du derrière dans ce moment  sont l’une près de l’autre et il les allonge aussi loin qu’il lui est possible de les étendre. Les pieds de derrière dans cette action se lèvent à la hauteur de la croupe et souvent les jarrets craquent par la subite et violente extension de cette partie. Le terme de capriole est une expression italienne, que les écuyers napolitains ont donné à cet air, à cause de la ressemblance qu’il a avec celui du chevreuil, nommé en italien caprio”
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École_de_cavalerie_La_Guérinière la capriole Voici la capriole de Charles Parrocel (in « l’Ecole de Cavalerie » de La Guérinière)

DSCF2493b  … celle de Louis Vallet sur dessin aquarellé préparatoire pour le service de Longchamp

sans titre-41b  … et sur un plat long du service de la Faïencerie

 

 

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Le dessin préparatoire présenté ci-dessus n’est pas le seul à être arrivé jusqu’à nous, il y en quelques autres que nous avons découverts récemment avec une extrême surprise.

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  vDSCF2482b  voici l’un de ces dessins…   KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA   …et sa traduction sur faïence

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Autre dessin préparatoire à 3 personnages, que l’on retrouve sur ces saucières pour 2 d’entre eux..   

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Et voici d’autres décors du service pour lesquels nous n’avons pas trouvé les dessins préparatoires.

Notamment, ces 2 grands plats magnifiques :

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et ces 2 assiettes :
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 Laissons le dernier mot à François Robichon de la Guérinière.
Il semble l’avoir écrit spécialement pour commenter les superbes décors du service de Longchamp qui porte son nom :
« La grâce à cheval consiste en une posture bien droite et libre, qui vient du contrepoids du corps bien observé ; en sorte que, dans tous les mouvements que fait le cheval, le cavalier, sans déranger son assiette, conserve autant qu’il le peut un juste équilibre, cet air d’aisance et de liberté qui forme ce qu’on appelle le bel homme de cheval. »
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dévé060d Les derniers seigneurs de Longchamp

                             Philippe Moisand

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Pendant près d’un siècle, de 1868 aux années 1970, Robert Charbonnier, Gaëtan Moisand et enfin Hélène Charbonnier/Moisand et ses fils se sont succédés à la tête de l’entreprise familiale et ont régné sans partage sur le village de Longchamp. Un tout petit royaume certes, mais un royaume quand même dans lequel ils concentraient entre leurs mains le pouvoir économique au travers de l’entreprise, mais aussi le pouvoir politique au travers de la mairie et une partie du pouvoir religieux par leurs interférences dans la gestion de la paroisse et les liens privilégiés qu’il entretenaient avec les évêques de Dijon.

Longtemps, je me suis posé la question de savoir si et comment ils avaient pu concilier leurs grandes responsabilités avec les valeurs chrétiennes auxquelles ils se disaient fermement attachés. Si et comment le grand brassage d’idées suscité dès le milieu du XIXème siècle par l’irruption du capitalisme industriel et son impact sur la condition ouvrière avaient influencé leur comportement. Si et en quoi la réalité du vécu de cette petite entreprise de campagne est conforme à l’image plutôt négative de ce modèle souvent qualifié de paternaliste.

Difficile de répondre à toutes ces questions, d’autant plus que le regard porté sur une histoire couvrant près de 150 ans doit tenir compte du contexte économique et social de l’époque, lequel a profondément évolué au cours de cette période.

(Photo de titre : Robert Charbonnier à cheval devant le Château de Longchamp)

 

RC photos 002 b Lorsque Robert Charbonnier est arrivé à Longchamp avec son frère Marcel, la France était alors parsemée de ces entreprises familiales qui constituaient une partie importante de son tissu industriel. Bien souvent implantées à la campagne, elles accueillaient dans leurs ateliers la population paysanne qui commençait à devenir excédentaire et qui recherchait de meilleures conditions de vie.  C’est le capitalisme naissant de la deuxième moitié du XIXème siècle qui a pris la relève en offrant du travail à cette main d’œuvre disponible qui ne demandait qu’à en trouver.

( Photo en tête de § prise du clocher de l’église par Edouard Charbonnier vers 1895 et légendée de la main de Robert : « mon usine fume ! »)

On ne reviendra pas ici sur les difficultés rencontrées par les deux frères après le rachat de la petite tuilerie qui avait commencé d’évoluer vers la production de faïence fine. Elles vous ont été contées dans des numéros précédents. On retiendra seulement que, progressivement, Robert s’est retrouvé seul propriétaire et dirigeant de l’entreprise, qu’il n’a pas tardé à prendre également la mairie et qu’il a clairement placé ses affaires sous la protection du « bon Dieu » et de saint Antoine de Padoue, comme il le rappelle dans son testament daté de 1893.

Mais c’est dans ce qu’il a présenté comme « la suite de son testament » datée de l’année suivante qu’il expose sa doctrine sociale, visiblement inspirée du paternalisme en vogue à cette époque et validée par un dominicain de ses relations selon lequel le patron « doit être infiniment bon et, en même temps, d’une énergie indomptable ». « Lorsque les ouvriers savent qu’ils ne seront pas abandonnés dans le malheur, dans les moments critiques, dans la maladie et dans la détresse morale, ils sont tout près d’appartenir corps et âme à celui qui les dirige » ajoute-t-il lui-même. 

On ne peut pas trouver de parenté plus proche avec l’essence même du paternalisme qui repose sur l’idée que les rapports entre patrons et ouvriers doivent être régis par les règles de la vie familiale, caractérisées par l’affection réciproque, l’autorité et le respect. Cette assimilation du patron au pater familias présente l’avantage considérable de rester sur un régime bien balisé par ce qui était alors la doctrine de l’Eglise. Dieu impose au père et donc au patron l’obligation de remplir les devoirs de la paternité aussi bien du point de vue matériel que spirituel.

lgchp 1b Il serait cependant très réducteur de s’en tenir à ces quelques extraits du testament de Robert Charbonnier. Mais on dispose hélas de peu d’éléments pour retracer ici tout ce qu’il a pu apporter à ses employés et administrés. Au moins sait-on :

-       qu’il a créé en 1882 une Société de secours mutuel destinée à venir en aide aux malades et aux plus démunis ; et

-       qu’il a fait construire une école (aux frais de l’entreprise ou de la municipalité ?) dont le fonctionnement a été confié à des religieuses et qui porte toujours à son fronton républicain la devise de l’époque « Foi, Espérance, Charité ».        

Mais force est de constater qu’il n’appartenait pas à la génération apte à s’approprier l’esprit de l’Encyclique de Léon XIII ou qu’à tout le moins il n’eut pas le temps de le faire.

(carte postale d’époque, en tête de §)

 

moisand 3gm29 Avec Gaëtan Moisand qui prend la relève vers 1912, on franchit une étape importante. Il conserve tous les attributs du pouvoir (entreprise, mairie, religion) dont disposait son beau-père, mais à la différence de ce dernier, il a eu le temps de s’imprégner des enseignements de l’Encyclique Rerum Novarum signée par le pape Léon XIII en 1891 et considérée depuis comme la base de la doctrine sociale de l’Eglise. A quoi il faut ajouter son implication très forte dans la défense de l’Eglise catholique depuis la loi de séparation de 1905 qui l’a tant affecté, d’abord en tant que membre de la Société des conférenciers populaires lorsqu’il était encore parisien, puis en tant que conférencier de la FNC qui lui donna l’occasion de porter la bonne parole dans toute la Côte d’Or en compagnie du chanoine Kir, lequel fut plus tard maire de Dijon et donna son nom au fameux vin blanc cassis.

(photo en tête de § : Gaëtan à Longchamp en1930)

C’est en 1929, à l’occasion de la visite à Longchamp de Mgr Petit de Julleville, que Gaëtan expose à la fois sa philosophie et les applications pratiques qui en découlent.

Au chapitre des idées, il rappelle qu’au temps d’Albert de Mun, « on se contentait d’essayer d’être vraiment chrétien. Aujourd’hui, nous continuons de dire : nous sommes chrétiens. Nos œuvres portent toutes le sceau de l’Encyclique fameuse de Léon XIII sur la condition des ouvriers ». A quoi il ajoute que « l’Eglise ne nous enseigne pas seulement de donner, mais aussi de nous donner ». Car « l’oeuvre, si belle soit-elle, qui ne comportera pas le don de soi ne sera pas une oeuvre chrétienne ».

lgchp 9b Au chapitre des réalisations, il indique « qu’ici (à Longchamp),

-       nous luttons contre la maladie par notre Société de secours mutuel ;

-       nous luttons contre le taudis par la création et le développement de nos cités ouvrières ;

-       nous luttons contre le gaspillage par l’école ménagère qui enseigne aux jeunes filles l’économie domestique ;

-       nous luttons contre l’ennui par les patronages, les jeux en commun, les comédies, le cinéma ».

Il aurait pu citer aussi la Fanfare municipale et la Chorale.

Pas de doute, on se situe bien dans le droit fil de Rerum Novarum. Mais on se doit à la vérité de dire qu’il manque dans la doctrine de Gaëtan un élément important figurant dans l’Encyclique : la coopération entre patrons et ouvriers pour la fixation des salaires et la création « d’institutions diverses qui ont pour but de secourir les ouvriers, ainsi que leurs veuves et leurs orphelins ». Au contraire, l’impression qui prévaut est que tout ce qui est mis en place dépend de la bonne volonté du patron, totalement libre de fixer la limite des efforts financiers qu’il est prêt à consentir au bénéfice de ses employés. Gaëtan n’en était pas encore venu au dialogue social devenu aujourd’hui incontournable.

Dans ce contexte, comment aurait-il pu imaginer que les revendications sociales de 1936 et l’arrivée au pouvoir du Front populaire allaient atteindre de plein fouet son petit royaume qu’il pensait avoir mis à l’abri de toutes ces vicissitudes ? Ce fut pour lui une rude épreuve dont il ne se remettra pas ; d’autant plus qu’il devra subir, quelques années plus tard comme tous les Français l’humiliation  de la débâcle de 1940, puis la maladie en 1941 qui l’obligera à passer la main.

Sans doute n’avait-il pas vu venir les limites de son entreprise pourtant lancée avec les meilleures intentions du monde et dans le respect des enseignements de l’Eglise. On sait aujourd’hui pourquoi : tout bien traités qu’ils l’aient été, il manquait aux ouvriers une composante essentielle de leur condition humaine : la liberté. L’histoire du Familistère Godin à Guise dans l’Aisne, fondée sur les mêmes principes, bien que d’essence philosophique très différente, a conduit au même rejet.

 

hlnecm006 A la Libération, les cartes ont été sérieusement rebattues. Tout était à refaire au plan économique et social dans un pays sinistré par des années de guerre et d’occupation. Et le pouvoir longchampois, pour ce qu’il en restait, se trouvait désormais partagé entre Hélène Charbonnier/Moisand et ses deux fils Henry et Robert. 

(photo en tête de § : Hélène en 1952)

Aucun d’entre eux n’a laissé de trace écrite de sa vision personnelle non plus d’ailleurs que de l’existence d’un consensus tendant à prolonger ensemble l’œuvre entreprise par leurs prédécesseurs. Il est certes probable qu’il y eut des discussions informelles entre eux, mais il me semble que chacun a œuvré dans le cadre de ses responsabilités, Hélène en tant que Présidente de la Société, Henri en tant que directeur général et maire de Longchamp, Robert en tant que directeur technique naturellement proche des ouvriers et de leurs préoccupations.

Dans ce contexte nouveau, la vision sociale de Gaëtan n’a pas été abandonnée, bien au contraire. La reine Hélène a continué de régner sur l’atelier de décor dont elle avait pris la charge au départ de M. Jacquemin et conservé toutes ses prérogatives dans la gestion paroissiale, au travers notamment de la chorale ; Henry consultait régulièrement un dominicain pour réfléchir avec lui sur le meilleur moyen de concilier ses fonctions de direction avec la doctrine sociale de l’Eglise et Robert s’efforçait de transcrire dans sa gestion du personnel tout ce qu’il avait appris pendant l’occupation aux Chantiers de jeunesse. 

Mais il a bien fallu s’adapter à l’évolution de la société et à la prise en charge par l’Etat de tâches que les entreprises les plus avancées socialement avaient jusques là assumées, notamment dans le domaine de la couverture maladie, chômage et retraite des employés. Il est probable par exemple que la Société de secours mutuel créée en 1882 ait disparu à cette époque. De même les cités ouvrières n’ont pas été développées ; elles ont d’ailleurs fini par être vendues à leurs occupants, à des prix très raisonnables.

Mais on a vu aussi se mettre en place d’autres dispositifs ciblés sur de nouveaux avantages sociaux. A titre d’exemple, les colonies de vacances organisées par l’entreprise, à Samoëns pour les filles et à Saint Paul en Chablais pour les garçons. Egalement la construction du stade et du terrain de football mis à la disposition des Longchampois et du tout nouveau Centre d’apprentissage, mais aussi la cantine pour les employés domiciliés dans les communes voisines, la rénovation du cinéma qui a permis l’organisation de deux séances par semaine avec une programmation digne de celle des villes environnantes.

Et surtout les deux grandes réalisations de l’après-guerre qui n’ont été possibles qu’avec le soutien et l’apport de la famille et de l’entreprise:

-       le lancement du Centre d’apprentissage de la Céramique, installé dans les locaux de l’entreprise et, pour l’internat, dans le château des Chartreux, dont la société familiale a fait don à l’Education Nationale; et

-       la construction de l’école des filles, certes initiée et financée par la municipalité, mais sans doute grâce aux impôts locaux (la fameuse contribution des patentes aujourd’hui disparue) mis à la charge de l’entreprise.

A quoi on peut ajouter le souci constant de ne jamais laisser quiconque sur le bord du chemin et de toujours trouver un emploi pour ceux des Longchampois qui se trouvaient dans le besoin.

 Mais il faut admettre que les importants changements économiques et sociaux intervenus pendant les « Trente Glorieuses » ont complètement changé la donne. Lourdement chargées du poids grandissant des cotisations sociales, les entreprises ont vu leurs marges bénéficiaires se rétrécir comme une peau de chagrin, tout particulièrement à Longchamp en raison du poids de la main d’œuvre dans la fabrication des produits. Et puis Hélène est décédée en 1964, Henry a pris sa retraite et quitté la mairie. Robert resta finalement seul aux commandes, tout occupé à la gestion de l’entreprise et peu enclin à viser la mairie et le contrôle de la paroisse ; il dut finalement se résigner, avec l’assentiment de ses frères encore actionnaires, à céder l’entreprise à un tiers. La famille avait perdu tous les leviers de commande; le petit royaume avait vécu.

 

Quelles leçons peut-on tirer de cette longue histoire brièvement racontée ici ?  Tout d’abord que nos ancêtres (et nous-mêmes par contrecoup) ont certainement bénéficié d’une situation privilégiée du fait de leur position dominante dans le village. Mais aussi qu’ils ont toujours eu à cœur d’améliorer les conditions de vie de leurs employés. Les moyens utilisés ont tendance à faire sourire aujourd’hui et il faut bien reconnaître qu’il y a du vrai dans les critiques adressées au modèle « paternaliste » auxquels ils sont attachés, car on ne peut pas nier que cette petite société villageoise a eu pendant longtemps un côté féodal conduisant la population locale à faire en quelque sorte allégeance au seigneur du lieu.

Faut-il pour autant condamner ce qui a été fait ? L’évolution des mœurs, des idées et des institutions a certes permis d’offrir progressivement une plus grande liberté à la population dans notre pays, conformément à ses aspirations. Mais le transfert à l’Etat ou à ses propres institutions de ce qui était auparavant assumé par les « possédants » rencontre aujourd’hui ses limites. La mauvaise gestion par l’Etat du nouveau système de solidarité l’a quelque peu décrédibilisé auprès des employés et c’est bien lui aujourd’hui et les « puissants » qui le gèrent qui se trouvent cloués au pilori. Serait-il tout simplement utopique de penser qu’il existe un modèle social idéal ?

 Je le pense sincèrement et c’est sans doute à l’aune du souvenir et de la trace qu’ont laissées nos ancêtres dans l’estime de la population qu’on peut aujourd’hui tenter de  les juger. « Votre famille a certes été critiquée, mais elle n’a jamais été haïe », m’a confié un jour un vieux Longchampois. Je ne crois pas qu’il ait pu me faire un plus beau compliment, que je vous propose de partager aujourd’hui avec moi.

 

 

 

 

 

 

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DSCF4691b Régis Penneçot, notre menuisier à Notre-Dame

Quand la reconstruction du balcon de la Villa mène à celle de Notre-Dame !!!

Philippe et Gaëtan Moisand

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regis-pennecot Régis Penneçot, menuisier, est le descendant d’une longue lignée (9ème génération !) d’une entreprise familiale crée en 1806 à Varanges  en Côte-d’Or. Il est par ailleurs président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de la Côte-d’Or.

Il y a tout juste un an, lui et son équipe ont reconstruit intégralement l’un des balcons de la Villa qui menaçait ruine, en respectant le dessin du précédent. (voir photo de titre)

Régis Penneçot vient d’être nommé (15 mai 2019) coordinateur national du réseau des CMA dans le dispositif «Chantiers de France» créé à la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris pour rebâtir la cathédrale et, au-delà, participer à la rénovation du patrimoine français.

Nous sommes très impressionnés d’apprendre que notre constructeur de balcon est l’un des futurs (re)bâtisseurs de la cathédrale et lui souhaitons bonne chance.

IMG_1007 Qu’un représentant du métier du bois soit présent sur le futur chantier apaisera peut-être les craintes de ceux de nos lecteurs qui ont quelques inquiétudes sur la tournure que pourrait prendre la reconstruction de Notre-Dame. (photo prise du clocher de l’église Saint-Gervais – mai 2019)

 

Voici le communiqué de presse relatif à cette nomination :

Alors que le ministère du Travail a nommé Michel Guisembert, président du Comité français des Olympiades des métiers, référent du projet national «Chantiers de France», le réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat désigne ce jour Régis Penneçot, président de la CMA de la Côte-d’Or et trésorier de CMA France, représentant national du réseau.

Régis Penneçot, maître artisan, dirige une entreprise de menuiserie située à Varanges en Côte-d’Or. Il s’agit de l’entreprise familiale fondée en 1806 et transmise de père en fils depuis neuf générations. Une entreprise qu’il a reprise en 1996 et qui compte aujourd’hui huit salariés et deux apprentis. L’entreprise travaille régulièrement pour les monuments historiques, ce qui l’amène à intervenir sur de très nombreux chantiers de rénovation de sites patrimoniaux remarquables : Hospices de Beaune, églises classées, édifices du secteur sauvegardé de la ville de Dijon…
De par son expérience, son engagement au service de l’excellence artisanale et son expertise fine de la restauration du bâti ancien, CMA France sait pouvoir compter sur ses compétences pour remplir cette fonction et mener à bien cette mission.

Le 18 avril, Bernard Stalter, président du réseau national des CMA, avait présenté au Gouvernement une série de propositions destinées à permettre l’accès aux marchés de restauration du patrimoine pour les artisans, à sensibiliser et orienter les jeunes vers les métiers de bâtisseurs, à recruter et à former la prochaine génération – en triplant le nombre de places en apprentissage – et à créer un «Erasmus des bâtisseurs».
Autant de propositions du réseau des CMA qui ont reçu un accueil positif et que Bernard Stalter et Régis Penneçot auront à cœur de défendre pour qu’elles aboutissent.

Le réseau des CMA, fort de cent-douze CFA, est à pied d’œuvre pour apporter son soutien et contribuer à ce chantier d’envergure d’une forte portée symbolique. En complément du coordinateur national qui vient d’être nommé, un interlocuteur privilégié sera identifié dans chaque région pour travailler avec les Conseils régionaux et ainsi encourager la formation professionnelle et tout particulièrement l’apprentissage sur l’ensemble du territoire.

Communiqué de la Chambre des métiers et de l’artisanat

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