Bonjour à tous

 

Le 4 décembre 2016

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Le bulletin n° 17  du bonjour à tous le-chardenois-217x300 CHARDENOIS   est paru

 

 

 

 Deuxième parution en 2016, après celle du 16 février dernier  : le Chardenois ne se porte pas si mal !

Ce bulletin n°17 comme le précédent paraît sous un nouveau site :

chardenois.unblog.fr (http://chardenois.unblog.fr/)

au lieu de moisand.unblog.fr pour les bulletins n°1 à n°15 (http://moisand.unblog.fr/).

Les raisons de ce changement sont largement expliquées dans la page d’accueil, à laquelle vous pouvez accéder en cliquant sur ce mot dans le bandeau vert sous le titre du journal. 

Comme le précédent bulletin qui était un « spécial Charbonnier », celui-ci est également un bulletin “spécial”. Le Chardenois démontre ainsi sa capacité à susciter des retrouvailles avec des cousins perdus de vue et pourtant pas si lointains que çà

 

Si vous souhaitez ouvrir  directement le bulletin n° 17, cliquez sur ce lien :   

 Bulletin n° 17 ** décembre 2016 **

 

 

En bas de la présente page, vous trouverez la liste de tous les autres bulletins déjà parus sur l’ancien site et du bulletin qui vient de paraître sur le nouveau site. Il vous suffit de cliquer sur le bulletin de votre choix pour le voir apparaître.

En bas de la page d’accueil, à laquelle vous accédez, comme dit plus haut,  en cliquant sur le mot accueil dans le bandeau vert sous le titre du journal,  vous trouverez également la liste de tous les bulletins et pourrez cliquer sur celui de votre choix.

Comme d’habitude, nous reproduisons ci-dessous des extraits des textes des « bonjour à tous » précédents de façon à ce que ceux qui découvrent le blog  (et/ou ceux qui auraient tout oublié d’un bulletin à l’autre !) trouvent ici de quoi le lire avec aisance :

Pour  lire confortablement un bulletin, mettez-vous en mode “plein écran” en cliquant sur la touche F11 de votre ordinateur. Pour désactiver ce mode, il suffit de cliquer à nouveau sur la même touche.

Dans chaque bulletin, sous certains articles, peuvent apparaitre des albums photos permettant de mieux illustrer ceux-ci. Ouvrir l’album est très  simple : il suffit de cliquer sur « voir l’album » pour que les photos apparaissent. Passer d’une photo à l’autre est encore plus simple et ne mérite pas de commentaire particulier. Pour revenir au texte, il vous suffit de taper sur le X en haut à droite de votre écran.  Plus que jamais ici pour bien voir l’album, il vous est conseillé de vous mettre en mode plein écran comme indiqué plus haut.

De façon quasi systématique, les titres de chaque article sont précédés d’une image réduite à l’état de “vignette”. Pour voir l’image agrandie, il suffit de cliquer sur celle-ci avec le curseur (la flèche se transformant alors en main avec l’index pointé vers le haut). La photo agrandie  apparaît en surimpression au centre de votre ordinateur. En cliquant sur le X ou sur « close » sous l’image, l’agrandissement s’efface pour laisser place au texte là où vous l’aviez quitté. D’autres images insérées dans le texte sont de même nature et peuvent être regardées en agrandi de la même manière.

Les commentaires sont évidemment  les bienvenus.

Ne pas oublier que ce journal ne peut vivre sans l’apport de chaque membre de la famille en documents, photos et propositions d’articles

Ne pas oublier non plus qu’un blog, par nature, c’est ouvert à tout le monde (et pas seulement à la famille !) : raison de plus pour que Le Chardenois demeure un journal de qualité !

 

 

le-chardenois-217x300        Bonne lecture…

 

 

 

 

 

Vous pouvez ici accéder directement au bulletin n° 16 :

Vous pouvez  accéder également ici à l’un ou l’autre des bulletins de l’ancien site :

 

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Bulletin n° 17 ** décembre 2016 ** fondateur : Philippe Moisand

 

   

  Numéro spécial

            Dévé

 

 

dévé077d  Edito

                                               Philippe Moisand 

 

Notre dernier numéro était consacré aux Charbonnier. Avec celui-ci, nous continuons de remonter et d’élargir le fil de notre histoire en ouvrant nos colonnes aux Dévé. J’imagine que ce nom ne dit rien à la majorité de nos lecteurs et que les plus anciens d’entre nous n’en savent pas beaucoup plus que la participation d’un cousin éloigné du nom de Max Dévé au succès du premier vol Paris-Nouméa dans les années 30.

Et pourtant, ils sont tout proches de nous et seuls les hasards de l’histoire, mais aussi la taille respectable de chacune des trois branches issues de Victor Charbonnier, ont fait que les liens se sont progressivement distendus avec le temps. Nous entendions bien la petite musique de Nicole Bernard/Girard demandant avec insistance d’en savoir plus sur les Dévé dont lui parlait régulièrement sa mère Christiane. Mais il aura fallu le rapprochement récent avec la branche Charbonnier et la réactivité de nos trois grands reporters, Geneviève, Daniel et Gaëtan, pour raccrocher les wagons. C’est peut-être le début d’une belle histoire qui pourrait déboucher un jour sur l’organisation d’une cousinade élargie. Mais n’anticipons pas…

…et partons à la découverte de cette branche Dévé si méconnue dans nos rangs. D’abord, avec l’arbre généalogique présenté par Daniel qui vous aidera à mieux comprendre les liens entre les trois branches, puis avec l’histoire et le portrait, que retrace Geneviève, de Victor Charbonnier, notre ancêtre commun.  Enfin et surtout, avec le récit de l’exploit de Max Dévé par son fils Bertrand à qui nous avons largement ouvert nos colonnes.

D’aucuns regretteront peut-être que nous continuions de nous intéresser exclusivement au passé. C’est vrai et c’est aussi mon regret de n’avoir pas su  convaincre les jeunes générations de nous proposer des sujets plus actuels. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et puis Le Chardenois est toujours vivant, tissant des liens enrichissants avec nos lointains cousins Charbonnier et Dévé, et je dois ici en remercier vivement Geneviève, Daniel et Gaëtan, ses plus ardents défenseurs, sans la persévérance desquels il ne serait plus aujourd’hui qu’un agréable souvenir.

  photo de titre : Charles Dévé, sa femme Alexandrine, née Bercioux, et leurs enfants, Fernand  et Max 

 

 

 

 

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Claire Charbonnier c Liens et descendances Charbonnier-Dévé-Moisand

                                   Daniel Moisand

 

Les « retrouvailles » avec la branche « Charbonnier » il y a un an, nous ont donné l’envie de partir à la recherche de l’autre branche familiale perdue de vue, les « Dévé ».

Une très sympathique rencontre avec Bertrand Dévé et son épouse a d’abord eu lieu début mai dernier et, quelques semaines plus tard, leur cousine Françoise nous a gentiment conviés, avec Gaëtan, à une « mini cousinade » chez elle, rue Cler à Paris, dans cet immeuble qui avait été acheté par Charles Bercioux et où a vécu Caroline, notre arrière-grand-mère.

Plaisir double, puisqu’outre faire la connaissance de nos cousins Dévé, nous avons pu découvrir les trésors (tableaux, photographies, assiettes Longchamp « inédites », témoignages écrits) recueillis par Françoise, retraçant l’histoire de la famille Bercioux–Charbonnier au long du 19 ème siècle et première partie du 20 ème.

Parmi ces trésors, citons le portrait de Victor Charbonnier – inséré plus loin dans un article qui lui est consacré – imprimé sur un carreau de la Faïencerie de Longchamp. Ce qui n’est pas tellement étonnant si on se souvient que Marcel et Robert Charbonnier ont déposé un brevet d’impression sur faïence en 1877.

Citons également la très belle statuette qui illustre cet article et qui faisait l’objet de la photo-mystère du mail de Gaëtan en juillet dernier. Il s’agit d’une œuvre d’Henriette Charbonnier (alias “Tante Riri »), représentant sa tante, Claire Charbonnier.

 Les Dévé sont les descendants directs de Claire Charbonnier (fille de Victor et sœur de Robert) et Charles Bercioux. Leur fille, Alexandrine, est la cousine germaine d’Edouard et d’Hélène (Bonne-Maman) (cf tableau Charbonnier)

Mais Charles Bercioux étant également le père de Caroline (épouse de Robert), Alexandrine se trouve aussi être la demi-sœur de Caroline, donc la tante d’Edouard et d’Hélène ! (cf tableau Bercioux)

Pour faciliter la compréhension des liens familiaux, vous trouverez un tableau de cousinage – ne pouvant bien sûr y faire figurer tous les cousins, nous en avons choisi un par branche. (cf tableau cousinage)

Enfin, de façon à  présenter les cousins Dévé à leurs cousins Moisandnous vous proposons un arbre descendant d’Alexandrine Bercioux et son mari, Charles Dévé. (cf tableau descendance Dévé)

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descendance V.Charbonnier b    descendance Victor Charbonnier

 descendance C.Bercioux c   descendance Charles Bercioux 

  Descendance Dévé 001b   descendance Dévé                    

   tableau cousinage 001b   cousinage

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 091c LE COIN DES ANCÊTRES

                                       Destins et anecdotes

 

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous tenons cette rubrique depuis le  bulletin n° 15.

Après avoir retracé la vie du capitaine Dumas et  celle de Charles Bercioux dans les deux précédents bulletins,  Geneviève évoque ici  un de nos ancêtres qui a toute sa place dans ce bulletin spécial Dévé puisqu’il est notre ancêtre commun à tous, que nous soyons Charbonnier, Dévé, ou Moisand.

 Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

 

 

dévé003c Victor Charbonnier, notre ancêtre commun

                            Geneviève Moisand

 

Victor Charbonnier est l’ancêtre commun le plus proche des trois branches, Charbonnier, Dévé et Moisand.

Né à Dijon en 1801, il est le fils d’un avocat, membre de l’académie de Dijon, et de la fille d’un maître de forges de Pontailler-sur-Saône.

A l’âge de 21 ans, il embrasse la carrière militaire en s’engageant, avec son frère Frédéric qui en a 19, dans le régiment des Chasseurs à cheval de la Garde Royale. En 1823, il participe à l’expédition d’Espagne pour la restauration du Roi Ferdinand VII.

Il devient rapidement sous-officier au 2ème régiment de Carabiniers, puis, le 24 décembre 1828, il est nommé garde du corps de 3ème classe, avec le grade de sous-lieutenant, au sein de la Cie de Gramont (une des 4 compagnies de gardes du corps du Roi).

Il sert fidèlement Charles X jusqu’à son abdication, le 11 août 1830, et même ensuite, puisque, licencié avec solde de congé, il l’accompagne quelques temps dans son exil en Angleterre. Rentré en France, il reprend du service, en mars 1831, au 10ème Dragons, régiment avec lequel il fait 3 années de campagnes dans l’armée du Nord, notamment contre le prince d’Orange.

En 1835, à 33 ans, Victor épouse à Paris Julie Bisson âgée de 23 ans, elle-même fille du capitaine Charles Bisson et nièce du lieutenant-colonel Régis Dumas. Elle est également la petite-fille du capitaine Joseph Dumas (ce soldat de Napoléon qui a fait l’objet d’un précédent article dans le Chardenois).

Les jeunes mariés s’installent tout d’abord dans la banlieue de Tours où Victor est en garnison, et c’est là que naît leur fille aînée Claire. 3 ans plus tard, Marcel naît rue de Lille à Paris, où Victor est alors capitaine, toujours au 10ème Dragons.

Malheureusement, en 1842, une malencontreuse chute de cheval met un point final à sa carrière militaire active. Grièvement blessé à la jambe gauche, Victor marche en effet difficilement et ne peut plus monter à cheval. Nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1845, son dossier indique qu’il a été « mis en non activité pour infirmité temporaire » en 1844.

Dans la même période, de tristes évènements endeuillent la famille : un petit garçon, Rodolphe, né en 1843, décède dans sa première année. Et puis, en 1845, c’est Frédéric, le jeune frère de Victor, qui meurt à 42 ans à l’hospice des aliénés de Dijon où il était entré 4 mois plus tôt.

Peu de temps après, Victor quitte Paris pour la Bourgogne et semble reprendre du service à Dijon. Julie demeure alors à Vougeot chez une de ses tantes, avec ses enfants, sa mère, et une petite cousine, Désirée Mauger, dont je reparlerai plus loin. Elle y attend la naissance de son dernier fils, Robert.

En 1849, Victor rédige un premier testament olographe dans lequel il institue Julie sa légataire universelle. Il ne tarit pas d’éloges sur elle, parlant de « sa femme bien aimée », de « sa Juliette chérie », de « l’excellente et digne mère de ses chers enfants ». Il s’en remet avec confiance à « son impartialité, son tact, son bon jugement, pour qu’elle fasse à leurs enfants une part égale de la petite fortune qu’il leur laisse », et souhaite qu’elle en conserve à vie l’usufruit total.

Mais, trois ans plus tard, alors qu’il est venu s’installer à Versailles avec sa femme et sa belle-mère Henriette Dumas, c’est Julie qui décède la première, le laissant avec 3 enfants dont le dernier, Robert, n’a que 6 ans. Henriette ne survit qu’un an à sa fille et Victor établit un nouveau testament en « recommandant son âme à Dieu, voulant vivre et mourir dans la pratique et avec le secours de la religion dans laquelle il est né, son cœur l’ayant devancé dans la tombe près de la femme si vertueuse et si douce qu’il a tant aimée ». Et il nomme Désirée Mauger « sa chère et vieille amie » co-tutrice de ses enfants s’il venait à disparaître.

Frédéric Charbonnier-3 Désirée a en effet toujours été très proche de Julie et Victor, elle n’a que 2 ans de moins que sa cousine, et autrefois, elle a été fiancée à Frédéric, le jeune frère de Victor. Le mariage n’a finalement pas eu lieu et Désirée est restée célibataire. Elle est en outre la marraine de Robert auquel elle restera toujours très attachée et auprès duquel elle vivra les dix dernières années de sa vie.  (photo en tête de ce § : portrait de Frédéric Charbonnier)

C’est donc Désirée qui vient s’occuper des enfants de Victor après la mort de leur mère et de leur grand-mère.

Victor vivra encore longtemps, d’abord à Versailles, puis de nouveau à Paris, puisqu’il assistera au mariage de sa fille Claire avec Charles Bercioux en 1866.

Domicilié dans un des appartements de son gendre, 53 rue Cler, Il s’éteint à 65 ans quelques mois après le mariage de sa fille alors qu’il se trouvait momentanément chez son fils Marcel, dans les Vosges, où ce dernier était directeur des forges de la Hutte près de Darnoy.

En 1851, son dossier militaire précisait que ses ressources annuelles personnelles, hors appartements, s’élevaient à 3000 frs. Ce dossier indiquait aussi qu’il était « capable et instruit, connaissant bien son métier, et possédant un physique très robuste sauf l’accident qui avait causé son départ du service actif ».

Sa succession laisse à chacun de ses 3 enfants une somme de 23.000 Frs, principalement en actions et obligations, ce qui va permettre à Marcel et Robert d’acheter, quelques mois plus tard, la faïencerie de Longchamp au prix de 42.000 Frs.

 

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 La photo de titre fait partie d’un album de la famille Dévé

La photo ci-dessus est  la reproduction d’un portrait photographique imprimé sur carreau de la Faïencerie de Longchamp, probablement dans les années 1880 

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Biarritz au roulage à brisbane Le premier vol Paris-Nouméa : le “raid fou”

                                                           (6 mars – 5 avril 1932)

                                                           Bertrand Dévé

 

En 1932, l’aviation en est encore à son époque héroïque. Depuis la Grande Guerre, c’est l’ère des grands raids avec ses héros devenus légendaires : Mermoz, Lindbergh, Nungesser et Coli, Kingsford Smith, des hommes d’exception dont le courage et la témérité sont salués par tous. Pourtant, le 5 avril 1932, le trimoteur Couzinet 33.01 “Biarritz”, avec à son bord le pilote Charles de Verneilh, le radionavigateur Max Dévé et le mécanicien Emile Munch, se posait en Nouvelle-Calédonie, clôturant ainsi la première liaison aérienne Paris-Nouméa.

 Le Couzinet 33.01 ressemblait à l’Arc en Ciel 70 de Mermoz mais en deux fois plus petit. Equipé de trois moteurs anglais  de Havilland de 105 CV, il pesait à vide 1600 kg et avait un train d’atterrissage caréné.  Sa construction était en bois. Sa dérive  dite en « queue de poisson » lui  donnait  une  certaine élégance. Il n’avait pas de frein ni de démarreur et possédait des hélices en bois à pas constants. Sa vitesse de croisière était de 190 km/h. On a dit de lui que c’était  un avion très en avance sur son temps : dans sa conception, c’était indéniable,  mais il était très rustique dans sa réalisation.

Dans une 1ère partie, Bertrand Dévé  retrace les grandes étapes de cette aventure,  à l’aide des notes prises par son père, sur ce prototype qui n’avait que 28 heures de vol ! 

Dans une 2ème partie, Bertrand évoque les suites du raid (les fêtes à Nouméa, les retombées médiatiques de l’époque, etc…) et rend hommage à la mémoire de son père.

(image de titre : le Biarritz au roulage sous la pluie à Brisbane – aquarelle de Tiennick Kerevel, peintre officiel de l’air)

 

 

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Carton  BLEU baptême Biarritz b  Le premier vol Paris-Nouméa -  1ère Partie : le raid 

        ( photo : le carnet de baptême du Biarritz)

 

 

Equipage c_devant_Biarritz,_Le_Bourget,_1932_modifié-1  L’équipage et la préparation du raid

(photo : E. Munch, M. Dévé, Ch. de Verneilh devant le Biarritz – Le Bourget 1932)

 

C’est à Charles de Verneilh-Puyrazeau que revient l’initiative du raid. Ce gentilhomme périgourdin, pionnier de l’Aéropostale et pilote de guerre, rêve de vols au long cours inédits, Il découvre un trimoteur révolutionnaire conçu par René Couzinet, un jeune ingénieur de 27 ans. Il est séduit, rencontre le constructeur qui accepte de mettre à sa disposition cet appareil. Avec l’aide des habitants de la ville de Biarritz, il parvint à réunir les fonds nécessaires au financement de la construction de l’avion et du raid. Le prototype du Couzinet 33, troisième modèle de la série des “Arc en Ciel” prendra donc pour nom celui de “Biarritz”. De Verneilh décide d’aller « cueillir la rose du Pacifique », la Nouvelle Calédonie, soutenu dans son projet par le gouverneur de Nouvelle-Calédonie, Joseph Guyon, rencontré à Paris.

Le capitaine Max Dévé connaissait de Verneilh depuis la Grande Guerre. Ils firent partie de la même escadrille sur les fronts français et russes en 1916. Pilote militaire, mais surtout professeur de navigation à l’Ecole Militaire et d’application de l’Aéronautique (Versailles et Villacoublay), le capitaine Max Dévé est en 1932 « la » référence en matière de navigation aérienne. Il obtint pour le raid un congé spécial. Il avait ainsi la possibilité de mettre en pratique à grande échelle les cours qu’il dispensait.

Emile Munch, mécanicien navigant chez Couzinet où il avait participé à la construction du « Biarritz », complétait l’équipage. Intelligent et débrouillard, il était compétent aussi bien sur la cellule que sur les moteurs.

Les trois acteurs de ce raid, qui avaient pratiquement le même âge (38/39 ans), se complétaient parfaitement et avaient une entière confiance dans les compétences des uns et des autres.

Les renseignements sur les aérodromes et sur les terrains de secours furent recueillis avec de grandes difficultés : il n’y avait pas encore de service d’information aéronautique, service que devait créer quelques années plus tard le colonel Max Dévé. Les meilleures indications étaient celles fournies par les compagnies de distribution de carburant. Les cartes disponibles étaient la carte aéronautique internationale (Mercator), la carte internationale du monde au 1/1 000 000 et quelques cartes au 1/4 000 000 et 1/10 000 000.

L’équipement radio se limitait à un émetteur fonctionnant seulement en graphie (morse), la navigation  se faisait sans aide radio, donc uniquement à l’estime et à l’astronomie. Les instruments de navigation comprenaient deux compas magnétiques ( un horizontal et un vertical), un altimètre, un anémomètre, un cinémo-dérivomètre et un sextant à bulle.

Avec un rayon d’action de 4500 km, le Biarritz était capable en cinq étapes de relier Paris à Nouméa éloignés d’environ 22 000 km. Mais ce calcul ne tenait pas devant la réalité, l’avion étant limité par la longueur et l’état des terrains, qui lui interdisait souvent tout ravitaillement. De plus, aucune piste n’était balisée pour les atterrissages de nuit. 

Les revues  aéronautiques de l’époque parlent d’un itinéraire souple qui prévoyait un survol de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, de l’Asie, des Indes Néerlandaises, de l’Australie et de l’Océan Pacifique. Le journal “Les Ailes” du 10 mars 1932 prêtait même à de Verneilh l’intention de poursuivre vers le Japon et les USA ; le tour du monde en quelque sorte. Quoiqu’il en soit, le but essentiel restait la liaison Europe-Nouvelle-Calédonie : la petite France des antipodes n’a encore jamais vu un avion français, exception faite d’un hydravion du croiseur « Tourville » en 1930.

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Biarritz  point fixe2 b  Le grand départ

(photo :le Biarritz au point fixe avant décollage)

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La première étape envisagée était le Bourget-Tunis, mais à cause de très mauvaises conditions météorologiques au début de mars 1932, il fut décidé d’aller à Istres attendre un temps favorable sur la Méditerranée et l’Afrique du Nord. Après avoir décollé vers 13 heures sous des giboulées de neige, l’avion poussé par le mistral dévala la vallée du Rhône à 300 km/h et atterrit à Istres où il fallut l’aide de plusieurs hommes pour l‘immobiliser.

 Le 9 mars, avant l’aube le « Biarritz » s’envola et atteignit Tripoli en un peu plus de 8 heures. Au cours de ce vol il perdit l’un de ses « cônes d’hélice » à 1′atterrissage ; l’équipage s’aperçut que les deux autres ne tenaient plus, aussi furent-ils supprimés,  ce qui diminua quelque peu la vitesse de l’avion. Le lendemain, au petit jour, alors que les moteurs étaient essayés au point fixe, les boisseaux des carburateurs se coincèrent sous l’effet du sable aspiré par le vent des hélices. Plusieurs heures furent nécessaires pour réparer, et le départ dut être reporté au jour suivant.

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Biarritz vu de haut b Les escales au Moyen-Orient et en Extrême-Orient

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Le 11 mars, l’étape Tripoli-Le Caire fut effectuée sans  escale en 10h30. Un aide-mécanicien de l’aérodrome d’Héliopolis creva malencontreusement une aile en faisant le plein d’essence : la réparation retarda de nouveau l’envol de 24 heures.

De multiples incidents mécaniques marquèrent les  étapes suivantes. Munch, le mécanicien n’avait guère le temps de s’amuser aux escales : le problème majeur fut une montée de la température d’huile au fur et à mesure que la latitude baissait. 1l y fut remédié par des aérations supplémentaires.

L’escale suivante fut Bassorah. Le 14 mars, il avait été prévu d’aller directement à Karachi, mais, ayant décollé avec retard de Bassorah, le jour retardant d’une heure, il devint impossible d’atteindre Karachi avant la nuit. Aussi, ayant les coordonnées d’un terrain de secours à Gwadar (Baloutchistan), il fut décidé de s’y poser après un vol de 9 h 30 dans des  conditions éprouvantes à cause des remous et de la chaleur.

Les étapes suivantes furent Karachi, Allahabad et Calcutta. Partant au lever du jour, le « Biarritz » atterrissait au milieu de l’après-midi, ce qui permettait à l’équipage d’accomplir les formalités, d’avoir un entretien avec les services météorologiques et de procéder à diverses opérations de vérification ou de réparation.

Le 19 mars, le décollage de Dum-Dum, aérodrome de Calcutta, fut acrobatique en raison de l’exiguïté du terrain : bien qu’ayant pris peu d’essence, seule l’habileté de de  Verneilh évita la catastrophe: l’avion passa entre deux « décors ». Pour la première fois depuis la Tunisie, le « Biarritz » rencontra des nuages qui devinrent de plus en plus importants en allant vers le sud. L’étape qui devait être courte  à cause de la faible quantité d’essence emportée, se termina à Akyab en Birmanie après 3 h 30 de vol. L’avion y resta deux heures sous une chaleur torride et en fin d’après-midi arriva à Moulmein toujours en Birmanie sur un terrain dépourvu de toute installation. Des religieuses françaises, au milieu de quelques Anglais et d’indigènes, furent très émues de rencontrer des aviateurs français, elles qui n’avaient pas vu la France depuis dix ou vingt ans.

A l’escale suivante, Alor Star, capitale de l’Etat malais de Kedah, l’équipage fut accueilli et reçu par le fils du sultan de cet Etat. Le 21 mars, l’avion survola le détroit de Malacca et, après 10h30 de vol, atterrit à Batavia (Djakarta). Ce fut l’étape la plus dure de tout le voyage, en raison du mauvais temps, et la plus éprouvante pour le pilote du fait de la violence des remous avec l’obligation pendant de longs moments de voler à quelques mètres au-dessus des vagues. « C’est un scandale » (sic) disait Munch selon son expression favorite !

En effet, pendant les sept premières heures, de gros grains s’étaient succédé, séparés par de courtes éclaircies découvrant un soleil de plomb ; l’avion se faufila entre d’impressionnants nuages noirs changeant constamment de cap, ce qui rendit difficile la navigation à 1′estime. Le navigateur avait annoncé à ses compagnons que l’Equateur serait franchi vers midi ; comme c’était le jour de l’équinoxe au passage de la ligne, le soleil serait presque exactement à la verticale : une courte éclaircie permit de le constater. Les remous ne permirent toutefois pas de sabler le champagne. Les masses nuageuses s’estompèrent à environ 400 km de Java. Le «Biarritz » grimpa à partir de 2000 m, les montagnes de la grande île à 300 km en avant se dessinèrent sur l’horizon. C’était la première fois qu’un avion français atteignait l’île de la Sonde.

L’appareil avait besoin d’une révision sérieuse, à laquelle  Munch procéda avec l’aide des ateliers de la KLM. En particulier, les « chapeaux de clown »,  nom donné par l’équipage aux casseroles d’aluminium perdues au début du voyage furent remplacés par de petits hémisphères en aluminium qui furent aussitôt baptisés « petits seins de danseuses de Bali ».

Le 23 mars, ce fut l’étape la plus agréable du voyage avec un ciel découvert et un spectacle splendide : Java dominée  par une chaîne montagneuse, parsemée de volcans de plus de 3000 m. Après avoir survolé Bali, puis Lombok, l’avion atterrit à Bima (ile de Soembawa) où en fin de roulage, il s’enlisa le terrain étant en partie inondé.

Le lendemain, décollage difficile sur une piste détrempée. Plusieurs orages amenèrent l’avion  au ras des flots. Après 3h 40 de vol, atterrissage sur le terrain de Koepang dans la partie néerlandaise de Timor. De nouveau, les roues s’enlisèrent : le capotage fut évité de justesse et il fut impossible de poursuivre la route, le jour même, vers l’Australie, comme prévu. 

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IMG_0605b En Australie

(photo : fin d’atterrissage à Brisbane – Max Dévé émerge du cockpit) 

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Des pluies diluviennes mirent en échec plusieurs tentatives de départ et le surlendemain le « Biarritz » put enfin décoller cap sur Port Darwin, qu’il atteignit après 6h30 de vol à l’issue d’un voyage de 800 km au-dessus de la mer.   Pour la première fois un avion français venant de France se posait en Australie. Le ministre de la Défense Nationale d’Australie félicita l’équipage par télégramme et l’accueil fut très chaleureux.

La traversée de l’Australie, de Darwin à Brisbane, fut effectuée par de petites étapes de 3 à 6 heures. Le jour de Pâques, courte étape qui mena le « Biarritz » jusqu’à New Castle Water, les possibilités en ravitaillement d’essence étant extrêmement réduites, l’étape suivante fut également courte, les conditions météorologiques furent très dures pendant toute la durée de la traversée de l’Australie : grains et chaleur accablante, 38° dans la cabine. Le navigateur s’efforçait de tirer le meilleur parti d’une carte au 1/4 000 000 et de croquis à l’ozalid difficiles à interpréter; pendant ce temps, de Verneilh se battait avec les commandes et Munch s’exclamait : « C’est pas marrant votre truc ! Quel scandale ! »

Escale à Brunette Down en milieu de journée pour prendre un peu d’essence et poursuite du voyage vers Cloncurry. Après 4 h de vol pénibles, le moteur droit laissa échapper de l’huile. Malgré cela, Camoowal, terrain de secours à 300 km à l’ouest de Cloncurry,  fut rejoint sans encombres. Le réservoir d’huile du moteur était presque vide à cause d’une fuite dans une canalisation que Munch put réparer facilement.

Le lendemain, après 6 h 30 de vol, Longreach fut atteint et le 30 mars le « Biarritz » se posa à Archerfield à une quinzaine de kilomètres de Brisbane : l’avion était à pied d’oeuvre pour l’ultime étape de 1500 km sans escale. Il avait volé 126 h depuis le Bourget. Une révision sérieuse s’imposait: il fallait, en particulier changer les hélices endommagées par la pluie. Plusieurs réceptions furent organisées pour l’équipage et, par deux fois, il fut interviewé à la radio.

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Cockpit Biarritz Max DV b De Brisbane à Nouméa

(photo : Ch. de Verneilh et M. Dévé dans le cockpit du Biarritz)

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Le 1er avril, après un vol d’essai, l’appareil est prêt, mais les conditions météorologiques retardent le décollage. Le 5 avril, au matin,  le temps s’améliore progressivement vers la Nouvelle-Calédonie, seule difficulté : un vent contraire variable tout le long du parcours. Sur 1′aérodrome où tombe une petite pluie fine, il fait presque froid.

Une discussion s’engage entre le pilote et le navigateur:

- Est-ce que tu peux décoller de ce terrain détrempé?

- Oui, mais ne crois-tu pas le temps trop moche pour 1′étape?

- Non, çà se dégagera peu à peu. Allons-y ! Dans deux ou trois heures, nous aurons un temps potable.

- Inch Allah! dit de Verneilh. Nous partons !

Il est 5 h 30, toute la longueur de la piste est nécessaire au « Biarritz » pour décoller, rasant quelques obstacles, le cap est aussitôt mis sur la Nouvelle-Calédonie ; le survol de la Grande Barrière de Corail permet une mesure de dérive et de vitesse-sol. Pendant plus de 2 heures, l’avion évolua entre la mer et  les nuages bas, dans la pluie, puis peu à peu le ciel s’éclaircit.

Dès le départ, le cap avait été pris pour aller directement sur Nouméa : mais la ville étant située au sud de l’île, une petite erreur vers la droite risquait de faire manquer la terre. Or, des bancs de nuages, qu’il fallait contourner, obligèrent l’avion à changer plusieurs fois de direction, ce qui nuisait à la précision de l’estime, d’autant plus que les mesures du cinémo-dérivomètre étaient incertaines. Le navigateur estima alors prudent de prendre un cap  de 3° plus à gauche, ce qui devait permettre d’arriver avec certitude sur  le milieu de l’île.

A partir de la quatrième heure, le ciel se découvrait progressivement. Un point estimé était envoyé toutes les heures. 7 h 30 après le départ, Max Dévé estima l’avion à moins de 300 km de la Nouvelle Calédonie. Les montagnes s’élevant à 1500 m, et se souvenant des magnifiques visibilités de 200 à 300 km dans les îles de la Sonde, il envoya par radio, avec la position estimée, le message « comptons bientôt voir terre ». De Verneilh crut distinguer des montagnes, mais ce n’étaient que des nuages. Une heure plus tard, Dévé transmettait : « Ne voyons toujours pas la terre » et donnait un point estimé à 150 km de la côte.

Le ciel s’est dégagé, les trois « moulins » tournent bien, les minutes paraissent des heures, Dévé refait ses calculs et s’assure que de Verneilh ne se relâche pas dans la tenue du cap ; il est sûr de sa route mais moins de la vitesse-sol. Munch et de Verneilh commencent à douter des calculs du navigateur, qui demande au pilote de modifier sa route de un degré. Munch demande à Dévé : « On a manqué l’île ? » Dévé lui répond: « Naturellement, mais ça ne fait rien, on trouvera l’Amérique ! ». Munch se plonge alors dans la lecture d’un journal de sports, en ruminant un nouveau «scandale». En fait, pilote et mécanicien ont une entière confiance dans le navigateur.

Au bout d’une nouvelle heure, la terre n’est toujours pas en vue; le point  situe la côte à 50 km. Dévé demande à de Verneilh de descendre très bas afin de prendre une heure de soleil au sextant. La manoeuvre est à peine commencée que de Verneilh crie « Terre » !  En moins de deux minutes dans la grisaille d’un ciel un peu plus nuageux, une chaîne de montagnes emplit l’horizon.

L’avion atteint l’île comme prévu, en son milieu dans la région de Bourail. Dévé, hors vacation, envoie le message « Atterrissage dans 20 mn à Tontouta »  et 5 mn après le « Biarritz» survole la barrière de corail. L’équipage aperçoit une rivière dans la plaine, c’est la Tontouta dont le nom est écrit en blanc dans un grand cercle au centre de l’aire prévue pour l’atterrissage. Une fumée indique la direction du vent et une foule considérable attend en bout de terrain. Le « Biarritz » effectue son approche, mais en finale, à 3 ou 4 m du sol, son aile droite heurte un arbre en bordure du terrain. L’extrémité de l’aile est cassée, l’avion fait un brusque écart à droite, pique du nez, se met en pylône. L’équipage, un peu choqué, mais indemne, est alors acclamé par une foule enthousiaste, conduite par le gouverneur général Guyon entouré de toutes les autorités civiles, militaires et religieuses de l’île.

Plus tard lorsqu’il parlait du raid, Max Dévé aimait à dire que « l’atterrissage manqua de dignité ». Pourtant, le journal local « la France Australe » avait écrit à ce sujet le lendemain : «  Une blessure ne peut qu’augmenter les risques et donc la gloire du Triomphe, celui-ci est complet ! » 

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Biarritz3 expo Grand Palais 1933 Le premier vol Paris-Nouméa – 2ème Partie : Après le raid

(photo : le Biarritz à l’expo du Grand Palais de 1933 porte sur la bande tricolore de fuselage les 21 étapes du raid)

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MaxDEVE&Charlotte Guyon c L’accueil à Nouméa

(photo : Max Dévé et la fille du gouverneur de Nlle-Calédonie, Charlotte Guyon, lors d’une réception à Nouméa)

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Fêtes et réceptions se succèdent à Nouméa pendant plus de trois semaines. Les trois aviateurs sont invités partout, tant par les officiels que par les particuliers, sans oublier les visites dans les écoles où les jeunes élèves leur dédient des poèmes admiratifs et émouvants….

Deux timbres spéciaux de 0,40 francs et 0,50 francs furent émis. L’équipage reçut de métropole un télégramme de félicitations du gouvernement.

La presse locale (La France Australe, Le Bulletin du Commerce, L’Echo de La France Catholique) publie de multiples reportages enthousiastes sur le raid ainsi que des interviews des trois aviateurs. La Nouvelle Calédonie, grâce à « ce grand oiseau venu du ciel », se sentait enfin reliée à la France sa mère-patrie…A la une de la France Australe du 5 avril 1932, le journaliste Charles Desmazières s’enthousiasme du succès de cette « randonnée » :

Salut aux aviateurs venus de France !

Salut au capitaine de Verneilh, l’animateur de la randonnée !

Salut au capitaine Dévé et au mécanicien Munch, ses compagnons !

Salut aux belles ailes françaises venues jusqu’à nous !

Salut à la Patrie venue jusqu’à sa colonie lointaine !

Nous avons enfin la visite de l’un de ces beaux avions français qui émerveillent le monde

et dont nous avons tant et si longtemps souhaité la visite.

Enfin ! Enfin !

 

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DSCN3869 b LeMatin 06avril32 Le retentissement en métropole

 (photo : la Une du journal Le Matin 6 avril 1932)

 

En France, de nombreux journaux nationaux évoquèrent en Une l’exploit du Biarritz : le Journal, Paris-Soir, L’Ami du Peuple, le Matin, L’Excelsior, le Petit Parisien évoquèrent  « le triomphe de l’aviation française » « la splendide performance de l’avion Couzinet-Biarritz », entre autres. 

Le 15 avril 1932, on put lire dans le magazine officiel de l’Aviation Française « l’Air » que  les Anglais avaient baptisé ce voyage  le “raid-fou”  parce qu’ils estimaient qu’avec un prototype  Couzinet, de Verneilh  et Dévé ne pourraient pas rivaliser avec leurs lignes régulières orientales comportant des relais d’avions et d’équipages. Le  “raid-fou” est dans le genre du  “fool-flyer” Lindbergh.

 « L’incroyable a été réalisé », pouvait-on lire encore  dans ce magazine qui ajoutait : « Nous sommes heureux d’enregistrer ce succès qui donne à de Verneilh, Dévé et Munch la place à laquelle ils ont droit parmi les grands champions et permet au jeune trimoteur Couzinet de se révéler comme un des appareils les plus remarquables, et le constructeur n’avait que 27 ans ! ».

A leur retour  à Paris, l’équipage fut reçu avec tous les honneurs à l’Aéroclub de France par le ministre l’Air Paul Painlevé. De Verneilh et Dévé s’étaient pourtant vu refuser les aides financières de l’aéronautique française pour la réalisation du raid !

Quant à l’avion, il  fut démonté et expédié par cargo vers Marseille via Panama. Il sera réparé dans les ateliers Couzinet, puis il sera présenté au Salon de l’aviation au Grand Palais à Paris en 1933, avec la liste des escales qui ont jalonné le raid de 1932. Il connaîtra une deuxième carrière aux mains de Charles de Verneilh et de Jean Mermoz : Afrique, Russie, Scandinavie entre autres. 

 

Monument_inauguration_stele b Après 1932

photo : 80 ème anniversaire du raid devant le monument à la mémoire du Biarritz  - Bertrand Dévé - Marie-Odile Dévé son épouse – Anne-Marie Palmeirao-Dévé, fille de Max Dévé – Mathias Palmeirao – trois élèves d’une école de Païta – Erick David, président de l’APPAC (Association pour la Préservation du Patrimoine aéronautique Calédonien)

 

En 1937, un monument à la mémoire du Biarritz et de son équipage fut érigé en bordure du terrain de Tontouta, où l’on peut toujours l’admirer : il représente deux ailes déployées au-dessus d’un globe et une plaque de cuivre reproduisant les quatre continents traversés et mentionnant les étapes du raid. Un timbre et une enveloppe premier jour ont été émis à l’occasion du cinquantenaire du raid en 1982. Trois rues de Nouméa portent le nom des trois aviateurs Charles de Verneilh, Max Dévé et Emile Munch.

Le 5 avril 2012, pour le 80e anniversaire du raid du Biarritz, et en présence de descendants de Max Dévé, une plaque commémorative a été apposée sur le socle du monument, précisant les exploits réalisés par l’équipage du Biarritz. Ce même jour, le raid faisait la « une » du quotidien « les Nouvelles calédoniennes » et était l’objet de reportages à la télévision locale.

86 années ont passé…et la mémoire du raid du Biarritz est toujours présente à Nouméa. Les progrès de l’aviation ont été considérables depuis l’époque des pionniers qui était celle des années 30, et nombreux sont maintenant les avions qui atterrissent à l’aéroport international de Tontouta. La démocratisation de l’aviation bénéficie dorénavant de plus en plus des technologies les plus avancées, qui permettent de faire Paris-Nouméa en quelque 24 heures dans de bonnes conditions de confort.

Mais imaginons nos trois aviateurs du « Biarritz », enfermés de longues heures dans un fuselage étroit, où la chaleur était très élevée et le bruit des moteurs assourdissant, sans contact radio avec le sol, survolant des contrées et des mers où, en dehors des escales programmées de longue date, atterrir était impossible…Imaginons leurs doutes, leurs questionnements, mais aussi leur esprit d’équipe et leur volonté de réussir… 86 ans après, leur exploit force encore l’admiration : saluons donc  leur témérité, leur endurance , leur courage et leurs compétences.

 

Max DEVE devant Biarritz c Hommage à mon père et travail de mémoire 

(photo : Max Dévé devant le Biarritz)

 

Mon père Max Dévé (1893-1976) était quelqu’un de modeste, qui aimait raconter son histoire et sa vie, mais à condition qu’on le lui demande. Lors du raid de 1932, il avait 39 ans et était célibataire. Il épousera en 1935 Odette Dufresne, de 17 ans sa cadette, avec laquelle il aura 6 enfants. Je suis le 5 ème de la fratrie, et j’ai de nombreux souvenirs des tablées familiales où chacun essayait de s’exprimer. Mon père ne parlait pas de ses « exploits », surtout ceux réalisés avant que ma mère ne partage sa vie. Nous savions tous, mes frères et sœurs et moi, que le raid Paris-Nouméa avait été un exploit, mais je suis le seul de nous six à avoir été, très tôt, passionné par l’aviation,  au point de passer mon brevet et ma licence de pilote privé. C’est pourquoi j’ai cherché, dès 1982, c’est-à-dire 6 ans après le décès de mon père, à retrouver la trace de l’exploit de 1932 en allant une première fois à Nouméa pour le 50 ème anniversaire du raid, et j’ai pu, entre autres, remettre en mains propres au conservateur du musée de Nouméa le seul film de l’atterrissage du Biarritz, réalisé par un américain, et que nous n’avons découvert qu’en 1957. Sur le plan familial, j’ai pu, à cette occasion, renouer avec ma cousine Chantal Charbonnier, mariée à Hubert Chavelet, directeur d’un journal local : ils m’ont hébergé fort agréablement pendant mon séjour.

 Ensuite ce sont les hasards de la vie qui ont permis d’aller plus avant dans notre connaissance de l’histoire de ce raid, afin de perpétuer sa mémoire. Quelques mois après ma prise de retraite, en novembre 2010, j’ai été envoyé en mission auprès du gouvernement calédonien, et mon épouse Marie-Odile a pu m’accompagner. Grâce à ses recherches et à ses contacts, nous avons fait des rencontres extraordinaires : trois calédoniens qui avaient assisté, enfants, à l’atterrissage du Biarritz ! Puis deux pilotes privés calédoniens, qui se préparaient pour refaire le parcours du « Biarritz » avec leur « Spirit of Nouméa ». Enfin le président de l’Association pour la Préservation du Patrimoine Aéronautique Calédonien, qui commençait à travailler sur le 80 ème anniversaire prévu en mars 2012…

De retour en France, nous avons rassemblé tous les documents relatifs au raid, éparpillés dans la famille, et nous avons commencé un vrai travail de mémoire. Nous avons mis au point une conférence sur l’histoire de ce raid, complété par un powerpoint. Nous avons donné cette conférence un certain nombre de fois en France, ainsi qu’à Nouméa : la première fois en avril 2012 pour le 80 ème anniversaire,  la dernière fois en mars 2015 à l’invitation de l’Armée de l’Air.

Je reste très admiratif et impressionné par ce raid Paris-Nouméa, réalisé par des personnalités très différentes. Charles de Verneilh se tuera en 1933 aux commandes de son « Biarritz » dans le Morvan, par excès de confiance en lui. Emile Munch poursuivit sa très belle carrière de mécanicien navigant. Quant à mon père Max Dévé, ce « héros très discret », il a poursuivi une carrière militaire exceptionnelle, puis dans l’aviation civile…mais je vous en dirai plus dans le prochain numéro du Chardenois ! 

 

 Dessins Biarritz c Dessins Biarritz c

Dessins Biarritz c

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Pour en savoir plus sur le raid, nous conseillons à nos lecteurs de regarder et d’écouter la conférence donnée par Bertrand Dévé au Musée de l’Air le 26 avril 2014, en cliquant sur le lien ci-après : url.html et de consulter  la rubrique  « raid Paris Noumea 1932 » sur Wikipedia en cliquant sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Raid_Paris_Nouméa_1932

 

 

 

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Bulletin n°16 ** Février 2016 ** fondateur : Philippe Moisand

 

Bulletin spécial

CHARBONNIER 

 

 

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                                                          Philippe Moisand

 

 

Non Le Chardenois  n’est pas mort ; il renait une nouvelle fois de ses cendres. C’est Alain Charbonnier, dernier fils de Pierre, lui-même fils d’Edouard, le frère de la Reine, qui nous en donne l’occasion. Un premier contact  par l’intermédiaire du blog, puis des retrouvailles à la maison pour un dîner auquel participaient Dominique et Gaëtan (Daniel était indisponible pour cause de convalescence) ont conduit naturellement à un échange de souvenirs et d’informations sur nos ancêtres communs. De là à formaliser tout cela dans un numéro spécial du Chardenois, il n’y avait qu’un pas. Il est aujourd’hui franchi avec cette nouvelle édition, plus particulièrement centrée sur Robert Charbonnier.

On se gardera cependant de chercher à faire un portrait exhaustif du personnage, d’autant qu’il a déjà été évoqué dans de précédents numéros. Nous avons retenu en priorité ses albums de dessins et croquis qui révèlent un esprit taquin, parfois corrosif surtout à l’égard des militaires, mais n’épargnant personne et surtout pas lui-même. Vous en trouverez une sélection dans l’attente d’une compilation plus complète. Il nous a aussi paru intéressant de porter l’accent sur sa véritable passion de la chasse à courre et ses talents d’écrivain en reproduisant l’article qu’il a publié en 1893 dans une revue spécialisée (La Chasse Illustrée).

Mais il serait incongru de passer aujourd’hui sous silence cette douloureuse cassure de la famille Charbonnier qui a totalement ruiné les espoirs mis par Robert dans son testament de voir sa descendance échapper à la discorde. Nos fins limiers, Daniel et Geneviève en tête,  font appel à leur mémoire ainsi qu’à celle de leurs proches et épluchent fébrilement les archives familiales des deux côtés, tout au moins pour ce qu’il en reste, mais aussi départementales et nationales. Leur travail est loin d’être terminé et donnera lieu en son temps à un rapport aussi complet que possible. A ce stade, on se contentera d’un bref rappel historique de ce que l’on connait et d’une liste d’interrogations auxquelles les travaux en cours apporteront peut-être une réponse. Vous trouverez cette première ébauche d’une histoire longue et complexe au chapitre intitulé, comme il se doit au vu des circonstances, “Les chiens de faïence”.

Enfin Geneviève Moisand alimente une nouvelle fois notre rubrique « Le coin des ancêtres » consacrée aujourd’hui à Charles Bercioux, beau-frère de Robert depuis son mariage avec Claire Charbonnier, et peut-être encore plus que cela lorsque Robert a lui-même épousé Caroline. Mais ceci est une autre histoire …

 

 

NB : Nous conseillons à nos lecteurs, pour mieux apprécier ce bulletin spécial,  la lecture (ou la relecture) des articles  parus dans le Chardenois, traitant de Robert Charbonnier, de sa famille et de la création de la Faïencerie de Longchamp :

l’article de Mamie Moisand Martin, in  bulletin n° 4 ** janv. 2010 ** 

le testament de Robert Charbonnier, in  bulletin n°  5 ** mai 2010 **

les articles de Christiane Moisand Bernard (extrait de son  livret « la Saga des Charbonnier-Moisand »), de Gaëtan et de  Daniel Moisand, in bulletin n°  8 ** avril 2011 ** 

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photo de titre : Robert Charbonnier – Longchamp vers 1900-1905

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IMG_2484 dd  “ Lonchamp illustré ”

                                   Les recueils de dessins de Robert Charbonnier

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Contributions : Alain Charbonnier et Dominique Moisand

Textes : Philippe et Gaëtan Moisand

Mise en page et retouche numérisée des dessins : Gaëtan Moisand

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Conservés précieusement par Alain Charbonnier d’une part et Dominique Moisand d’autre part, les recueils de dessins de Robert Charbonnier sont grâce à eux réunis  pour la première fois depuis plus de cent ans.

L’un des recueils  porte ce titre “Lonchamp illustré » qui nous apparaît parfaitement adapté à l’ensemble de ses œuvres.

Lonchamp sans g ! Ce n’est certainement pas une erreur (la même orthographe se retrouvant dans le titre du 2ème recueil), mais  plutôt une élégance de l’auteur qui aurait  préféré peut-être que le nom de son village s’orthographiât ainsi.

Même si Robert Charbonnier semble bien être un dessinateur autodidacte  (personnages dessinés le plus souvent de profil, voire de dos, très rarement de face,  maîtrise imparfaite de la perspective,…), il a néanmoins un joli coup de crayon. De plus, les scènes qu’il choisit de développer et les légendes qui les accompagnent  donnent à ses dessins une singularité attachante. Dans une autre vie, il aurait pu être un caricaturiste hors pair, au regard aigu, malicieux et à l’humour parfois décapant!

Nous présentons ici une sélection de dessins en les regroupant par thèmes,  quelle qu’en soit la date :  les militaires, la famille, le village, la Faïencerie et la chasse.

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Longchamp 003 ccc  Les militaires

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Tous les croquis sur les militaires datent de 1891 et ne sont pas tendres à leur égard, loin s’en faut. Les officiers de cavalerie sont particulièrement bien ciblés et plutôt vus comme des militaires d’opérette. Souvenir de la guerre de 1870 à laquelle Robert a participé et règlement de compte avec ses anciens supérieurs? C’est bien possible, voire même probable.

Le (futur) général du 1er dessin est le seul à ne pas être en tenue militaire, ni à cheval, il est pourtant bien à sa place dans cette galerie de portraits d’officiers finement ridiculisés.

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Longchamp 011 lég cc      Longchamp 009 lég cc      Longchamp 006 lég cc

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 IMG_2474 bb La famille 

 

La famille tient bien entendu sa place dans ce florilège. Robert se met en scène, le plus souvent dans des postures peu avantageuses. Son épouse Caroline est aussi présente, ainsi que chacun des cinq enfants du couple (Juliette, Henriette, René, Edouard et Hélène).

Marcel Joran est la seule « pièce rapportée » à figurer.  Jules Bos, pourtant déjà marié avec Henriette à la date du deuxième album (1905), n’apparait pas une seule fois. Quant à Gaëtan Moisand, marié avec Hélène en 1908, il n’a pas connu son beau-père décédé 3 ans plus tôt et n’a donc pu être « croqué » par ce dernier. Peut-être valait-il mieux pour lui comme pour Jules Bos, car le regard du beau-père sur son premier gendre est plutôt moqueur.

Le dessin de titre, Lolo et Riri au piano (alias Hélène et Henriette), fait immanquablement penser à la même scène, mais 50 ans plus tard, des deux soeurs jouant à 4 mains dans le salon de la villa à Longchamp. Il y avait en plus, dans les années 50, sous le siège des pianistes,  une petite main agitant une feuille de houx sur les mollets d’Henriette,  souffre-douleur à demi-consentante, laquelle tentait malgré les piqûres de rester au diapason de sa soeur ( lire ou relire l’article de Marie-Thé Moisand Pruvost “ Mon vieux piano” et une note sur  Henriette in bulletin n° 8 ** avril 2011 **).

Les dessins de la famille sont précédés ici de photos de Robert, Caroline et leurs enfants.

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    Robert – Caroline

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Caroline et Juliette – René et Edouard – Henriette

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Hélène

Hélène 1c- 

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 Robert – Robert et son tailleur – Robert et Caroline -                                                        

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René et Edouard  -  Caroline et Hélène  - Juliette et Hélène

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Robert et Marcel Joran  -  les deux mêmes et Juliette  - Ch. Bercioux et Claire 

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IMG_2476 bbbb  Le village

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Robert Charbonnier dépeint des personnages emblématiques du village et de petites scènes amusantes.

Dans le croquis du Conseil Municipal, il se peint lui-même comme très souvent dans ses dessins, ici au milieu de ses conseillers. Maire de Longchamp, il participe ainsi à la longue tradition de maires du village issus de la famille  (Marcel Charbonnier, son frère, avant lui, René Charbonnier, son fils après lui, puis Gaëtan et Henry Moisand pendant une bonne partie du XXème siècle).

Dans l’un des croquis présentés ici, on découvre Mitron, le piqueur de Robert Charbonnier à la chasse, dans un échange savoureux avec Mr l’Adjoint en patois local, communément utilisé par les habitants de Longchamp jusque dans les années 1950. Manque le son, malheureusement !

On regrette qu’il ne se soit pas plus appesanti sur ce thème.

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IMG_2533 bbb  La faïencerie

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Pas plus que sur le précédent thème, Robert Charbonnier ne s’appesantit ici outre mesure.

Peut-être ce thème est-il trop sérieux… Pourtant, il ne se départit pas  de son humour habituel en croquant des ouvriers, des employés ou des représentants de la Faïencerie. Comme notamment dans cette scène où une théorie de magasinières transporte des “marchandises” à l’emballage, qui ne sont autres que … des pots de chambre !

Ne riez pas. Le pot de chambre, au même titre que tout le sanitaire (brocs à eau, cuvettes, porte-savon, etc.) représentait alors une part importante de la production. La Reine nous a même confié que c’est en grande partie cet ustensile qui a sauvé la faïencerie de la déroute pendant la Grande Guerre, après qu’elle soit « montée » à Paris pour extorquer au Ministre des Armées une commande très importante de pots de chambre.

Robert se met en scène lui-même dans le 4ème dessin ; du moins, il semble bien que ce soit lui, décryptant non sans mal les chiffres de la comptabilité, mais peut-être est-ce l’oncle Bisson, frère de Julie Adrienne, la mère de René et Marcel, dont la présence durable à Longchamp paraît certaine si l’on en croit les multiples dessins où il est présent. Et dans le  6ème dessin, il dépeint son frère Marcel, très remonté en raison du mauvais entretien d’une machine.

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Longchamp 001 dd La chasse

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La chasse et le cheval étaient clairement les passe-temps favoris de Robert Charbonnier. La légende familiale semble bien ici correspondre à la réalité : “il fut séduit par les grands bois, les prairies, la rivière, les étangs, le village, bref, tout ce qui lui permettait de lancer et développer l’exploitation agricole dont il rêvait” (Christiane Moisand Bernard, qui écrit plus loin, dans son livret “La saga des Charbonnier-Moisand”, que le cheval était la distraction favorite de son grand-père). Même si ce n’est finalement pas une exploitation agricole qu’il développa à Longchamp mais une faïencerie, qui l’accapara certainement le plus clair de son temps, il semble n’avoir jamais abandonné ni la chasse ni le cheval.

Bon cavalier, bon chasseur, il disposait de son propre équipage qu’il mêlait à ceux de ses voisins pour des chasses à courre dans les forêts de Longchamp, Saint Léger et autres lieux (voir ci-dessous une “correspondance” de Robert Charbonnier à la revue “ La chasse illustrée” de 1893) . Mais il ne négligeait pas pour autant la chasse devant soi ni la chasse au gibier d’eau, ainsi qu’en témoignent plusieurs croquis.

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Le 2ème dessin de cette série met en scène de façon amusante la recherche par les chasseurs, dont l’auteur du dessin, d’un gibier d’eau tombé dans les roseaux en bordure de l’étang de Saint-Léger. C’est le père Thimel qui se dévoue (peut-être n’a t-il pas eu le choix !?). Bien qu’il soit déjà en demi-tenue d’Adam, Robert Charbonnier lui conseille malicieusement de relever  sa chemise.

Le père Thimel est un ancien cultivateur de Maxilly-sur-Saône dont la famille était certainement proche des Charbonnier puisque sa fille Claire, née en 1868, l’année de l’acquisition de la tuilerie-faïencerie de Longchamp par les Charbonnier, a pour parrain Robert Charbonnier lui-même. Les Thimel  quittèrent Maxilly pour Longchamp après cette acquisition. Lors du grand « schisme » de 1909, les fils du père Thimel suivirent Edouard Charbonnier à Salins, tandis que Claire mariée à Hyppolite Damongeot  resta fidèle  à Longchamp. Claire est la grand-mère de Jacqueline Damongeot.

Dans les 3ème et 4ème dessins, on retrouve “ le vieux et fidèle” Mitron, comme le définit Robert Charbonnier. Mitron, que l’on a déjà vu  dans une scène de village savoureuse,  semble être de toutes les parties de chasse, devant soi avec Robert Charbonnier et ses fils, ou à courre en tant que piqueur.

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Robert Charbonnier se révèle aussi habile à manier la plume que le crayon pour décrire une scène de chasse. A preuve, ce récit d’une chasse à courre en forêt de Longchamp,  écrit de sa main et paru dans un n° de l’année 1893 de la revue “La Chasse Illustrée”.

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chasse ill  chasse ill 1893  Récit d’un laisser-courre

                                    Correspondance de Robert Charbonnier

                                         in “ La chasse illustrée” (1893)

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On trouvera à la suite de cette lettre un petit lexique de vénerie qui permettra au lecteur peu porté sur ce genre d’exercice d’en déchiffrer toutes les subtilités techniques.

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“Les animaux sauvages – c‘est ce qui les distingue des ministres - savent tomber avec dignité”

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Longchamp 025 bc  Longchamp,

                      Cher Monsieur Bellecroix,

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Vous me demandez si, parmi nos dernières chasses, je n’ai point à vous conter quelque joli laisser-courre. Votre gracieux souvenir arrive à point.

Hier, rendez-vous au pavillon, en forêt de Saint-Léger. Mr le vicomte de Beauchaine faisait conduire sur la brisée 24 de ses beaux bâtards poitevins auxquels j’ai joint 11 harriers.

Après avoir surmonté quelques difficultés, produites par la présence d’une harde de chevreuils mis sur pied le matin par des coupeurs de harts, nos trente-cinq chiens, après un court rapproché, faisaient bondir un brocard.

Il était midi.

L’animal fila droit et soutint pendant quarante minutes, en forêt de Montdragon, un train d’enfer. Arrivé dans un gaulis, il fit un retour assez long, mais les chiens de tête, accusant la double voie, indiquèrent nettement qu’il s’était replié sur ses derrières. Le retour fut pris immédiatement et les braves toutous ne tardèrent pas à se récrier sur la voie du brocard qui, à ce moment, avait pris assez d’avance pour aller bondir dans une coupe rase et rentrer dans un grand perchis clair, où il battit l’eau dans un large fossé, transformé en ruisseau, sur une longueur de 5 à 600 mètres.

Nos chiens bien tous ensemble se mirent aussitôt à travailler sur les berges, en nous indiquant bien qu’ils avaient connaissance de leur animal et, un quart d’heure après, ils le relançaient à vue avec beaucoup d’entrain.

Dès ce moment, le chevreuil était condamné, mais – c’est ce qui les distingue des ministres – les animaux sauvages savent tomber avec dignité.

Il quitta la forêt de Montdragon, pour se jeter dans les bois communaux d’Athée, très fourrés et mal percés ; maintenu dans ces jeunes tailles à la plus sévère allure, il se vit obligé de débûcher et après une pointe dans un bois particulier, de franchir la ligne de chemin de fer d’Auxonne à Gray.

J’ouvre ici une parenthèse.

Représentez-vous, si vous le pouvez, la rage folle de quatre veneurs, arrêtés dans un semblable moment, devant un passage à niveau, par les manœuvres d’un train de marchandises !!!

Enfin, tout passe dans la vie, même les trains de marchandises, bien que, à première vue, cette dernière proposition puisse vous paraître invraisemblable.

Pendant ce temps, notre animal continuait sa course en poussant droit devant lui, traversait l’extrémité sud du village d’Athée, faisait ses derniers efforts dans les champs d’asperges qui constituent l’une des gloires d’Auxonne, au grand détriment de l’odorat de ses habitants, puis, complètement sur ses fins, les chiens lui soufflant au poil, il débûchait dans ces splendides prairies qui bordent la Saône, et courait droit se jeter dans la rivière, qui mesure sur ce point plus de 100 mètres de largeur.

Le brouillard du matin était levé, le soleil resplendissait et les trente-cinq chiens d’attaque noyaient leur chevreuil, en pleine Saône, aux portes d’Auxonne, après 2 heures 25 minutes de chasse très vive.

Que vous dirais-je de plus ?

La curée fut faite sur la prairie et un lunch nous fut donné par Mme la la vicomtesse de Beauchaine, toujours si prévenante et si gracieuse pour ses invités et qui avait suivi la chasse en charrette chargée de provisions très appréciées après cette course au clocher.

Le pied fut offert à Mme la vicomtesse de la Moussaye ; il lui était dû à bien des titres, mais bien mérité par la vaillance avec laquelle elle avait suivi, dans des terrains épouvantables.

Etaient présents à l’hallali MM  le commandant de Beauchaine et le comte de Scey ; MM de Terrier et Desmarets, capitaines au 2ème de dragons ; MM les lieutenants de la Moussaye, Chambon, Perret, de la Maisonneuve, de Prevoisin, de la Perrière, Lemaire, votre serviteur et ses deux fils.

Laisser-courre par François, et n’oublions pas le vieux et fidèle Mitron, arrivé à pied, assez à temps pour absorber une flûte de champagne .

A vous, bien cordialement.

Robert C.

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photos de titre et de début d’article :

- entête de la revue « la Chasse illustrée » 

 - l’article de RC, copie de l’original 

- dessin de RC,  titré « hallali courant »-

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Petit Lexique de  Vénerie

On rappelle tout d’abord que la vénerie est l’art de chasser des animaux sauvages avec des chiens courants.

  • Laisser-courre: lieu ou moment où l’on découple les chiens. C’est en fait le départ de la chasse, mais il semble que le mot soit utilisé ici aux lieu et place de chasse à courre.
  • Harrier : race de chiens courants.
  • Brisée: branche d’arbre que le veneur rompt pour marquer le passage d’une bête.
  • Brocard: chevreuil mâle âgé de plus d’un an.
  • Harde: troupeau d’animaux sauvages.
  • Hart: lien fait d’osier ou d’autre bois souple avec lequel on lie les fagots.
  • Futaie/gaulis/perchis: la futaie est une plantation pour la production d’arbres de grande dimension au fut élevé et droit. Cette plantation est dénommée « gaulis » lorsque le tronc des arbres ne dépasse pas dix centimètres de diamètre, et « perchis » lorsque le diamètre est compris entre dix et vingt centimètres.
  • Veneur : celui qui dirige les chiens courants.
  • Débûcher: sortir du bois, en parlant d’un animal.
  • Hallali: sonnerie de trompe (on dit trompe de chasse, par différence avec le cor de chasse, légèrement différent et utilisé en musique militaire) annonçant que la bête est aux abois.
  • Cerf/chevreuil: tous deux sont des ruminants sauvages et assez ressemblants. Ils se distinguent néanmoins par la taille etpar les cors, limités à deux pour le chevreuil et fonction de l’âge pour le cerf. La femelle du cerf est la biche et son petit le faon, tandis que la femelle du chevreuil est la chèvre.
  • Curée: distribution aux chiens de la part de l’animal qui leur revient.

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Tous les “panneaux” de faïence de la maison Charbonnier à Longchamp (“le chalet”) ont pour thème la chasse. Celui-ci, installé dans la grande salle à manger, est signé par Mr Jacquemin, chef-décorateur à la Faïencerie. Daté de 1896, il est tiré d’une œuvre de Georges Busson et relate un retour de chasse :  le maître d’équipage retraite  avec son trophée couché  sur l’encolure du cheval suivi de son piqueur  et de quelques chiens. 

C’est au pied de ce panneau que reposera, avant d’être inhumé, le corps de Robert Charbonnier, au lendemain de sa mort le 5 juillet 1905.

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 Les chiens de faïence

 Contributions d’Alain Charbonnier, Daniel, Dominique, Gaëtan et Philippe Moisand

 Synthèse réalisée par Philippe Moisand

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S’il est un sujet sur lequel Robert Charbonnier a échoué, c’est bien celui de sa succession.

Lui qui avait recommandé à ses enfants dans son testament : « qu’ils n’oublient jamais que je ne reposerai pas en paix, en face des grands bois que j’ai tant aimés, si la moindre discorde venait à s’élever entre eux » a dû se retourner dans sa tombe lorsqu’ils ont commencé, quelques années après son décès, à se chamailler sérieusement autour de la gouvernance de l’entreprise qu’il leur avait transmise.

Il faudra moins de trois ans (de 1905 à 1908) pour que vole en éclats la belle harmonie familiale, puis trois autres années pour que Longchamp tombe aux mains des Moisand associés aux Joran, tandis qu’Edouard reprenait avec succès une petite affaire de faïence à Salins. Les rancoeurs accumulées à cette occasion, associées au fait que les deux branches étaient devenues concurrentes en affaires, ont conduit tout droit à la rupture des relations entre les Moisand et les Charbonnier, condamnés à se  regarder en chiens de faïence, c’est le cas de le dire, pour des décennies. 

Sans doute Robert avait-il sous-estimé la règle d’or qui veut qu’on ne mélange jamais la famille et les affaires. C’est une leçon qu’on oublie trop souvent et que la famille Moisand a d’ailleurs dû réapprendre, à ses dépens, à la génération suivante, en dépit des efforts constants d’Hélène pour maintenir la cohésion familiale. Car c’est bien ce dont il est ici question, ce mélange complexe et indéchiffrable de l’affectif et de l’argent, de la jalousie et du goût du pouvoir.

Comment d’ailleurs s’y retrouver ici, tant il est vrai que la mémoire collective, du côté Moisand comme du côté Charbonnier, est  impuissante à raconter toute l’histoire ? La faute sans doute à la profonde blessure ressentie des deux côtés, associée à la culpabilité d’avoir failli aux injonctions paternelles qui ont fait de cette affaire un sujet tabou sur lequel on ne s’est pas trop étendu d’un côté comme de l’autre. La faute aussi aux archives familiales très dispersées, quand elles n’ont pas complètement disparu, et qui restent très insuffisantes à reconstituer tous les détails de cette désolante affaire.

Peut-être sera-t-il possible un jour de le faire. C’est en tout cas ce à quoi s’attachent actuellement Daniel Moisand et Geneviève, assistés pour autant qu’ils le peuvent par Alain Charbonnier, Dominique Moisand et Gaëtan Moisand. Le moment venu et si les recherches en cours apportent des éléments nouveaux, nous y consacrerons un nouveau numéro spécial aussi détaillé que possible. A ce stade, sur la base de ce qu’on savait déjà et de ce qu’ils ont  recueilli, on peut  quand même avancer quelques certitudes :

1. Les premières années qui suivent le décès de Robert en 1905 se déroulent sans encombre. Ses dernières volontés ont été exaucées, puisqu’ un contrat daté du 8 octobre 1905 prolonge l’indivision familiale propriétaire de l’affaire, et donne le pouvoir à Caroline assistée de ses deux fils. Par ailleurs, Marcel Charbonnier revient aux affaires à 67 ans dans un rôle qui n’est pas clairement défini, mais qui fait certainement appel à l’expérience accumulée avec son frère dans la gestion de l’usine.

2. C’est à partir de la fin 1908 que les choses se gâtent. Une lettre d’Edouard à sa mère, datée du 4 janvier 1909, nous apprend qu’un rapport rédigé par les deux gendres Moisand et Joran rend les deux frères Edouard et René responsables d’une situation financière dégradée (le « réquisitoire monstrueux » selon Edouard) et suggère de les placer désormais sous le contrôle de Marcel Joran, Caroline très peu au fait de la vie des affaires prenant du recul. Cette lettre ferait suite, d’après Alain, à un entretien au cours duquel Caroline aurait fait part à son fils du contenu de ce rapport. 

3. Plus que le constat d’échec, c’est le changement de gouvernance qui constitue le « casus belli ». Edouard refuse en effet tout net de se faire chapeauter par Marcel Joran que, visiblement, il ne tient pas en très haute estime et prévient sa mère que, si ce projet était mis à exécution, il se verrait dans l’obligation de demander à être indemnisé pour rupture abusive du contrat de 1905 encore en cours.

4. Il n’existe aucune trace des décisions qui ont été prises, mais il ne fait pas de doute que le projet de changement de gouvernance a  bien été mis en place. Edouard prend en effet immédiatement ses distances avec Longchamp, tente de se lancer dans la conserverie alimentaire à Genlis, avant de partir pour Paris chez ses beaux-parents, puis de s’investir dès 1911 dans la petite faïencerie de Salins, avant d’en prendre complètement le contrôle en 1912. Mais surtout, il signe en 1911 avec sa mère et ses frère et sœurs un contrat par lequel il renonce à sa part dans la succession de son père contre une indemnité de 25 000 F. La rupture avec Edouard est ainsi consommée, et l’affaire reste entre les mains de ce qui reste de l’indivision.

5. Qu’en est-il des autres ? Difficile de le dire avec précision, surtout pour la période qui va de 1909 à 1912. Gaëtan est toujours à Paris, et Marcel Charbonnier ne tarde pas à quitter Longchamp pour aller vivre chez sa sœur Claire également à Paris, puis à Salins où il vient épauler son neveu et même assurer son intérim pendant la guerre. Ne restent donc sur place que Marcel Joran et René Charbonnier qui vont sans doute gérer l’affaire  tant bien que mal jusqu’au moment où elle n’échappera au pire que grâce à sa reprise par la SA des Faïenceries de Longchamp, nouvellement créée par les deux gendres.

6. La situation s’éclaircit juridiquement à partir de 1912. L’usine appartient désormais à Gaëtan Moisand et Marcel Joran au travers de la société dont ils partagent le capital à égalité. Dans sa lettre  de démission d’avocat datée du 7 décembre 1912, Gaëtan précise qu’il « va en assumer la direction administrative et financière », mais on ne sait rien des responsabilités confiées à Marcel Joran. Quoiqu’il en soit, il est évident que Gaëtan, bien secondé par Hélène pendant le long intérim de la guerre, a rapidement pris l’ascendant sur son beau frère. Quant au reste de la famille, Caroline reste à Longchamp, chez sa fille Hélène. René n’est plus dans l’affaire, mais il est toujours maire de Longchamp (depuis 1905) et s’oppose ouvertement aux « dirigeants de la faïencerie »  en 1913, avant d’être mobilisé pour toute la durée de la guerre. Sa piste se perd ensuite dans les sables, mais il ne fait pas de doute qu’il a clairement choisi son camp. Et Henriette, qui n’a jamais été partie prenante dans le débat, pleure son époux, Jules Bos,  décédé dès les premières hostilités de la Grande Guerre (« il m’avait donné l’amour, il vient de me donner la gloire » dira-t-elle en apprenant la nouvelle et avant de s’engager comme infirmière).

7. Les deux camps sont donc clairement constitués dès avant la guerre, Hélène et Juliette d’un côté, Edouard et René de l’autre et ne se parlent plus. Pour autant, les sujets de litige n’ont pas totalement disparu. Le décès de Caroline en 1935 rouvre une plaie qui n’était pas encore fermée et donne lieu à un dernier conflit sur le partage de sa succession. Commencé devant les tribunaux, il ne sera réglé par accord transactionnel qu’en 1941. Plus tard dans les années 50, Edouard, qui hébergeait jusque là sa sœur Henriette, viendra la déposer à Longchamp chez Hélène où elle terminera sa vie. Ce sera sans doute la dernière occasion pour Hélène et Edouard de se revoir. Il faudra attendre la génération suivante pour voir les frères Moisand renouer avec Pierre Charbonnier, le fils d’Edouard, à la faveur de leurs contacts professionnels mais aussi, n’en doutons pas, de leur souci commun de mettre un terme final à cette douloureuse affaire.

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On se gardera bien sûr de juger le comportement des uns et des autres  et leurs responsabilités dans la naissance et le développement du conflit, mais on aura quand même une pensée émue pour certains des principaux acteurs. Caroline, en premier lieu, visiblement dépassée par les évènements et contrainte par les circonstances de trancher pour ses gendres, contre ses propres fils; elle a dû vivre des moments extrêmement difficiles. Edouard ensuite, désavoué par sa mère au profit d’un beau-frère qu’il ne respecte pas, et alors même qu’il a pu prouver par la suite ses qualités de chef d’entreprise.  

On serait en revanche porté à moins de mansuétude pour Marcel Joran dont la carrière de militaire n’a pas dépassé le grade de capitaine  et dont les ambitions  de reconversion politique se sont soldées par un double échec aux élections législatives et municipales. Ajoutez à cela l’ironie déployée à son endroit par son beau père, bien relayée par les deux beaux frères, et vous avez là tous les ingrédients d’une soif de revanche sur le sort, et sur ses freluquets de beaux frères, qu’il lui faut assouvir absolument.

Quant au couple Gaëtan/Hélène, arrivé sur le tard dans le paysage, il n’est bien sûr pour rien dans les difficultés financières de l’entreprise. Gaëtan, certainement sollicité par sa belle-mère en raison de ses compétences de juriste, n’a pu que constater les dégâts dans la rédaction du fameux « réquisitoire », mais il a sans doute commis la double erreur de sur-estimer les capacités de son beau frère Joran à diriger l’entreprise et de sous-estimer celles d’Edouard. Pour autant, il paraissait logique de confier le manche à une personne expérimentée (Marcel Joran avait 15 ans de plus que ses beaux-frères)  dans l’attente de la maturation des deux frères Charbonnier, et les candidats ne se bousculaient pas au portillon. C’est peut-être d’ailleurs cette erreur qui a conduit Gaëtan, devant la dégradation de la situation qui s’en est suivie, à prendre ses responsabilités et à s’investir personnellement en 1912 pour voler au secours de la faïencerie en danger. « Je me vois obligé de prendre cette détermination qu’exigent les intérêts de ma femme et l’avenir de mes enfants » précise-t-il dans sa lettre de démission au bâtonnier de l’Ordre des Avocats de la Cour d’Appel de Paris. S’il en était besoin, Hélène était là pour le conforter dans cette voie.

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Il y a du Dallas dans cette longue saga familiale, qui pourrait d’ailleurs servir de trame à une nouvelle série télévisée, à une différence près cependant: on y chercherait en vain le personnage de l’affreux JR.

Marcel Joran  n’avait sans doute pas la carrure pour tenir ce rôle, même si on lui prête ici quelques intentions inavouables. Les circonstances économiques difficiles, les erreurs d’appréciation et le caractère bien trempé des principaux protagonistes suffisent à expliquer la mauvaise tournure des évènements. Reste que la famille Charbonnier, au travers d’Hélène et d’Edouard, s’est retrouvée, pour des décennies, à la tête de deux des huit faïenceries importantes de France. Situation pour le moins paradoxale quand on pense au prix que cela a coûté au plan affectif.

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091c  LE COIN DES ANCÊTRES

                         Destins et anecdotes

 

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous avions ouvert  cette  nouvelle rubrique dans le précédent  bulletin.

Nous la perpétuons ici et laissons cette fois Geneviève nous informer de tout ce qu’elle a pu et su recueillir sur la vie de Jean Charles Bercioux.

Celui-ci a toute sa place dans ce bulletin spécial Charbonnier, puisque, si l’on en croit notre spécialiste, il  est sans aucun doute le père de Caroline,  future épouse de Robert Charbonnier. Il est donc notre ancêtre à tous, du  moins celui de tous les lecteurs familiaux du Chardenois, qu’ils soient de la branche Charbonnier ou de la branche Moisand.

 

Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

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Charles Bercioux004b L’énigmatique  Jean Charles Bercioux

                                Geneviève Moisand

 

Bien que sans doute inconnu de la plupart des lecteurs familiaux de notre journal, le nom de Jean Charles Bercioux est indissociable de l’histoire de Longchamp.

Mais qui était-il ?

Jean Charles (ou plus simplement Charles, parce que c’est ainsi qu’on l’appelait) Bercioux est né à Paris en 1822 au domicile de ses parents, 32 rue Culture Ste-Catherine dans le Marais, actuellement  rue de Sévigné.

Son père, Etienne, originaire d’Issoudun, issu d’une longue lignée de tailleurs de pierre,  « monté » à Paris en 1810 à l’âge de 25 ans, installé comme entrepreneur de bâtiments, avait épousé quelques années plus tard Alexandrine Couad, fille d’un architecte de la Ville de Paris. Ce mariage lui avait sans doute permis de devenir lui-même entrepreneur de la Ville de Paris. Il avait bâti ainsi une très honorable fortune en obtenant notamment le marché de la construction des trottoirs parisiens (c’est en effet en 1823 que le préfet Chabrol impose la construction de trottoirs aux propriétaires de voies nouvelles).

Cette brillante carrière fut malheureusement interrompue par l’épidémie de choléra de 1832 durant laquelle Etienne décède à l’âge de 47 ans. Sa succession que l’on peut trouver au minutier central des notaires de Paris, se monte tout de même à un million sept cent mille francs*,  dont les deux tiers en immeubles. Sa veuve est usufruitière de ses biens.

Charles n’a que 10 ans à la mort de son père et ses deux plus jeunes frères  8 et 5 ans. Sa mère, jeune veuve de 33 ans, se remarie deux ans plus tard avec un cousin,  Jean-Baptiste Morel, fabricant de papier et propriétaire des célèbres papeteries d’Arches dans les Vosges, dont  Charles Bercioux sera actionnaire.

L’un de ses frères, Jacques, deviendra fabricant de papier comme son beau-père, et mourra à Arches ; le second, Etienne, sera architecte, comme ses cousins Louis Etienne et Frédéric Bercioux, installés sous l’enseigne « Bercioux frères », et dont on peut encore admirer certains immeubles dans Paris, notamment dans la rue Gay Lussac.

Charles, lui, après avoir fait des études de droit et s’être inscrit au Barreau, n’exercera que quelques années. Il abandonnera ensuite sa carrière d’avocat pour se consacrer définitivement à celle de “propriétaire rentier”.

Dès sa jeunesse, il s’intéresse à la peinture puisqu’il sera l’élève des peintres Rémond et Grandsire. Cette passion l’animera toute sa vie et on relève notamment en 1885, alors qu’il est âgé de 63 ans, sa participation à une exposition au Palais des Champs Elysées avec une Nature Morte. 

drouot Bercioux 2b Son goût pour l’art et ses moyens lui permettront d’acquérir une belle collection de tableaux (parmi lesquels figuraient  notamment un portrait du pape Jules II par Sanzio, de l’atelier de  Raphaël, et un portrait de la femme de Rembrandt par Ferdinand Bol : voir photo en tête de ce §). Certaines pièces de sa collection avaient été acquises auprès d’une artiste peintre bruxelloise. Pas moins de 113 tableaux seront vendus  en 1905, 7 mois après sa mort, à l’hôtel Drouot.

Dans les années 1850, toujours célibataire, il devient le tuteur officiel d’une fillette dont la naissance en 1853 demeure très mystérieuse. Il s’agit de Caroline Glaçon-Bugny, future épouse de Robert Charbonnier. Il l’élève et, plus tard, la dote confortablement. Tout indique qu’il est bien son véritable père, bien qu’il ait toujours laissé planer une ambiguïté sur la nature de leur lien car il ne la reconnaîtra jamais officiellement.

(Nous aurons probablement l’occasion de détailler plus longuement ce sujet  dans un prochain article).

Villa Les Tours ( propriété Bercioux) Montfort-l'Amaury En 1860, installé avenue de la Motte-Piquet, il achète une très belle résidence secondaire à Montfort-l’Amaury, baptisée “la villa des Tours”. Il conservera cette maison pendant 38 ans puis la revendra au graveur sur bois, Charles Baudé, qui lui-même y vivra jusqu’à sa mort en 1935. Il est amusant de noter que cette villa, qui appartient actuellement à un chanteur connu, a fait récemment l’objet de travaux de rénovation sur son portail, travaux dirigés par notre cousin architecte, Fabrice Girard, arrière-arrière-arrière petit-fils de Charles Bercioux …

Claire Charbonnier b Enfin, en 1866, à l’âge de 44 ans, Charles rompt son célibat en épousant à Paris, Claire Charbonnier, qui a 14 ans de moins que lui. Le couple s’installe dans le 7ème arrondissement où Charles est propriétaire d’un ensemble de 4 maisons, constitué des n° 51bis, 53 et 53 bis de la rue Cler ainsi que du 28 rue Duvivier avec un terrain au n° 26, le tout représentant une superficie de 1145m2. Le contrat de mariage nous apprend qu’il était également propriétaire d’un terrain et d’un bâtiment quai de Jemmapes.

En épousant Claire, il devient  le beau-frère de Robert Charbonnier. Ce dernier est très attaché à sa sœur comme le prouvent les lettres qu’il lui écrit souvent pendant la guerre de 1870. A cette époque Jean Charles et Claire se sont repliés dans leur maison de Montfort l’Amaury où Claire met au monde leur premier enfant, une petite fille prénommée Alexandrine. Démobilisé et pressé de retrouver sa sœur et de faire la connaissance de sa nièce,  Robert Charbonnier accourt à Montfort-l’Amaury et y découvre la superbe jeune fille qu’est devenue Caroline à 17 ans. Il l’épousera quelques mois plus tard en septembre1871.

Le deuxième enfant  de Charles et Claire naîtra également à Montfort-l’Amaury ; Eugène Augustin deviendra plus tard fabricant d’instruments de musique.

Charles fera  tout au long de sa vie de fréquents  séjours à Longchamp où il achètera  même une maison, rue du Pont, et dans laquelle il décèdera, en 1904, à l’âge de 82 ans, sans avoir livré la totalité de ses secrets.

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* il est difficile de se faire une idée de la valeur de cette somme aujourd’hui. L’Insee propose un convertisseur mais la comparaison n’est possible qu’à partir de 1901. Comme le Franc est resté immuable au XIXème siècle, la conversion proposée par l’Insee (1,7 M francs de 1901 valent 6,6 M € de 2015) donne un ordre d’idées sur la situation patrimoniale du père de Charles lors de son décès  : elle était certainement d’au moins 6,6 M € et sans doute davantage.

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