Bulletin n°16 ** Février 2016 ** fondateur : Philippe Moisand

 

Bulletin spécial

CHARBONNIER 

 

 

002dd_1    Edito

                                                          Philippe Moisand

 

 

Non Le Chardenois  n’est pas mort ; il renait une nouvelle fois de ses cendres. C’est Alain Charbonnier, dernier fils de Pierre, lui-même fils d’Edouard, le frère de la Reine, qui nous en donne l’occasion. Un premier contact  par l’intermédiaire du blog, puis des retrouvailles à la maison pour un dîner auquel participaient Dominique et Gaëtan (Daniel était indisponible pour cause de convalescence) ont conduit naturellement à un échange de souvenirs et d’informations sur nos ancêtres communs. De là à formaliser tout cela dans un numéro spécial du Chardenois, il n’y avait qu’un pas. Il est aujourd’hui franchi avec cette nouvelle édition, plus particulièrement centrée sur Robert Charbonnier.

On se gardera cependant de chercher à faire un portrait exhaustif du personnage, d’autant qu’il a déjà été évoqué dans de précédents numéros. Nous avons retenu en priorité ses albums de dessins et croquis qui révèlent un esprit taquin, parfois corrosif surtout à l’égard des militaires, mais n’épargnant personne et surtout pas lui-même. Vous en trouverez une sélection dans l’attente d’une compilation plus complète. Il nous a aussi paru intéressant de porter l’accent sur sa véritable passion de la chasse à courre et ses talents d’écrivain en reproduisant l’article qu’il a publié en 1893 dans une revue spécialisée (La Chasse Illustrée).

Mais il serait incongru de passer aujourd’hui sous silence cette douloureuse cassure de la famille Charbonnier qui a totalement ruiné les espoirs mis par Robert dans son testament de voir sa descendance échapper à la discorde. Nos fins limiers, Daniel et Geneviève en tête,  font appel à leur mémoire ainsi qu’à celle de leurs proches et épluchent fébrilement les archives familiales des deux côtés, tout au moins pour ce qu’il en reste, mais aussi départementales et nationales. Leur travail est loin d’être terminé et donnera lieu en son temps à un rapport aussi complet que possible. A ce stade, on se contentera d’un bref rappel historique de ce que l’on connait et d’une liste d’interrogations auxquelles les travaux en cours apporteront peut-être une réponse. Vous trouverez cette première ébauche d’une histoire longue et complexe au chapitre intitulé, comme il se doit au vu des circonstances, “Les chiens de faïence”.

Enfin Geneviève Moisand alimente une nouvelle fois notre rubrique « Le coin des ancêtres » consacrée aujourd’hui à Charles Bercioux, beau-frère de Robert depuis son mariage avec Claire Charbonnier, et peut-être encore plus que cela lorsque Robert a lui-même épousé Caroline. Mais ceci est une autre histoire …

 

 

NB : Nous conseillons à nos lecteurs, pour mieux apprécier ce bulletin spécial,  la lecture (ou la relecture) des articles  parus dans le Chardenois, traitant de Robert Charbonnier, de sa famille et de la création de la Faïencerie de Longchamp :

l’article de Mamie Moisand Martin, in  bulletin n° 4 ** janv. 2010 ** 

le testament de Robert Charbonnier, in  bulletin n°  5 ** mai 2010 **

les articles de Christiane Moisand Bernard (extrait de son  livret « la Saga des Charbonnier-Moisand »), de Gaëtan et de  Daniel Moisand, in bulletin n°  8 ** avril 2011 ** 

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photo de titre : Robert Charbonnier – Longchamp vers 1900-1905

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IMG_2484 dd  “ Lonchamp illustré ”

                                   Les recueils de dessins de Robert Charbonnier

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Contributions : Alain Charbonnier et Dominique Moisand

Textes : Philippe et Gaëtan Moisand

Mise en page et retouche numérisée des dessins : Gaëtan Moisand

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Conservés précieusement par Alain Charbonnier d’une part et Dominique Moisand d’autre part, les recueils de dessins de Robert Charbonnier sont grâce à eux réunis  pour la première fois depuis plus de cent ans.

L’un des recueils  porte ce titre “Lonchamp illustré » qui nous apparaît parfaitement adapté à l’ensemble de ses œuvres.

Lonchamp sans g ! Ce n’est certainement pas une erreur (la même orthographe se retrouvant dans le titre du 2ème recueil), mais  plutôt une élégance de l’auteur qui aurait  préféré peut-être que le nom de son village s’orthographiât ainsi.

Même si Robert Charbonnier semble bien être un dessinateur autodidacte  (personnages dessinés le plus souvent de profil, voire de dos, très rarement de face,  maîtrise imparfaite de la perspective,…), il a néanmoins un joli coup de crayon. De plus, les scènes qu’il choisit de développer et les légendes qui les accompagnent  donnent à ses dessins une singularité attachante. Dans une autre vie, il aurait pu être un caricaturiste hors pair, au regard aigu, malicieux et à l’humour parfois décapant!

Nous présentons ici une sélection de dessins en les regroupant par thèmes,  quelle qu’en soit la date :  les militaires, la famille, le village, la Faïencerie et la chasse.

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Longchamp 003 ccc  Les militaires

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Tous les croquis sur les militaires datent de 1891 et ne sont pas tendres à leur égard, loin s’en faut. Les officiers de cavalerie sont particulièrement bien ciblés et plutôt vus comme des militaires d’opérette. Souvenir de la guerre de 1870 à laquelle Robert a participé et règlement de compte avec ses anciens supérieurs? C’est bien possible, voire même probable.

Le (futur) général du 1er dessin est le seul à ne pas être en tenue militaire, ni à cheval, il est pourtant bien à sa place dans cette galerie de portraits d’officiers finement ridiculisés.

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 IMG_2474 bb La famille 

 

La famille tient bien entendu sa place dans ce florilège. Robert se met en scène, le plus souvent dans des postures peu avantageuses. Son épouse Caroline est aussi présente, ainsi que chacun des cinq enfants du couple (Juliette, Henriette, René, Edouard et Hélène).

Marcel Joran est la seule « pièce rapportée » à figurer.  Jules Bos, pourtant déjà marié avec Henriette à la date du deuxième album (1905), n’apparait pas une seule fois. Quant à Gaëtan Moisand, marié avec Hélène en 1908, il n’a pas connu son beau-père décédé 3 ans plus tôt et n’a donc pu être « croqué » par ce dernier. Peut-être valait-il mieux pour lui comme pour Jules Bos, car le regard du beau-père sur son premier gendre est plutôt moqueur.

Le dessin de titre, Lolo et Riri au piano (alias Hélène et Henriette), fait immanquablement penser à la même scène, mais 50 ans plus tard, des deux soeurs jouant à 4 mains dans le salon de la villa à Longchamp. Il y avait en plus, dans les années 50, sous le siège des pianistes,  une petite main agitant une feuille de houx sur les mollets d’Henriette,  souffre-douleur à demi-consentante, laquelle tentait malgré les piqûres de rester au diapason de sa soeur ( lire ou relire l’article de Marie-Thé Moisand Pruvost “ Mon vieux piano” et une note sur  Henriette in bulletin n° 8 ** avril 2011 **).

Les dessins de la famille sont précédés ici de photos de Robert, Caroline et leurs enfants.

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    Robert – Caroline

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Caroline et Juliette – René et Edouard – Henriette

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Hélène

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 Robert – Robert et son tailleur – Robert et Caroline -                                                        

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René et Edouard  -  Caroline et Hélène  - Juliette et Hélène

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Robert et Marcel Joran  -  les deux mêmes et Juliette  - Ch. Bercioux et Claire 

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IMG_2476 bbbb  Le village

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Robert Charbonnier dépeint des personnages emblématiques du village et de petites scènes amusantes.

Dans le croquis du Conseil Municipal, il se peint lui-même comme très souvent dans ses dessins, ici au milieu de ses conseillers. Maire de Longchamp, il participe ainsi à la longue tradition de maires du village issus de la famille  (Marcel Charbonnier, son frère, avant lui, René Charbonnier, son fils après lui, puis Gaëtan et Henry Moisand pendant une bonne partie du XXème siècle).

Dans l’un des croquis présentés ici, on découvre Mitron, le piqueur de Robert Charbonnier à la chasse, dans un échange savoureux avec Mr l’Adjoint en patois local, communément utilisé par les habitants de Longchamp jusque dans les années 1950. Manque le son, malheureusement !

On regrette qu’il ne se soit pas plus appesanti sur ce thème.

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IMG_2533 bbb  La faïencerie

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Pas plus que sur le précédent thème, Robert Charbonnier ne s’appesantit ici outre mesure.

Peut-être ce thème est-il trop sérieux… Pourtant, il ne se départit pas  de son humour habituel en croquant des ouvriers, des employés ou des représentants de la Faïencerie. Comme notamment dans cette scène où une théorie de magasinières transporte des “marchandises” à l’emballage, qui ne sont autres que … des pots de chambre !

Ne riez pas. Le pot de chambre, au même titre que tout le sanitaire (brocs à eau, cuvettes, porte-savon, etc.) représentait alors une part importante de la production. La Reine nous a même confié que c’est en grande partie cet ustensile qui a sauvé la faïencerie de la déroute pendant la Grande Guerre, après qu’elle soit « montée » à Paris pour extorquer au Ministre des Armées une commande très importante de pots de chambre.

Robert se met en scène lui-même dans le 4ème dessin ; du moins, il semble bien que ce soit lui, décryptant non sans mal les chiffres de la comptabilité, mais peut-être est-ce l’oncle Bisson, frère de Julie Adrienne, la mère de René et Marcel, dont la présence durable à Longchamp paraît certaine si l’on en croit les multiples dessins où il est présent. Et dans le  6ème dessin, il dépeint son frère Marcel, très remonté en raison du mauvais entretien d’une machine.

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Longchamp 001 dd La chasse

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La chasse et le cheval étaient clairement les passe-temps favoris de Robert Charbonnier. La légende familiale semble bien ici correspondre à la réalité : “il fut séduit par les grands bois, les prairies, la rivière, les étangs, le village, bref, tout ce qui lui permettait de lancer et développer l’exploitation agricole dont il rêvait” (Christiane Moisand Bernard, qui écrit plus loin, dans son livret “La saga des Charbonnier-Moisand”, que le cheval était la distraction favorite de son grand-père). Même si ce n’est finalement pas une exploitation agricole qu’il développa à Longchamp mais une faïencerie, qui l’accapara certainement le plus clair de son temps, il semble n’avoir jamais abandonné ni la chasse ni le cheval.

Bon cavalier, bon chasseur, il disposait de son propre équipage qu’il mêlait à ceux de ses voisins pour des chasses à courre dans les forêts de Longchamp, Saint Léger et autres lieux (voir ci-dessous une “correspondance” de Robert Charbonnier à la revue “ La chasse illustrée” de 1893) . Mais il ne négligeait pas pour autant la chasse devant soi ni la chasse au gibier d’eau, ainsi qu’en témoignent plusieurs croquis.

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Le 2ème dessin de cette série met en scène de façon amusante la recherche par les chasseurs, dont l’auteur du dessin, d’un gibier d’eau tombé dans les roseaux en bordure de l’étang de Saint-Léger. C’est le père Thimel qui se dévoue (peut-être n’a t-il pas eu le choix !?). Bien qu’il soit déjà en demi-tenue d’Adam, Robert Charbonnier lui conseille malicieusement de relever  sa chemise.

Le père Thimel est un ancien cultivateur de Maxilly-sur-Saône dont la famille était certainement proche des Charbonnier puisque sa fille Claire, née en 1868, l’année de l’acquisition de la tuilerie-faïencerie de Longchamp par les Charbonnier, a pour parrain Robert Charbonnier lui-même. Les Thimel  quittèrent Maxilly pour Longchamp après cette acquisition. Lors du grand « schisme » de 1909, les fils du père Thimel suivirent Edouard Charbonnier à Salins, tandis que Claire mariée à Hyppolite Damongeot  resta fidèle  à Longchamp. Claire est la grand-mère de Jacqueline Damongeot.

Dans les 3ème et 4ème dessins, on retrouve “ le vieux et fidèle” Mitron, comme le définit Robert Charbonnier. Mitron, que l’on a déjà vu  dans une scène de village savoureuse,  semble être de toutes les parties de chasse, devant soi avec Robert Charbonnier et ses fils, ou à courre en tant que piqueur.

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Robert Charbonnier se révèle aussi habile à manier la plume que le crayon pour décrire une scène de chasse. A preuve, ce récit d’une chasse à courre en forêt de Longchamp,  écrit de sa main et paru dans un n° de l’année 1893 de la revue “La Chasse Illustrée”.

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chasse ill  chasse ill 1893  Récit d’un laisser-courre

                                    Correspondance de Robert Charbonnier

                                         in “ La chasse illustrée” (1893)

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On trouvera à la suite de cette lettre un petit lexique de vénerie qui permettra au lecteur peu porté sur ce genre d’exercice d’en déchiffrer toutes les subtilités techniques.

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“Les animaux sauvages – c‘est ce qui les distingue des ministres - savent tomber avec dignité”

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Longchamp 025 bc  Longchamp,

                      Cher Monsieur Bellecroix,

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Vous me demandez si, parmi nos dernières chasses, je n’ai point à vous conter quelque joli laisser-courre. Votre gracieux souvenir arrive à point.

Hier, rendez-vous au pavillon, en forêt de Saint-Léger. Mr le vicomte de Beauchaine faisait conduire sur la brisée 24 de ses beaux bâtards poitevins auxquels j’ai joint 11 harriers.

Après avoir surmonté quelques difficultés, produites par la présence d’une harde de chevreuils mis sur pied le matin par des coupeurs de harts, nos trente-cinq chiens, après un court rapproché, faisaient bondir un brocard.

Il était midi.

L’animal fila droit et soutint pendant quarante minutes, en forêt de Montdragon, un train d’enfer. Arrivé dans un gaulis, il fit un retour assez long, mais les chiens de tête, accusant la double voie, indiquèrent nettement qu’il s’était replié sur ses derrières. Le retour fut pris immédiatement et les braves toutous ne tardèrent pas à se récrier sur la voie du brocard qui, à ce moment, avait pris assez d’avance pour aller bondir dans une coupe rase et rentrer dans un grand perchis clair, où il battit l’eau dans un large fossé, transformé en ruisseau, sur une longueur de 5 à 600 mètres.

Nos chiens bien tous ensemble se mirent aussitôt à travailler sur les berges, en nous indiquant bien qu’ils avaient connaissance de leur animal et, un quart d’heure après, ils le relançaient à vue avec beaucoup d’entrain.

Dès ce moment, le chevreuil était condamné, mais – c’est ce qui les distingue des ministres – les animaux sauvages savent tomber avec dignité.

Il quitta la forêt de Montdragon, pour se jeter dans les bois communaux d’Athée, très fourrés et mal percés ; maintenu dans ces jeunes tailles à la plus sévère allure, il se vit obligé de débûcher et après une pointe dans un bois particulier, de franchir la ligne de chemin de fer d’Auxonne à Gray.

J’ouvre ici une parenthèse.

Représentez-vous, si vous le pouvez, la rage folle de quatre veneurs, arrêtés dans un semblable moment, devant un passage à niveau, par les manœuvres d’un train de marchandises !!!

Enfin, tout passe dans la vie, même les trains de marchandises, bien que, à première vue, cette dernière proposition puisse vous paraître invraisemblable.

Pendant ce temps, notre animal continuait sa course en poussant droit devant lui, traversait l’extrémité sud du village d’Athée, faisait ses derniers efforts dans les champs d’asperges qui constituent l’une des gloires d’Auxonne, au grand détriment de l’odorat de ses habitants, puis, complètement sur ses fins, les chiens lui soufflant au poil, il débûchait dans ces splendides prairies qui bordent la Saône, et courait droit se jeter dans la rivière, qui mesure sur ce point plus de 100 mètres de largeur.

Le brouillard du matin était levé, le soleil resplendissait et les trente-cinq chiens d’attaque noyaient leur chevreuil, en pleine Saône, aux portes d’Auxonne, après 2 heures 25 minutes de chasse très vive.

Que vous dirais-je de plus ?

La curée fut faite sur la prairie et un lunch nous fut donné par Mme la la vicomtesse de Beauchaine, toujours si prévenante et si gracieuse pour ses invités et qui avait suivi la chasse en charrette chargée de provisions très appréciées après cette course au clocher.

Le pied fut offert à Mme la vicomtesse de la Moussaye ; il lui était dû à bien des titres, mais bien mérité par la vaillance avec laquelle elle avait suivi, dans des terrains épouvantables.

Etaient présents à l’hallali MM  le commandant de Beauchaine et le comte de Scey ; MM de Terrier et Desmarets, capitaines au 2ème de dragons ; MM les lieutenants de la Moussaye, Chambon, Perret, de la Maisonneuve, de Prevoisin, de la Perrière, Lemaire, votre serviteur et ses deux fils.

Laisser-courre par François, et n’oublions pas le vieux et fidèle Mitron, arrivé à pied, assez à temps pour absorber une flûte de champagne .

A vous, bien cordialement.

Robert C.

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photos de titre et de début d’article :

- entête de la revue « la Chasse illustrée » 

 - l’article de RC, copie de l’original 

- dessin de RC,  titré « hallali courant »-

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Petit Lexique de  Vénerie

On rappelle tout d’abord que la vénerie est l’art de chasser des animaux sauvages avec des chiens courants.

  • Laisser-courre: lieu ou moment où l’on découple les chiens. C’est en fait le départ de la chasse, mais il semble que le mot soit utilisé ici aux lieu et place de chasse à courre.
  • Harrier : race de chiens courants.
  • Brisée: branche d’arbre que le veneur rompt pour marquer le passage d’une bête.
  • Brocard: chevreuil mâle âgé de plus d’un an.
  • Harde: troupeau d’animaux sauvages.
  • Hart: lien fait d’osier ou d’autre bois souple avec lequel on lie les fagots.
  • Futaie/gaulis/perchis: la futaie est une plantation pour la production d’arbres de grande dimension au fut élevé et droit. Cette plantation est dénommée « gaulis » lorsque le tronc des arbres ne dépasse pas dix centimètres de diamètre, et « perchis » lorsque le diamètre est compris entre dix et vingt centimètres.
  • Veneur : celui qui dirige les chiens courants.
  • Débûcher: sortir du bois, en parlant d’un animal.
  • Hallali: sonnerie de trompe (on dit trompe de chasse, par différence avec le cor de chasse, légèrement différent et utilisé en musique militaire) annonçant que la bête est aux abois.
  • Cerf/chevreuil: tous deux sont des ruminants sauvages et assez ressemblants. Ils se distinguent néanmoins par la taille etpar les cors, limités à deux pour le chevreuil et fonction de l’âge pour le cerf. La femelle du cerf est la biche et son petit le faon, tandis que la femelle du chevreuil est la chèvre.
  • Curée: distribution aux chiens de la part de l’animal qui leur revient.

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Tous les “panneaux” de faïence de la maison Charbonnier à Longchamp (“le chalet”) ont pour thème la chasse. Celui-ci, installé dans la grande salle à manger, est signé par Mr Jacquemin, chef-décorateur à la Faïencerie. Daté de 1896, il est tiré d’une œuvre de Georges Busson et relate un retour de chasse :  le maître d’équipage retraite  avec son trophée couché  sur l’encolure du cheval suivi de son piqueur  et de quelques chiens. 

C’est au pied de ce panneau que reposera, avant d’être inhumé, le corps de Robert Charbonnier, au lendemain de sa mort le 5 juillet 1905.

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 Les chiens de faïence

 Contributions d’Alain Charbonnier, Daniel, Dominique, Gaëtan et Philippe Moisand

 Synthèse réalisée par Philippe Moisand

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S’il est un sujet sur lequel Robert Charbonnier a échoué, c’est bien celui de sa succession.

Lui qui avait recommandé à ses enfants dans son testament : « qu’ils n’oublient jamais que je ne reposerai pas en paix, en face des grands bois que j’ai tant aimés, si la moindre discorde venait à s’élever entre eux » a dû se retourner dans sa tombe lorsqu’ils ont commencé, quelques années après son décès, à se chamailler sérieusement autour de la gouvernance de l’entreprise qu’il leur avait transmise.

Il faudra moins de trois ans (de 1905 à 1908) pour que vole en éclats la belle harmonie familiale, puis trois autres années pour que Longchamp tombe aux mains des Moisand associés aux Joran, tandis qu’Edouard reprenait avec succès une petite affaire de faïence à Salins. Les rancoeurs accumulées à cette occasion, associées au fait que les deux branches étaient devenues concurrentes en affaires, ont conduit tout droit à la rupture des relations entre les Moisand et les Charbonnier, condamnés à se  regarder en chiens de faïence, c’est le cas de le dire, pour des décennies. 

Sans doute Robert avait-il sous-estimé la règle d’or qui veut qu’on ne mélange jamais la famille et les affaires. C’est une leçon qu’on oublie trop souvent et que la famille Moisand a d’ailleurs dû réapprendre, à ses dépens, à la génération suivante, en dépit des efforts constants d’Hélène pour maintenir la cohésion familiale. Car c’est bien ce dont il est ici question, ce mélange complexe et indéchiffrable de l’affectif et de l’argent, de la jalousie et du goût du pouvoir.

Comment d’ailleurs s’y retrouver ici, tant il est vrai que la mémoire collective, du côté Moisand comme du côté Charbonnier, est  impuissante à raconter toute l’histoire ? La faute sans doute à la profonde blessure ressentie des deux côtés, associée à la culpabilité d’avoir failli aux injonctions paternelles qui ont fait de cette affaire un sujet tabou sur lequel on ne s’est pas trop étendu d’un côté comme de l’autre. La faute aussi aux archives familiales très dispersées, quand elles n’ont pas complètement disparu, et qui restent très insuffisantes à reconstituer tous les détails de cette désolante affaire.

Peut-être sera-t-il possible un jour de le faire. C’est en tout cas ce à quoi s’attachent actuellement Daniel Moisand et Geneviève, assistés pour autant qu’ils le peuvent par Alain Charbonnier, Dominique Moisand et Gaëtan Moisand. Le moment venu et si les recherches en cours apportent des éléments nouveaux, nous y consacrerons un nouveau numéro spécial aussi détaillé que possible. A ce stade, sur la base de ce qu’on savait déjà et de ce qu’ils ont  recueilli, on peut  quand même avancer quelques certitudes :

1. Les premières années qui suivent le décès de Robert en 1905 se déroulent sans encombre. Ses dernières volontés ont été exaucées, puisqu’ un contrat daté du 8 octobre 1905 prolonge l’indivision familiale propriétaire de l’affaire, et donne le pouvoir à Caroline assistée de ses deux fils. Par ailleurs, Marcel Charbonnier revient aux affaires à 67 ans dans un rôle qui n’est pas clairement défini, mais qui fait certainement appel à l’expérience accumulée avec son frère dans la gestion de l’usine.

2. C’est à partir de la fin 1908 que les choses se gâtent. Une lettre d’Edouard à sa mère, datée du 4 janvier 1909, nous apprend qu’un rapport rédigé par les deux gendres Moisand et Joran rend les deux frères Edouard et René responsables d’une situation financière dégradée (le « réquisitoire monstrueux » selon Edouard) et suggère de les placer désormais sous le contrôle de Marcel Joran, Caroline très peu au fait de la vie des affaires prenant du recul. Cette lettre ferait suite, d’après Alain, à un entretien au cours duquel Caroline aurait fait part à son fils du contenu de ce rapport. 

3. Plus que le constat d’échec, c’est le changement de gouvernance qui constitue le « casus belli ». Edouard refuse en effet tout net de se faire chapeauter par Marcel Joran que, visiblement, il ne tient pas en très haute estime et prévient sa mère que, si ce projet était mis à exécution, il se verrait dans l’obligation de demander à être indemnisé pour rupture abusive du contrat de 1905 encore en cours.

4. Il n’existe aucune trace des décisions qui ont été prises, mais il ne fait pas de doute que le projet de changement de gouvernance a  bien été mis en place. Edouard prend en effet immédiatement ses distances avec Longchamp, tente de se lancer dans la conserverie alimentaire à Genlis, avant de partir pour Paris chez ses beaux-parents, puis de s’investir dès 1911 dans la petite faïencerie de Salins, avant d’en prendre complètement le contrôle en 1912. Mais surtout, il signe en 1911 avec sa mère et ses frère et sœurs un contrat par lequel il renonce à sa part dans la succession de son père contre une indemnité de 25 000 F. La rupture avec Edouard est ainsi consommée, et l’affaire reste entre les mains de ce qui reste de l’indivision.

5. Qu’en est-il des autres ? Difficile de le dire avec précision, surtout pour la période qui va de 1909 à 1912. Gaëtan est toujours à Paris, et Marcel Charbonnier ne tarde pas à quitter Longchamp pour aller vivre chez sa sœur Claire également à Paris, puis à Salins où il vient épauler son neveu et même assurer son intérim pendant la guerre. Ne restent donc sur place que Marcel Joran et René Charbonnier qui vont sans doute gérer l’affaire  tant bien que mal jusqu’au moment où elle n’échappera au pire que grâce à sa reprise par la SA des Faïenceries de Longchamp, nouvellement créée par les deux gendres.

6. La situation s’éclaircit juridiquement à partir de 1912. L’usine appartient désormais à Gaëtan Moisand et Marcel Joran au travers de la société dont ils partagent le capital à égalité. Dans sa lettre  de démission d’avocat datée du 7 décembre 1912, Gaëtan précise qu’il « va en assumer la direction administrative et financière », mais on ne sait rien des responsabilités confiées à Marcel Joran. Quoiqu’il en soit, il est évident que Gaëtan, bien secondé par Hélène pendant le long intérim de la guerre, a rapidement pris l’ascendant sur son beau frère. Quant au reste de la famille, Caroline reste à Longchamp, chez sa fille Hélène. René n’est plus dans l’affaire, mais il est toujours maire de Longchamp (depuis 1905) et s’oppose ouvertement aux « dirigeants de la faïencerie »  en 1913, avant d’être mobilisé pour toute la durée de la guerre. Sa piste se perd ensuite dans les sables, mais il ne fait pas de doute qu’il a clairement choisi son camp. Et Henriette, qui n’a jamais été partie prenante dans le débat, pleure son époux, Jules Bos,  décédé dès les premières hostilités de la Grande Guerre (« il m’avait donné l’amour, il vient de me donner la gloire » dira-t-elle en apprenant la nouvelle et avant de s’engager comme infirmière).

7. Les deux camps sont donc clairement constitués dès avant la guerre, Hélène et Juliette d’un côté, Edouard et René de l’autre et ne se parlent plus. Pour autant, les sujets de litige n’ont pas totalement disparu. Le décès de Caroline en 1935 rouvre une plaie qui n’était pas encore fermée et donne lieu à un dernier conflit sur le partage de sa succession. Commencé devant les tribunaux, il ne sera réglé par accord transactionnel qu’en 1941. Plus tard dans les années 50, Edouard, qui hébergeait jusque là sa sœur Henriette, viendra la déposer à Longchamp chez Hélène où elle terminera sa vie. Ce sera sans doute la dernière occasion pour Hélène et Edouard de se revoir. Il faudra attendre la génération suivante pour voir les frères Moisand renouer avec Pierre Charbonnier, le fils d’Edouard, à la faveur de leurs contacts professionnels mais aussi, n’en doutons pas, de leur souci commun de mettre un terme final à cette douloureuse affaire.

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On se gardera bien sûr de juger le comportement des uns et des autres  et leurs responsabilités dans la naissance et le développement du conflit, mais on aura quand même une pensée émue pour certains des principaux acteurs. Caroline, en premier lieu, visiblement dépassée par les évènements et contrainte par les circonstances de trancher pour ses gendres, contre ses propres fils; elle a dû vivre des moments extrêmement difficiles. Edouard ensuite, désavoué par sa mère au profit d’un beau-frère qu’il ne respecte pas, et alors même qu’il a pu prouver par la suite ses qualités de chef d’entreprise.  

On serait en revanche porté à moins de mansuétude pour Marcel Joran dont la carrière de militaire n’a pas dépassé le grade de capitaine  et dont les ambitions  de reconversion politique se sont soldées par un double échec aux élections législatives et municipales. Ajoutez à cela l’ironie déployée à son endroit par son beau père, bien relayée par les deux beaux frères, et vous avez là tous les ingrédients d’une soif de revanche sur le sort, et sur ses freluquets de beaux frères, qu’il lui faut assouvir absolument.

Quant au couple Gaëtan/Hélène, arrivé sur le tard dans le paysage, il n’est bien sûr pour rien dans les difficultés financières de l’entreprise. Gaëtan, certainement sollicité par sa belle-mère en raison de ses compétences de juriste, n’a pu que constater les dégâts dans la rédaction du fameux « réquisitoire », mais il a sans doute commis la double erreur de sur-estimer les capacités de son beau frère Joran à diriger l’entreprise et de sous-estimer celles d’Edouard. Pour autant, il paraissait logique de confier le manche à une personne expérimentée (Marcel Joran avait 15 ans de plus que ses beaux-frères)  dans l’attente de la maturation des deux frères Charbonnier, et les candidats ne se bousculaient pas au portillon. C’est peut-être d’ailleurs cette erreur qui a conduit Gaëtan, devant la dégradation de la situation qui s’en est suivie, à prendre ses responsabilités et à s’investir personnellement en 1912 pour voler au secours de la faïencerie en danger. « Je me vois obligé de prendre cette détermination qu’exigent les intérêts de ma femme et l’avenir de mes enfants » précise-t-il dans sa lettre de démission au bâtonnier de l’Ordre des Avocats de la Cour d’Appel de Paris. S’il en était besoin, Hélène était là pour le conforter dans cette voie.

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Il y a du Dallas dans cette longue saga familiale, qui pourrait d’ailleurs servir de trame à une nouvelle série télévisée, à une différence près cependant: on y chercherait en vain le personnage de l’affreux JR.

Marcel Joran  n’avait sans doute pas la carrure pour tenir ce rôle, même si on lui prête ici quelques intentions inavouables. Les circonstances économiques difficiles, les erreurs d’appréciation et le caractère bien trempé des principaux protagonistes suffisent à expliquer la mauvaise tournure des évènements. Reste que la famille Charbonnier, au travers d’Hélène et d’Edouard, s’est retrouvée, pour des décennies, à la tête de deux des huit faïenceries importantes de France. Situation pour le moins paradoxale quand on pense au prix que cela a coûté au plan affectif.

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091c  LE COIN DES ANCÊTRES

                         Destins et anecdotes

 

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous avions ouvert  cette  nouvelle rubrique dans le précédent  bulletin.

Nous la perpétuons ici et laissons cette fois Geneviève nous informer de tout ce qu’elle a pu et su recueillir sur la vie de Jean Charles Bercioux.

Celui-ci a toute sa place dans ce bulletin spécial Charbonnier, puisque, si l’on en croit notre spécialiste, il  est sans aucun doute le père de Caroline,  future épouse de Robert Charbonnier. Il est donc notre ancêtre à tous, du  moins celui de tous les lecteurs familiaux du Chardenois, qu’ils soient de la branche Charbonnier ou de la branche Moisand.

 

Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

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Charles Bercioux004b L’énigmatique  Jean Charles Bercioux

                                Geneviève Moisand

 

Bien que sans doute inconnu de la plupart des lecteurs familiaux de notre journal, le nom de Jean Charles Bercioux est indissociable de l’histoire de Longchamp.

Mais qui était-il ?

Jean Charles (ou plus simplement Charles, parce que c’est ainsi qu’on l’appelait) Bercioux est né à Paris en 1822 au domicile de ses parents, 32 rue Culture Ste-Catherine dans le Marais, actuellement  rue de Sévigné.

Son père, Etienne, originaire d’Issoudun, issu d’une longue lignée de tailleurs de pierre,  « monté » à Paris en 1810 à l’âge de 25 ans, installé comme entrepreneur de bâtiments, avait épousé quelques années plus tard Alexandrine Couad, fille d’un architecte de la Ville de Paris. Ce mariage lui avait sans doute permis de devenir lui-même entrepreneur de la Ville de Paris. Il avait bâti ainsi une très honorable fortune en obtenant notamment le marché de la construction des trottoirs parisiens (c’est en effet en 1823 que le préfet Chabrol impose la construction de trottoirs aux propriétaires de voies nouvelles).

Cette brillante carrière fut malheureusement interrompue par l’épidémie de choléra de 1832 durant laquelle Etienne décède à l’âge de 47 ans. Sa succession que l’on peut trouver au minutier central des notaires de Paris, se monte tout de même à un million sept cent mille francs*,  dont les deux tiers en immeubles. Sa veuve est usufruitière de ses biens.

Charles n’a que 10 ans à la mort de son père et ses deux plus jeunes frères  8 et 5 ans. Sa mère, jeune veuve de 33 ans, se remarie deux ans plus tard avec un cousin,  Jean-Baptiste Morel, fabricant de papier et propriétaire des célèbres papeteries d’Arches dans les Vosges, dont  Charles Bercioux sera actionnaire.

L’un de ses frères, Jacques, deviendra fabricant de papier comme son beau-père, et mourra à Arches ; le second, Etienne, sera architecte, comme ses cousins Louis Etienne et Frédéric Bercioux, installés sous l’enseigne « Bercioux frères », et dont on peut encore admirer certains immeubles dans Paris, notamment dans la rue Gay Lussac.

Charles, lui, après avoir fait des études de droit et s’être inscrit au Barreau, n’exercera que quelques années. Il abandonnera ensuite sa carrière d’avocat pour se consacrer définitivement à celle de “propriétaire rentier”.

Dès sa jeunesse, il s’intéresse à la peinture puisqu’il sera l’élève des peintres Rémond et Grandsire. Cette passion l’animera toute sa vie et on relève notamment en 1885, alors qu’il est âgé de 63 ans, sa participation à une exposition au Palais des Champs Elysées avec une Nature Morte. 

drouot Bercioux 2b Son goût pour l’art et ses moyens lui permettront d’acquérir une belle collection de tableaux (parmi lesquels figuraient  notamment un portrait du pape Jules II par Sanzio, de l’atelier de  Raphaël, et un portrait de la femme de Rembrandt par Ferdinand Bol : voir photo en tête de ce §). Certaines pièces de sa collection avaient été acquises auprès d’une artiste peintre bruxelloise. Pas moins de 113 tableaux seront vendus  en 1905, 7 mois après sa mort, à l’hôtel Drouot.

Dans les années 1850, toujours célibataire, il devient le tuteur officiel d’une fillette dont la naissance en 1853 demeure très mystérieuse. Il s’agit de Caroline Glaçon-Bugny, future épouse de Robert Charbonnier. Il l’élève et, plus tard, la dote confortablement. Tout indique qu’il est bien son véritable père, bien qu’il ait toujours laissé planer une ambiguïté sur la nature de leur lien car il ne la reconnaîtra jamais officiellement.

(Nous aurons probablement l’occasion de détailler plus longuement ce sujet  dans un prochain article).

Villa Les Tours ( propriété Bercioux) Montfort-l'Amaury En 1860, installé avenue de la Motte-Piquet, il achète une très belle résidence secondaire à Montfort-l’Amaury, baptisée “la villa des Tours”. Il conservera cette maison pendant 38 ans puis la revendra au graveur sur bois, Charles Baudé, qui lui-même y vivra jusqu’à sa mort en 1935. Il est amusant de noter que cette villa, qui appartient actuellement à un chanteur connu, a fait récemment l’objet de travaux de rénovation sur son portail, travaux dirigés par notre cousin architecte, Fabrice Girard, arrière-arrière-arrière petit-fils de Charles Bercioux …

Claire Charbonnier b Enfin, en 1866, à l’âge de 44 ans, Charles rompt son célibat en épousant à Paris, Claire Charbonnier, qui a 14 ans de moins que lui. Le couple s’installe dans le 7ème arrondissement où Charles est propriétaire d’un ensemble de 4 maisons, constitué des n° 51bis, 53 et 53 bis de la rue Cler ainsi que du 28 rue Duvivier avec un terrain au n° 26, le tout représentant une superficie de 1145m2. Le contrat de mariage nous apprend qu’il était également propriétaire d’un terrain et d’un bâtiment quai de Jemmapes.

En épousant Claire, il devient  le beau-frère de Robert Charbonnier. Ce dernier est très attaché à sa sœur comme le prouvent les lettres qu’il lui écrit souvent pendant la guerre de 1870. A cette époque Jean Charles et Claire se sont repliés dans leur maison de Montfort l’Amaury où Claire met au monde leur premier enfant, une petite fille prénommée Alexandrine. Démobilisé et pressé de retrouver sa sœur et de faire la connaissance de sa nièce,  Robert Charbonnier accourt à Montfort-l’Amaury et y découvre la superbe jeune fille qu’est devenue Caroline à 17 ans. Il l’épousera quelques mois plus tard en septembre1871.

Le deuxième enfant  de Charles et Claire naîtra également à Montfort-l’Amaury ; Eugène Augustin deviendra plus tard fabricant d’instruments de musique.

Charles fera  tout au long de sa vie de fréquents  séjours à Longchamp où il achètera  même une maison, rue du Pont, et dans laquelle il décèdera, en 1904, à l’âge de 82 ans, sans avoir livré la totalité de ses secrets.

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* il est difficile de se faire une idée de la valeur de cette somme aujourd’hui. L’Insee propose un convertisseur mais la comparaison n’est possible qu’à partir de 1901. Comme le Franc est resté immuable au XIXème siècle, la conversion proposée par l’Insee (1,7 M francs de 1901 valent 6,6 M € de 2015) donne un ordre d’idées sur la situation patrimoniale du père de Charles lors de son décès  : elle était certainement d’au moins 6,6 M € et sans doute davantage.

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