Bonjour à tous

 

Le 23 mai 2019

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Le bulletin n° 19  du bonjour à tous le-chardenois-217x300 CHARDENOIS   est paru

 

 

 

Ce bulletin n°19, comme les précédents n° 16,  n° 17 et n° 18, paraît sous un nouveau site :

chardenois.unblog.fr (http://chardenois.unblog.fr/)

Les bulletins n°1 à n°15 demeurent visibles sur l’ancien site toujours ouvert : moisand.unblog.fr (http://moisand.unblog.fr/).

Les raisons de ce changement sont largement expliquées dans la page d’accueil, à laquelle vous pouvez accéder en cliquant sur ce mot dans le bandeau vert sous le titre du journal. 

 

 

Si vous souhaitez ouvrir  directement le bulletin n° 19, cliquez sur ce lien :   

 

 

En bas de la présente page, vous trouverez la liste de tous les autres bulletins déjà parus. Il vous suffit de cliquer sur le bulletin de votre choix pour le voir apparaître.

En bas de la page d’accueil, à laquelle vous accédez, comme dit plus haut,  en cliquant sur le mot accueil dans le bandeau vert sous le titre du journal,  vous trouverez également la liste de tous les bulletins et pourrez cliquer sur celui de votre choix.

Comme d’habitude, nous reproduisons ci-dessous des extraits des textes des « bonjour à tous » précédents de façon à ce que ceux qui découvrent le blog  (et/ou ceux qui auraient tout oublié d’un bulletin à l’autre !) trouvent ici de quoi le lire avec aisance :

Pour  lire confortablement un bulletin, mettez-vous en mode “plein écran” en cliquant sur la touche F11 de votre ordinateur. Pour désactiver ce mode, il suffit de cliquer à nouveau sur la même touche.

Dans chaque bulletin, sous certains articles, peuvent apparaitre des albums photos permettant de mieux illustrer ceux-ci. Ouvrir l’album est très  simple : il suffit de cliquer sur « voir l’album » pour que les photos apparaissent. Passer d’une photo à l’autre est encore plus simple et ne mérite pas de commentaire particulier. Pour revenir au texte, il vous suffit de taper sur le X en haut à droite de votre écran.  Plus que jamais ici pour bien voir l’album, il vous est conseillé de vous mettre en mode plein écran comme indiqué plus haut.

De façon quasi systématique, les titres de chaque article sont précédés d’une image réduite à l’état de “vignette”. Pour voir l’image agrandie, il suffit de cliquer sur celle-ci avec le curseur (la flèche se transformant alors en main avec l’index pointé vers le haut). La photo agrandie  apparaît en surimpression au centre de votre ordinateur. En cliquant sur le X ou sur « close » sous l’image, l’agrandissement s’efface pour laisser place au texte là où vous l’aviez quitté. D’autres images insérées dans le texte sont de même nature et peuvent être regardées en agrandi de la même manière.

Les commentaires sont évidemment  les bienvenus.

Ne pas oublier que ce journal ne peut vivre sans l’apport de chaque membre de la famille en documents, photos et propositions d’articles

Ne pas oublier non plus qu’un blog, par nature, c’est ouvert à tout le monde (et pas seulement à la famille !) : raison de plus pour que Le Chardenois demeure un journal de qualité !

 

 

le-chardenois-217x300        Bonne lecture…

 

 

 

 

 

Vous pouvez ici accéder directement au bulletin n°  :

 

Vous pouvez  accéder également ici à l’un ou l’autre des bulletins de l’ancien site : 

 


Archives pour la catégorie Non classé

Bulletin n° 19 ** mai 2019 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

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                                                         Philippe Moisand

 

 

Bonjour à toutes et à tous.

Dix ans déjà depuis le premier numéro d’avril 2009. Dix ans que nous nous sommes lancés dans cette aventure du Chardenois dont je ne savais pas alors où elle nous mènerait. Force est de constater que la grande difficulté est de tenir dans la durée. Mais nous en sommes aujourd’hui au dix neuvième numéro et nous sommes donc toujours vivants, même si nous avons dû réduire un peu la voilure, faute d’un nombre suffisant de contributeurs réguliers. Puisse l’avenir nous apporter un peu du sang neuf dont nous avons besoin pour tenir une autre dizaine d’années. Certains d’entre vous ont manifesté récemment leur intérêt, n’hésitez pas à les imiter.

Nous avions projeté de sortir ce nouveau numéro en début d’année et nous voilà déjà en Mai. C’est vous dire combien il est difficile de tenir les délais avec une équipe réduite dont les composantes n’ont pas que Le Chardenois pour occuper leur temps libre. Quoiqu’il en soit, nous sommes heureux de vous présenter aujourd’hui ces quelques articles qui vous parlent du passé, mais aussi du présent de notre petit village Bourguignon.

Le présent, c’est ce week end des 13/14 octobre 2018 au cours duquel était organisée l’exposition de vieilles faïences à la Villa par l’Association Longchamp d’Antan  dont vous parle Gaëtan. C’est aussi le week end des 16/17 mars 2019,  qui a vu une vingtaine de membres de la famille tout d’abord participer à la journée portes ouvertes du lycée, guidés aimablement par la proviseure, Madame Force, et à l’inauguration par la municipalité d’un panneau situé à l’entrée du village et signalant l’existence du Lycée Henry Moisand.

Le passé, c’est d’abord l’histoire de ce beau service La Guérinière que nous conte Gaëtan. Et c’est aussi un retour sur un sujet qui me taraudait depuis longtemps, celui de la compatibilité entre les valeurs chrétiennes affichées clairement par nos ancêtres et leur statut social. Je n’avais pas au départ mesuré la difficulté de la tâche et j’ai dû « cent fois sur le métier remettre mon ouvrage » sans avoir aujourd’hui le sentiment d’avoir atteint mon objectif. Aussi serais-je intéressé de recevoir les commentaires de celles et ceux qui ont gardé le souvenir de leur vie quotidienne dans ce petit royaume des Charbonnier/Moisand.

Avec la belle saison, voici revenu le temps des mariages et communions. A toutes celles et ceux qui auront la chance de participer à ces célébrations, je souhaite qu’elles soient l’occasion de belles retrouvailles familiales.  Je pense notamment à Christine Pruvost/Petit qui marie sa fille Guillemette le 18 mai à Saint Briac, à Jean-Yves Martin qui marie sa fille Aude le 29 juin à Belle Ile, à ma fille Hélène qui marie sa propre fille Justine le 6 juillet également à Belle Ile, mais aussi à tous les autres dont je ne connais pas les projets mais qui relèvent de cette catégorie.

Bonne lecture.

 

 


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affiche expo 1hbl Une exposition de faïences à la Villa de Longchamp

                                 (13-14 octobre 2018)                                

                                 Gaëtan Moisand

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Une Association s’est créée à Longchamp il y a 3 ans environ à l’initiative de quelques personnes, Longchampois de vieille souche ou de fraîche date. Son nom : Longchamp d’Antan. L’enthousiasme des créateurs de l’Association (créatrices plutôt, car ce sont des femmes qui ont pris l’initiative de la lancer) nous a plu au point que Philippe et moi y avons adhéré en début d’année 2018.

Le but de l’Association est tout d’abord  de collecter des pièces de la Faïencerie de toutes les époques, ensuite de réaliser des expositions régulières, enfin de développer un projet de création d’un musée.  

Le musée est pour l’instant un projet lointain car difficile à mettre en œuvre entre la recherche d’un local et le poids à financer de dépenses incontournables.

La collecte  des pièces se fait par achat dans des brocantes, ou sur eBay et sur le Bon Coin, mais les moyens de l’Association sont très limités, aussi cherche-t-elle à developper les dons et les prêts. Nous reviendrons en fin de cet article sur la collecte.

Quant aux expositions, l’Association en avait  déjà faites à la salle des fêtes de Longchamp, le temps d’un week-end. Avec un succès local non négligeable, nous a-t-on dit. Une nouvelle exposition étant projeté pour l’automne 2018, nous avons suggéré qu’elle ait lieu à la Villa.
Proposition retenue avec enthousiasme !

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7B34624D-7CC2-4E94-9F2B-6476D7811B6F Pour cette exposition, plusieurs thèmes furent retenues par l’Association, dont le but était de mettre en valeur les directeurs artistiques successifs  de la Faïencerie, à savoir Henri Jacquemin (1895-1934) Hélène Charbonnier Moisand (1934-1964) Robert Picault (1966-1980). Et également un décorateur occasionnel et exceptionnel, Louis Vallet, créateur du service la Guérinière (voir l’article ci-dessous).

Pour notre part, nous avons proposé que la famille prenne la responsabilité de l’une des salles, en l’occurence la grande salle à manger, pour y installer des pièces rares et uniques. Les quelques belles pièces présentes à la Villa n’auraient pas suffi. Nous avons donc sollicité le concours de quelques personnes de la famille, Dijonnais de préférence, de façon à ce que le transport de pièces précieuses ne soit pas un trop grand souci.  Tous ont répondu positivement au point de pouvoir présenter dans la grande salle à manger une collection de très belles pièces plus complète encore que celle de la cousinade de 2010..

De longue date, j’avais fait le rêve de réunir les 3 grands plats Rouennais, qu’Henri Jacquemin avait réalisés en fin de carrière (entre 1932 et 1934) et dédicacés à Hélène et Gaëtan Moisand pour 2 d’entre eux et à Paule et Henry Moisand pour le 3ème. Il faut savoir que les 2 premiers ont durablement orné l’un des murs de la salle à manger de la Villa de leur création  jusqu’à la mort d’Hélène en 1964 et qu’il paraissait assez extraordinaire de pouvoir les revoir, accompagnés du 3ème, à leur place d’origine.

C’était un rêve.. J’avais conscience qu’il serait bien difficile de faire accepter aux 3 détenteurs de ces plats de prendre le risque du transport de ces chefs-d’œuvre.

Et pourtant ils l’ont fait ! Le rêve s’est accompli ! Grâce leur soit rendue.

DSCF7426b Ce fut un beau moment d’émotion lorsqu’on les  accrocha au mur, comme si le temps était brusquement reparti en arrière, à l’époque où notre grand-mère, Hélène Moisand, présidait les grands repas dominicaux à la Villa.

L’ exposition préparée de longue date a été mise en place en quelques heures avec une belle efficacité par les  membres de l’Association et ceux de la famille qui étaient présents.

 

IMG_0548 IMG_0546 Ouverte le samedi après-midi et le dimanche, elle a connu un franc succès :  520 visiteurs sur une plage horaire assez courte de 13 heures.

 

 Nous avons de plus accueilli le lycée Henry-Moisand, qui a présenté  le travail original d’une classe de terminale Brevets Métiers d’Art. En cliquant sur ce lien, on peut voir le mini-reportage photographique réalisé par le lycée sur l’expo :  https://www.arts-design-ceramique.fr/single-post/2018/10/18/Pièces-rares

Les membres de la famille présents ont donné de leur personne pour sans cesse expliquer et raconter. Ils ont été payés en retour grâce à de belles rencontres, souvent émouvantes, avec quelques anciens de la Faïencerie et beaucoup d’enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants d’ouvriers et employés.

Quelques visiteurs ont laissé la trace de leur enchantement sur le le livre d’or de l’exposition. En voici des extraits :

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Nous revenons pour finir sur la collecte de pièces de faïences par l’Association Longchamp d’Antan.

Nous avons vu que l’Association acceptait les dons mais aussi les prêts. Cette dernière formule rencontre du succès, car les prêteurs se sentent sécurisés au cas où l’Association disparaîtrait  ou encore au cas où le prêteur changerait d’avis et voudrait récupérer la ou les pièces prêtées.

Certains membres de notre grande famille ont déjà donné ou prêté.

Pourquoi pas vous, qui avez certainement des pièces en double qui encombrent vos placards ou encore qui avez des descendants peu attirés par les faïences de Longchamp ? Dans ce cas, passez par les administrateurs du « Chardenois » qui vous mettront en contact avec l’Association ou contactez directement celle-ci par mail (longchamp.dantan@yahoo.fr) ou par téléphone (06 20 65 87 92)

Vous participerez ainsi à la sauvegarde d’un patrimoine qui certainement  vous tient à coeur.

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Philippe et moi tenons à remercier les membres de la famille qui ont participé de bon coeur à l’apport de pièces de faïence pour l’exposition : Mamie Martin qui de plus nous a aidés à répertorier les services créés ou rénovés par Hélène Moisand, Jean-Yves Martin et Guy Moisand aux collections florissantes, Daniel Moisand qui malgré des réticences bien compréhensibles est venu de loin pour apporter l’un des grands plats de Mr Jacquemin, Solange Bernard Regnaud qui a apporté un grand plat, lequel, de mémoire, ornait un mur du salon de la Villa du temps d’Hélène.
La réussite de cette exposition est le résultat d’une excellente collaboration entre la famille et l’Association Longchamp d’Antan dont nous louons l’efficacité, le sens de l’organisation et le souci de la sécurité. 
Elle tient également au cadre exceptionnel de la Villa « le Chardenois », vedette incontestée de ces journées, que ma sœur, mes frères et moi avons ouverte sans réticence pour l’enchantement des visiteurs.
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DSCF7375bbl Naissance d’un nouveau décor : le Strasbourg           
                                                    Philippe Moisand
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A l’occasion de la préparation de l’exposition dont Gaëtan vous parle par ailleurs, nous avons évoqué avec Jacqueline Damongeot la vie de l’atelier de décor au temps d’Hélène Charbonnier Moisand. Ce qui m’intéressait surtout, c’était de mieux connaître son apport personnel dans le contenu des collections et ses sources d’inspiration pour la création de nouveaux décors. J’avais gardé le souvenir que Bonne Maman (alias Hélène) s’arrêtait souvent devant les boutiques de mode pour repérer les nouvelles tendances du moment et s’en inspirer pour faire évoluer la palette de décors proposés aux clients de l’entreprise.De son côté, Jacqueline nous a raconté cette histoire d’une soupière remontée un jour dans un piteux état de la cave de la Villa, dépoussiérée, puis montrée à Hélène, sans doute pour lui suggérer de  la remettre en bonne place dans la maison. C’était une pièce d’origine italienne de forme originale et décorée avec un bouquet de fleurs et des rameaux de lierre s’échappant vers les extérieurs.

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DSCF7380b A ce stade, l’histoire ne disait pas ce qu’il était advenu de cette soupière, mais Jacqueline était formelle sur le fait qu’Hélène s’en était aussitôt emparée pour travailler sur la création d’un nouveau décor. Ce fut le Strasbourg qui intègre effectivement le bouquet et le lierre.

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DSCF7380d Coïncidence assez étrange, en même temps que je parlais avec Jacqueline, je préparais la grande salle à manger pour recevoir l’exposition, ce qui m’a amené à déplacer quelques objets, parmi lesquels se trouvait ladite soupière italienne. Imaginez la surprise de Jacqueline, et la mienne aussi, moi qui pensais que cette pièce n’était qu’un souvenir de voyage rapporté d’Italie par mes parents.

Tout cela se passait à la Villa dans la grande salle à manger sous le regard coquin d’Hélène photographiée vers l’âge de dix ans. De là à y voir beaucoup plus qu’une simple coïncidence, il n’y avait qu’un pas… que j’ai franchi assez facilement !

 

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sans titre-42d  Le chic à cheval

                                                                            Genèse du service “La Guérinière”

                                                                            Gaëtan Moisand

  

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 Il y a des gens qui aiment les chiens et qui en font la passion de leur vie,

des vieilles filles qui s’enamourent de cacatoès au plumage aveuglant,

des poètes comme Baudelaire chérissant les angoras fourrés.

Moi,  j’ai toujours eu pour le cheval un vaste et profond amour. 

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couverture c chic à cheval Ainsi commence de façon exubérante “Le chic à cheval”, un livre dont le titre prête à sourire tant il a un charme suranné. Publié en 1891,  cet ouvrage aux 300 gravures dont 50 en couleurs retrace l’histoire « pittoresque » du cheval et de l’équitation.

L’auteur ne se contente pas d’écrire le texte du livre, il en est  également le dessinateur. Louis Vallet, c’est son nom, est un aquarelliste qui se fera mieux connaître au début du XXème siècle par des dessins et aquarelles mettant en valeur la femme ; ses dessins, parfois coquins, seront publiés dans des revues telles que Frou Frou ou la Vie Parisienne.

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RC photos 026b Mais revenons au cheval : le vaste et profond amour que lui porte Louis Vallet, un autre homme le partage. Un homme dont nous connaissons déjà la passion pour le cheval et dont nous avons découvert dans un bulletin précédent sa passion pour le dessin et plus encore pour les dessins de chevaux. Un homme qui se représente volontiers à cheval dans ses propres dessins et qui se montre volontiers à cheval sur les photos prises par ses proches. Vous l’avez deviné, bien sûr, cet homme c’est Robert Charbonnier, aussi passionné par le cheval que l’était Louis Vallet.  (photo en tête de § : Robert Charbonnier sur Boy au petit galop)

Dès lors, il paraît naturel que ces deux-là, vivant à la même époque, se soient rencontrés et se soient entendus au point de faire affaire. Robert  a certainement consulté le livre de Louis Vallet dès sa parution et l’a même sans doute acheté. On peut penser que l’ auteur est devenu  un maître pour Robert et que ce dernier s’est inspiré des dessins du livre pour parfaire les siens.

Quelques temps plus tard après la parution du livre, en 1893 ou 1894, Robert prend l’initiative d’une rencontre que Louis Vallet accepte volontiers. Les deux hommes, passionnés de cheval et de dessin se comprennent tout de suite. Robert commence bien sûr l’entretien  par un éloge du livre et de son auteur. Il continue en évoquant son  rêve de créer un service de faïence dont le thème serait le cheval et ajoute qu’ il espère pouvoir réaliser ce rêve depuis qu’il a découvert le “Chic à cheval”. A condition bien sûr que son interlocuteur accepte de le suivre…

Louis Vallet n’hésite pas longtemps, la proposition lui plaît évidemment. Une fois conclu l’accord de principe,  et au-delà des considérations financières qui ont eu bien sûr leur importance,  les deux hommes, ce jour-là ou par la suite, continuent leur discussion  pour choisir le thème des dessins de façon à donner une identité bien précise au service.

CAMÉRA NUMÉRIQUE KONICA MINOLTA Le choix se porte sur La Guérinière. Un des chapitres du livre de Louis Vallet lui est consacré. Ce sera le nom du service, qui sera commercialisé à compter de 1895.

François Robichon de la Guérinière (1688-1751), après avoir obtenu son brevet d’écuyer du Roi, ouvre en 1715 une académie d’équitation, à l’emplacement de l’actuelle rue de Médicis au dos de la fontaine qui porte le même nom. C’est là qu’il va acquérir sa réputation de professeur hors pair. En 1730, il est nommé écuyer du manège royal des Tuileries.  Il écrit, en 1733,  l’ “Ecole de cavalerie” qui va devenir la bible de l’équitation pour tous les cavaliers de France et d’Europe.

Louis Vallet dans son livre écrit que la Guérinière « est le père de l’équitation actuelle. Tout ce qu’il a écrit est aussi vrai qu’il l’était de son temps ». On peut déduire de ces propos qu’au XIXème siècle, tout cavalier digne de ce nom, et notamment tout officier de cavalerie comme l’était Robert Charbonnier, a lu l’ “Ecole de cavalerie”. De là à penser que c’est ce dernier qui a été à l’initiative du choix du nom du service et du thème de celui-ci, il n’y a qu’un pas que l’on peut se permettre de franchir sans grand risque d’erreur.

Le_chic_à_chevalb___[...]Vallet_Louis_bpt6k5786767b-12 On trouve peu de gravures dans le chapitre que Louis Vallet consacre à La Guérinière. Celle qui est présentée ici ( en tête de ce §) est la seule en couleurs.

Même si elle a quelques airs de ressemblance avec les dessins du service, Louis Vallet ne la reprend pas lorsqu’il exécute les dessins de celui-ci.  On pourrait donc affirmer que Louis Vallet a créé exclusivement des originaux pour le service de Longchamp. Mais il faut reconnaitre toutefois qu’il arrive à Louis Vallet de s’inspirer, de façon plus ou moins explicite, des  gravures du livre de La Guérinière, dont l’auteur s’appelle Charles Parrocel.

Ainsi cette gravure du livre de La Guérinière qui représente une figure appelée la capriole.

« La capriole est le plus élevé et le plus parfait de tous les sauts. Lorsque le cheval est en l’air et dans une égale hauteur du devant et du derrière, il détache la ruade vivement, les jambes du derrière dans ce moment  sont l’une près de l’autre et il les allonge aussi loin qu’il lui est possible de les étendre. Les pieds de derrière dans cette action se lèvent à la hauteur de la croupe et souvent les jarrets craquent par la subite et violente extension de cette partie. Le terme de capriole est une expression italienne, que les écuyers napolitains ont donné à cet air, à cause de la ressemblance qu’il a avec celui du chevreuil, nommé en italien caprio”
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École_de_cavalerie_La_Guérinière la capriole Voici la capriole de Charles Parrocel (in « l’Ecole de Cavalerie » de La Guérinière)

DSCF2493b  … celle de Louis Vallet sur dessin aquarellé préparatoire pour le service de Longchamp

sans titre-41b  … et sur un plat long du service de la Faïencerie

 

 

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Le dessin préparatoire présenté ci-dessus n’est pas le seul à être arrivé jusqu’à nous, il y en quelques autres que nous avons découverts récemment avec une extrême surprise.

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  vDSCF2482b  voici l’un de ces dessins…   KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA   …et sa traduction sur faïence

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Autre dessin préparatoire à 3 personnages, que l’on retrouve sur ces saucières pour 2 d’entre eux..   

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Et voici d’autres décors du service pour lesquels nous n’avons pas trouvé les dessins préparatoires.

Notamment, ces 2 grands plats magnifiques :

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et ces 2 assiettes :
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 Laissons le dernier mot à François Robichon de la Guérinière.
Il semble l’avoir écrit spécialement pour commenter les superbes décors du service de Longchamp qui porte son nom :
« La grâce à cheval consiste en une posture bien droite et libre, qui vient du contrepoids du corps bien observé ; en sorte que, dans tous les mouvements que fait le cheval, le cavalier, sans déranger son assiette, conserve autant qu’il le peut un juste équilibre, cet air d’aisance et de liberté qui forme ce qu’on appelle le bel homme de cheval. »
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dévé060d Les derniers seigneurs de Longchamp

                             Philippe Moisand

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Pendant près d’un siècle, de 1868 aux années 1970, Robert Charbonnier, Gaëtan Moisand et enfin Hélène Charbonnier/Moisand et ses fils se sont succédés à la tête de l’entreprise familiale et ont régné sans partage sur le village de Longchamp. Un tout petit royaume certes, mais un royaume quand même dans lequel ils concentraient entre leurs mains le pouvoir économique au travers de l’entreprise, mais aussi le pouvoir politique au travers de la mairie et une partie du pouvoir religieux par leurs interférences dans la gestion de la paroisse et les liens privilégiés qu’il entretenaient avec les évêques de Dijon.

Longtemps, je me suis posé la question de savoir si et comment ils avaient pu concilier leurs grandes responsabilités avec les valeurs chrétiennes auxquelles ils se disaient fermement attachés. Si et comment le grand brassage d’idées suscité dès le milieu du XIXème siècle par l’irruption du capitalisme industriel et son impact sur la condition ouvrière avaient influencé leur comportement. Si et en quoi la réalité du vécu de cette petite entreprise de campagne est conforme à l’image plutôt négative de ce modèle souvent qualifié de paternaliste.

Difficile de répondre à toutes ces questions, d’autant plus que le regard porté sur une histoire couvrant près de 150 ans doit tenir compte du contexte économique et social de l’époque, lequel a profondément évolué au cours de cette période.

(Photo de titre : Robert Charbonnier à cheval devant le Château de Longchamp)

 

RC photos 002 b Lorsque Robert Charbonnier est arrivé à Longchamp avec son frère Marcel, la France était alors parsemée de ces entreprises familiales qui constituaient une partie importante de son tissu industriel. Bien souvent implantées à la campagne, elles accueillaient dans leurs ateliers la population paysanne qui commençait à devenir excédentaire et qui recherchait de meilleures conditions de vie.  C’est le capitalisme naissant de la deuxième moitié du XIXème siècle qui a pris la relève en offrant du travail à cette main d’œuvre disponible qui ne demandait qu’à en trouver.

( Photo en tête de § prise du clocher de l’église par Edouard Charbonnier vers 1895 et légendée de la main de Robert : « mon usine fume ! »)

On ne reviendra pas ici sur les difficultés rencontrées par les deux frères après le rachat de la petite tuilerie qui avait commencé d’évoluer vers la production de faïence fine. Elles vous ont été contées dans des numéros précédents. On retiendra seulement que, progressivement, Robert s’est retrouvé seul propriétaire et dirigeant de l’entreprise, qu’il n’a pas tardé à prendre également la mairie et qu’il a clairement placé ses affaires sous la protection du « bon Dieu » et de saint Antoine de Padoue, comme il le rappelle dans son testament daté de 1893.

Mais c’est dans ce qu’il a présenté comme « la suite de son testament » datée de l’année suivante qu’il expose sa doctrine sociale, visiblement inspirée du paternalisme en vogue à cette époque et validée par un dominicain de ses relations selon lequel le patron « doit être infiniment bon et, en même temps, d’une énergie indomptable ». « Lorsque les ouvriers savent qu’ils ne seront pas abandonnés dans le malheur, dans les moments critiques, dans la maladie et dans la détresse morale, ils sont tout près d’appartenir corps et âme à celui qui les dirige » ajoute-t-il lui-même. 

On ne peut pas trouver de parenté plus proche avec l’essence même du paternalisme qui repose sur l’idée que les rapports entre patrons et ouvriers doivent être régis par les règles de la vie familiale, caractérisées par l’affection réciproque, l’autorité et le respect. Cette assimilation du patron au pater familias présente l’avantage considérable de rester sur un régime bien balisé par ce qui était alors la doctrine de l’Eglise. Dieu impose au père et donc au patron l’obligation de remplir les devoirs de la paternité aussi bien du point de vue matériel que spirituel.

lgchp 1b Il serait cependant très réducteur de s’en tenir à ces quelques extraits du testament de Robert Charbonnier. Mais on dispose hélas de peu d’éléments pour retracer ici tout ce qu’il a pu apporter à ses employés et administrés. Au moins sait-on :

-       qu’il a créé en 1882 une Société de secours mutuel destinée à venir en aide aux malades et aux plus démunis ; et

-       qu’il a fait construire une école (aux frais de l’entreprise ou de la municipalité ?) dont le fonctionnement a été confié à des religieuses et qui porte toujours à son fronton républicain la devise de l’époque « Foi, Espérance, Charité ».        

Mais force est de constater qu’il n’appartenait pas à la génération apte à s’approprier l’esprit de l’Encyclique de Léon XIII ou qu’à tout le moins il n’eut pas le temps de le faire.

(carte postale d’époque, en tête de §)

 

moisand 3gm29 Avec Gaëtan Moisand qui prend la relève vers 1912, on franchit une étape importante. Il conserve tous les attributs du pouvoir (entreprise, mairie, religion) dont disposait son beau-père, mais à la différence de ce dernier, il a eu le temps de s’imprégner des enseignements de l’Encyclique Rerum Novarum signée par le pape Léon XIII en 1891 et considérée depuis comme la base de la doctrine sociale de l’Eglise. A quoi il faut ajouter son implication très forte dans la défense de l’Eglise catholique depuis la loi de séparation de 1905 qui l’a tant affecté, d’abord en tant que membre de la Société des conférenciers populaires lorsqu’il était encore parisien, puis en tant que conférencier de la FNC qui lui donna l’occasion de porter la bonne parole dans toute la Côte d’Or en compagnie du chanoine Kir, lequel fut plus tard maire de Dijon et donna son nom au fameux vin blanc cassis.

(photo en tête de § : Gaëtan à Longchamp en1930)

C’est en 1929, à l’occasion de la visite à Longchamp de Mgr Petit de Julleville, que Gaëtan expose à la fois sa philosophie et les applications pratiques qui en découlent.

Au chapitre des idées, il rappelle qu’au temps d’Albert de Mun, « on se contentait d’essayer d’être vraiment chrétien. Aujourd’hui, nous continuons de dire : nous sommes chrétiens. Nos œuvres portent toutes le sceau de l’Encyclique fameuse de Léon XIII sur la condition des ouvriers ». A quoi il ajoute que « l’Eglise ne nous enseigne pas seulement de donner, mais aussi de nous donner ». Car « l’oeuvre, si belle soit-elle, qui ne comportera pas le don de soi ne sera pas une oeuvre chrétienne ».

lgchp 9b Au chapitre des réalisations, il indique « qu’ici (à Longchamp),

-       nous luttons contre la maladie par notre Société de secours mutuel ;

-       nous luttons contre le taudis par la création et le développement de nos cités ouvrières ;

-       nous luttons contre le gaspillage par l’école ménagère qui enseigne aux jeunes filles l’économie domestique ;

-       nous luttons contre l’ennui par les patronages, les jeux en commun, les comédies, le cinéma ».

Il aurait pu citer aussi la Fanfare municipale et la Chorale.

Pas de doute, on se situe bien dans le droit fil de Rerum Novarum. Mais on se doit à la vérité de dire qu’il manque dans la doctrine de Gaëtan un élément important figurant dans l’Encyclique : la coopération entre patrons et ouvriers pour la fixation des salaires et la création « d’institutions diverses qui ont pour but de secourir les ouvriers, ainsi que leurs veuves et leurs orphelins ». Au contraire, l’impression qui prévaut est que tout ce qui est mis en place dépend de la bonne volonté du patron, totalement libre de fixer la limite des efforts financiers qu’il est prêt à consentir au bénéfice de ses employés. Gaëtan n’en était pas encore venu au dialogue social devenu aujourd’hui incontournable.

Dans ce contexte, comment aurait-il pu imaginer que les revendications sociales de 1936 et l’arrivée au pouvoir du Front populaire allaient atteindre de plein fouet son petit royaume qu’il pensait avoir mis à l’abri de toutes ces vicissitudes ? Ce fut pour lui une rude épreuve dont il ne se remettra pas ; d’autant plus qu’il devra subir, quelques années plus tard comme tous les Français l’humiliation  de la débâcle de 1940, puis la maladie en 1941 qui l’obligera à passer la main.

Sans doute n’avait-il pas vu venir les limites de son entreprise pourtant lancée avec les meilleures intentions du monde et dans le respect des enseignements de l’Eglise. On sait aujourd’hui pourquoi : tout bien traités qu’ils l’aient été, il manquait aux ouvriers une composante essentielle de leur condition humaine : la liberté. L’histoire du Familistère Godin à Guise dans l’Aisne, fondée sur les mêmes principes, bien que d’essence philosophique très différente, a conduit au même rejet.

 

hlnecm006 A la Libération, les cartes ont été sérieusement rebattues. Tout était à refaire au plan économique et social dans un pays sinistré par des années de guerre et d’occupation. Et le pouvoir longchampois, pour ce qu’il en restait, se trouvait désormais partagé entre Hélène Charbonnier/Moisand et ses deux fils Henry et Robert. 

(photo en tête de § : Hélène en 1952)

Aucun d’entre eux n’a laissé de trace écrite de sa vision personnelle non plus d’ailleurs que de l’existence d’un consensus tendant à prolonger ensemble l’œuvre entreprise par leurs prédécesseurs. Il est certes probable qu’il y eut des discussions informelles entre eux, mais il me semble que chacun a œuvré dans le cadre de ses responsabilités, Hélène en tant que Présidente de la Société, Henri en tant que directeur général et maire de Longchamp, Robert en tant que directeur technique naturellement proche des ouvriers et de leurs préoccupations.

Dans ce contexte nouveau, la vision sociale de Gaëtan n’a pas été abandonnée, bien au contraire. La reine Hélène a continué de régner sur l’atelier de décor dont elle avait pris la charge au départ de M. Jacquemin et conservé toutes ses prérogatives dans la gestion paroissiale, au travers notamment de la chorale ; Henry consultait régulièrement un dominicain pour réfléchir avec lui sur le meilleur moyen de concilier ses fonctions de direction avec la doctrine sociale de l’Eglise et Robert s’efforçait de transcrire dans sa gestion du personnel tout ce qu’il avait appris pendant l’occupation aux Chantiers de jeunesse. 

Mais il a bien fallu s’adapter à l’évolution de la société et à la prise en charge par l’Etat de tâches que les entreprises les plus avancées socialement avaient jusques là assumées, notamment dans le domaine de la couverture maladie, chômage et retraite des employés. Il est probable par exemple que la Société de secours mutuel créée en 1882 ait disparu à cette époque. De même les cités ouvrières n’ont pas été développées ; elles ont d’ailleurs fini par être vendues à leurs occupants, à des prix très raisonnables.

Mais on a vu aussi se mettre en place d’autres dispositifs ciblés sur de nouveaux avantages sociaux. A titre d’exemple, les colonies de vacances organisées par l’entreprise, à Samoëns pour les filles et à Saint Paul en Chablais pour les garçons. Egalement la construction du stade et du terrain de football mis à la disposition des Longchampois et du tout nouveau Centre d’apprentissage, mais aussi la cantine pour les employés domiciliés dans les communes voisines, la rénovation du cinéma qui a permis l’organisation de deux séances par semaine avec une programmation digne de celle des villes environnantes.

Et surtout les deux grandes réalisations de l’après-guerre qui n’ont été possibles qu’avec le soutien et l’apport de la famille et de l’entreprise:

-       le lancement du Centre d’apprentissage de la Céramique, installé dans les locaux de l’entreprise et, pour l’internat, dans le château des Chartreux, dont la société familiale a fait don à l’Education Nationale; et

-       la construction de l’école des filles, certes initiée et financée par la municipalité, mais sans doute grâce aux impôts locaux (la fameuse contribution des patentes aujourd’hui disparue) mis à la charge de l’entreprise.

A quoi on peut ajouter le souci constant de ne jamais laisser quiconque sur le bord du chemin et de toujours trouver un emploi pour ceux des Longchampois qui se trouvaient dans le besoin.

 Mais il faut admettre que les importants changements économiques et sociaux intervenus pendant les « Trente Glorieuses » ont complètement changé la donne. Lourdement chargées du poids grandissant des cotisations sociales, les entreprises ont vu leurs marges bénéficiaires se rétrécir comme une peau de chagrin, tout particulièrement à Longchamp en raison du poids de la main d’œuvre dans la fabrication des produits. Et puis Hélène est décédée en 1964, Henry a pris sa retraite et quitté la mairie. Robert resta finalement seul aux commandes, tout occupé à la gestion de l’entreprise et peu enclin à viser la mairie et le contrôle de la paroisse ; il dut finalement se résigner, avec l’assentiment de ses frères encore actionnaires, à céder l’entreprise à un tiers. La famille avait perdu tous les leviers de commande; le petit royaume avait vécu.

 

Quelles leçons peut-on tirer de cette longue histoire brièvement racontée ici ?  Tout d’abord que nos ancêtres (et nous-mêmes par contrecoup) ont certainement bénéficié d’une situation privilégiée du fait de leur position dominante dans le village. Mais aussi qu’ils ont toujours eu à cœur d’améliorer les conditions de vie de leurs employés. Les moyens utilisés ont tendance à faire sourire aujourd’hui et il faut bien reconnaître qu’il y a du vrai dans les critiques adressées au modèle « paternaliste » auxquels ils sont attachés, car on ne peut pas nier que cette petite société villageoise a eu pendant longtemps un côté féodal conduisant la population locale à faire en quelque sorte allégeance au seigneur du lieu.

Faut-il pour autant condamner ce qui a été fait ? L’évolution des mœurs, des idées et des institutions a certes permis d’offrir progressivement une plus grande liberté à la population dans notre pays, conformément à ses aspirations. Mais le transfert à l’Etat ou à ses propres institutions de ce qui était auparavant assumé par les « possédants » rencontre aujourd’hui ses limites. La mauvaise gestion par l’Etat du nouveau système de solidarité l’a quelque peu décrédibilisé auprès des employés et c’est bien lui aujourd’hui et les « puissants » qui le gèrent qui se trouvent cloués au pilori. Serait-il tout simplement utopique de penser qu’il existe un modèle social idéal ?

 Je le pense sincèrement et c’est sans doute à l’aune du souvenir et de la trace qu’ont laissées nos ancêtres dans l’estime de la population qu’on peut aujourd’hui tenter de  les juger. « Votre famille a certes été critiquée, mais elle n’a jamais été haïe », m’a confié un jour un vieux Longchampois. Je ne crois pas qu’il ait pu me faire un plus beau compliment, que je vous propose de partager aujourd’hui avec moi.

 

 

 

 

 

 

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DSCF4691b Régis Penneçot, notre menuisier à Notre-Dame

Quand la reconstruction du balcon de la Villa mène à celle de Notre-Dame !!!

Philippe et Gaëtan Moisand

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regis-pennecot Régis Penneçot, menuisier, est le descendant d’une longue lignée (9ème génération !) d’une entreprise familiale crée en 1806 à Varanges  en Côte-d’Or. Il est par ailleurs président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de la Côte-d’Or.

Il y a tout juste un an, lui et son équipe ont reconstruit intégralement l’un des balcons de la Villa qui menaçait ruine, en respectant le dessin du précédent. (voir photo de titre)

Régis Penneçot vient d’être nommé (15 mai 2019) coordinateur national du réseau des CMA dans le dispositif «Chantiers de France» créé à la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris pour rebâtir la cathédrale et, au-delà, participer à la rénovation du patrimoine français.

Nous sommes très impressionnés d’apprendre que notre constructeur de balcon est l’un des futurs (re)bâtisseurs de la cathédrale et lui souhaitons bonne chance.

IMG_1007 Qu’un représentant du métier du bois soit présent sur le futur chantier apaisera peut-être les craintes de ceux de nos lecteurs qui ont quelques inquiétudes sur la tournure que pourrait prendre la reconstruction de Notre-Dame. (photo prise du clocher de l’église Saint-Gervais – mai 2019)

 

Voici le communiqué de presse relatif à cette nomination :

Alors que le ministère du Travail a nommé Michel Guisembert, président du Comité français des Olympiades des métiers, référent du projet national «Chantiers de France», le réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat désigne ce jour Régis Penneçot, président de la CMA de la Côte-d’Or et trésorier de CMA France, représentant national du réseau.

Régis Penneçot, maître artisan, dirige une entreprise de menuiserie située à Varanges en Côte-d’Or. Il s’agit de l’entreprise familiale fondée en 1806 et transmise de père en fils depuis neuf générations. Une entreprise qu’il a reprise en 1996 et qui compte aujourd’hui huit salariés et deux apprentis. L’entreprise travaille régulièrement pour les monuments historiques, ce qui l’amène à intervenir sur de très nombreux chantiers de rénovation de sites patrimoniaux remarquables : Hospices de Beaune, églises classées, édifices du secteur sauvegardé de la ville de Dijon…
De par son expérience, son engagement au service de l’excellence artisanale et son expertise fine de la restauration du bâti ancien, CMA France sait pouvoir compter sur ses compétences pour remplir cette fonction et mener à bien cette mission.

Le 18 avril, Bernard Stalter, président du réseau national des CMA, avait présenté au Gouvernement une série de propositions destinées à permettre l’accès aux marchés de restauration du patrimoine pour les artisans, à sensibiliser et orienter les jeunes vers les métiers de bâtisseurs, à recruter et à former la prochaine génération – en triplant le nombre de places en apprentissage – et à créer un «Erasmus des bâtisseurs».
Autant de propositions du réseau des CMA qui ont reçu un accueil positif et que Bernard Stalter et Régis Penneçot auront à cœur de défendre pour qu’elles aboutissent.

Le réseau des CMA, fort de cent-douze CFA, est à pied d’œuvre pour apporter son soutien et contribuer à ce chantier d’envergure d’une forte portée symbolique. En complément du coordinateur national qui vient d’être nommé, un interlocuteur privilégié sera identifié dans chaque région pour travailler avec les Conseils régionaux et ainsi encourager la formation professionnelle et tout particulièrement l’apprentissage sur l’ensemble du territoire.

Communiqué de la Chambre des métiers et de l’artisanat

Bulletin n°18 ** décembre 2017 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

  dévé074c  Edito                                                

                                                 Philippe Moisand

 

Cette photo des deux lavandières vous donne déjà une première idée des talents de photographe dont Charles Bercioux a fait preuve et que Gaëtan nous révèle un peu plus en détail dans l’article qu’il lui a consacré. Cet artiste polyvalent n’était pas un inconnu pour nos lecteurs, mais il prend aujourd’hui une dimension nouvelle, non seulement avec l’article de Gaëtan, mais aussi par la révélation faite par Geneviève et Daniel qu’il est bien le père de Caroline. Le suspect n°1 a fini par passer aux aveux.

 

On peut même dire qu’il tient complètement la vedette de ce numéro 18 puisqu’il apparaît désormais comme le plus proche ancêtre commun des cousins Moisand, Charbonnier et Dévé que nous avons réunis à Longchamp à la mi septembre pour une mini cousinade dont je vous fais un bref compte rendu. La lecture de l’article que François Dévé consacre à son grand père Charles vous apprend en effet qu’il a épousé Alexandrine, la propre fille de Charles Bercioux et de Claire Charbonnier.

 

Vous avez maintenant en main tous les éléments nécessaires pour comprendre comment Charles Bercioux pouvait être à la fois le beau-frère et le beau-père de Robert Charbonnier. Si vous avez trouvé la réponse, soyez les premiers à nous la communiquer dans vos commentaires; vous aurez peut-être la chance de gagner le prix attribuable au premier qui nous adressera la bonne explication.

Mais là s’arrête l’intrusion inattendue et pour le moins envahissante de Charles B dans notre Bulletin; ne cherchez pas le lien qui pourrait exister entre lui et les catalogues de la Faïencerie dont vous parle Gaëtan, vous perdriez votre temps. Profitez plutôt tout simplement de la lecture de tous les articles qui composent ce numéro. Et garder l’espoir qu’un jour prochain, Geneviève et Daniel pourront aussi nous dévoiler le nom de la mère de Caroline dont la véritable identité reste toujours un mystère.

(photo de titre :  lavandières à Longchamp – photo de Charles Bercioux, 1900)

 

 

 

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DSC_0797blog Une mini cousinade élargie (16/17 septembre 2017)

                                              Philippe Moisand

 

L’oxymore (rapprochement de deux mots en apparence contradictoires) est aujourd’hui très branché. En voilà un nouvel exemple avec cette cousinade que nous avons voulu élargir aux Charbonnier et aux Dévé, tous descendants comme nous de Victor Charbonnier, (et aussi, qui l’eut cru ? de Charles Bercioux), tout en restant dans des limites quantitatives raisonnables en comparaison de la mémorable « grand messe » de 2010.

Et voilà comment une cousinade peut en même temps (comme dirait Macron) être élargie et rétrécie !

C’est en fait au souhait exprimé par nos « nouveaux » cousins  Charbonnier et Dévé  (voir les précédents numéros du Chardenois) de renouer les liens qui les attachent à Longchamp et Salins que nous avons voulu répondre en organisant cette manifestation. Entreprise difficile tant l’eau a coulé sous les ponts de l’Arnison depuis le temps lointain où vivaient nos ancêtres communs, où Robert Charbonnier habitait le Chalet avec sa famille et où Charles Bercioux venait régulièrement en villégiature avec son épouse Claire, la sœur de Robert, dans leur maison du Breuil. Mais entreprise couronnée de succès, si je peux me permettre de nous décerner ce certificat d’autosatisfaction.

dévé001bb Nous étions une petite cinquantaine de participants, équitablement répartis entre les Moisand d’une part, les Charbonnier et Dévé d’autre part, qui ne nous connaissions pas auparavant, à quelques rares exceptions près. La visite du Lycée Henry Moisand, suivie d’une courte halte au pavillon du Breuil et surtout du pique-nique à la Villa ont permis de constater que la mayonnaise avait pris très rapidement. L’après- midi a filé comme un éclair, partagé entre conversations très conviviales, visite de la Villa et surtout séance d’un diaporama inédit,  préparé spécialement pour cette occasion par Gaëtan, qui a ravivé de nombreux souvenirs et aussi permis de découvrir les talents de photographe de Charles Bercioux.

photo en tête de § : le pavillon du Breuil vers 1900 – voir ci-dessous l’article sur Charles Bercioux, photographe à propos de ce pavillon

DSC_0863 b La journée ne pouvait pas se terminer sans le dîner de gala installé dans le hall et le fumoir, précédé d’un cocktail dans la grande salle à manger. Ambiance très festive,  prolongée par quelques discours et la remise par Béatrice, fille de Françoise Dévé, d’une petite statuette signée Henriette Bos, soeur d’Edouard Charbonnier et d’Hélène Charbonnier Moisand, qui désormais trônera (le mot n’est pas inapproprié si on veut bien se souvenir des opinions farouchement monarchistes de l’auteur)  en bonne place à la Villa.

Le lendemain, toute la troupe s’est déplacée vers Salins où Alain Charbonnier, fils de Pierre et petit fils d’Edouard, a eu le plaisir de coucher dans sa chambre d’enfant, la maison familiale de l’époque étant aujourd’hui transformée en hôtel. La visite de la Grande Saline nous a permis de nous abriter d’une pluie persistante, mais celle-ci a eu finalement le dernier mot à la Saline toute proche d’Arc et Senans, où nous avons décidé une dispersion en bon ordre, sans que toutefois n’en soit altérée la bonne humeur des participants réfugiés dans le bistrot du coin.

Pour finir ce rapide compte rendu, je ne résiste pas au plaisir de vous citer des extraits de quelques-unes des nombreuses lettres de remerciements que nous avons reçues :

« Nous voici désormais bien agréablement reliés, ce qui était le souhait profond » (Françoise Dévé).

« Avec un grand merci pour ce week end fort apprécié de toute la branche Charbonnier » (Alain Charbonnier).

« Je n’ose pas vous dire : recommencez un jour ou l’autre » (Marie Hélène Duffour Froissart).  

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On y pense, Mylène, on y pense…

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091c LE COIN DES ANCÊTRES

                            Destins et anecdotes

 

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous tenons cette rubrique depuis le  bulletin n° 15.

Après avoir retracé la vie du capitaine Dumas, celles de Charles Bercioux et de Victor Charbonnier dans les trois précédents bulletins,  Geneviève laisse ici la place  à François Dévé qui évoque  la vie de son grand-père Charles Dévé, ancêtre commun à la branche Dévé.

Marié à Alexandrine Bercioux, fille de Claire Charbonnier et de Charles Bercioux, nièce de Robert Charbonnier, Charles Dévé et sa branche descendante sont de ce fait  proches des branches Charbonnier et Moisand.

Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

 

 

 

??????????????????????????????? Charles Dévé (1861-1945)

                            François Dévé

 

 

Charles Dévé est né à Paris en 1861.

Son père Eugène (le peintre) avait fait la campagne de Crimée comme trésorier-payeur aux armées, il en ramena un grand nombre de dessins. Très artiste, il fit de la peinture et devint l’ami de Corot, ses tableaux sont pour l’essentiel des paysages de Normandie. Sa femme, Agathe Roisin, était son élève, c’était une femme de tête, lui était plutôt bohème. Ils eurent deux fils : Charles et Emile. 

2017-12-01 22.58.55 Charles entra à l’école Polytechnique en 1881, son frère le suivit 6 ans plus tard. 

Charles suivit les cours de l’Ecole d’Artillerie à Fontainebleau, d’où il sortit lieutenant en 1885.

La famille Dévé allait souvent en vacances dans une maison qu’elle louait à proximité de la propriété des Bercioux à Montfort l’Amaury. Charles-Marie Bercioux et Claire Charbonnier avait trois enfants  : Alexandrine (née en 1870), Eugène (né en 1873) et André (mort à 4 ans).

Très tôt, la jeune Alexandrine avait remarqué Charles, elle fut comblée quand sa mère lui annonça que Mme Dévé la demandait en mariage pour son fils Charles. Nous sommes en 1892… 

dévé040blog Max naîtra en 1893 et Fernand en 1895.  

Ils vinrent souvent en vacances à Longchamp jouer avec leurs nombreux cousins et cousines.

En 1895, Charles alors capitaine fut affecté à l’Atelier de construction de Puteaux, où il eut à fonder l’Atelier d’optique. A cette époque, les Français prennent conscience que les Allemands sont très en avance dans l’industrie optique (Carl Zeiss). L’Etat-Major mit des équipes et des ressources importantes pour combler ce retard. C’est dans ce cadre que Charles mit au point divers instruments, en particulier le fameux collimateur du canon 75. Il  y réalisa le télémètre à dépression pour batteries de côte qui porte son nom.

Ch.Dévé 1916 b A la veille de la Grande Guerre il était en charge de l’arsenal de Tarbes. Il est lieutenant-colonel en 1914, en charge de l’inspection des pièces d’artillerie. En 1916, en poste sur la Somme, il est nommé colonel.

 A l’issue de la guerre de 14-18, il fut affecté à la Direction des recherches et inventions. A partir de 1919, il consacra toutes ses forces à la création, puis au développement de l’Institut d’Optique, avec le rang de directeur, qu’il conserva jusqu’en  1936. Avec son directeur général et ami Charles Fabry, il se dévoua, tout en poursuivant ses travaux  personnels, à l’organisation et à l’administration de la maison, tâche particulièrement ardue au cours des premières années  où tout manquait : le matériel, l’argent et l’expérience. Dés la 1ére année, il créa l’enseignement professionnel destiné à la formation d’ouvriers qualifiés, qui devait par la suite prendre un beau développement, puisque le petit atelier du boulevard Montparnasse, qui débutait avec un moniteur et quelques élèves, est devenu l’Ecole des métiers de l’optique, école d’Etat.

J’emprunte au physicien français, son ami, Albert Arnulf, responsable du laboratoire de recherche de l’institut d’optique qui a bien connu mon grand-père les mots qui suivent :

 « De hautes qualités morales, de modestie, de droiture et de conseils, s’alliant chez lui à une extrême bienveillance et à une humeur toujours égale et souriante. Ses amitiés, réfléchies, étaient définitives. » 

Mes grands-parents Charles et Alexandrine, au dire de mon père, Max, formaient un couple exceptionnel, toujours très accueillant. Durant l’occupation, ils résidèrent chez leur fils Fernand et sa femme tante Bali (Jeanne-Marie, née Lacrouste), leurs enfants : Nicole et Jean-Charles, dans une maison, située quartier du point du jour à Lyon, Max et notre mère Odette (née Dufresnes), leurs enfants résidant quelques mois, dans une maison voisine.

001b  C’est ainsi qu’en 1942, ils purent célébrer leurs noces d’or, entourés de leurs enfants et nombreux petits entants.

A la fin de la guerre, ils retournèrent à Paris pour quelques mois, s’installant rue Cler

 Fin 1945, Alexandrine ferma les yeux de son mari, et le suivit dans la tombe quelques mois plus tard.

 

 

 

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Photo Caroline-1  Le mystère Caroline

                               Geneviève et Daniel Moisand

Caroline Glaçon-Bugny née le 23 mars 1853 à Paris et baptisée le 2 avril 1853

Mariée le 23 septembre 1871 à Paris avec Robert Charbonnier (1846-1905)

5 enfants ( + 1 décédé en bas âge)  : Juliette, Henriette, René, Edouard, Hélène

Décédée le 10 octobre 1935 à Longchamp, à l’âge de 82 ans

 

L’histoire de notre ancêtre Caroline intrigue depuis toujours. Nous aimons en effet savoir qui sont nos ancêtres, ces gens qui nous ont façonnés, grâce à qui nous sommes là et les personnes que justement nous n’arrivons pas à cerner sont celles qui nous fascinent le plus et laissent libre cours à notre imagination.

Or la naissance et l’adolescence de Caroline sont entourées de nébuleuses difficiles, sinon impossibles à démêler.

Certes, nous avons les traditions orales familiales, qui sont à prendre en considération, mais avec un certain recul.

Ainsi, il est admis par tous les descendants, quelle que soit la branche de la famille, descendants directs, soit par Hélène (branche Moisand), soit par Edouard (branche Charbonnier), ou également descendants de Charles Bercioux et Claire Charbonnier (branche Dévé) que Caroline est la fille naturelle de Charles Bercioux.  Si aucun acte ne peut en établir la preuve formelle, les faits que nous allons décrire concordent en ce sens.

La vie de Caroline enfant, puis adolescente, ne peut être étudiée qu’à partir de témoignages oraux. Hélène rapportait à ses propres filles que Caroline avait passé ses 1ères années placée chez un jardinier ; ce souvenir ne peut provenir que de Caroline elle-même et s’il n’existe aucun document qui le prouve, difficile de le remettre en question, de ne pas l’admettre, connaissant le caractère d’Hélène qui ne prêtait guère à des interprétations romantiques ; de même pour son adolescence chez Charles Bercioux, rue Cler à Paris et villa des Tours à Montfort-l’Amaury.

DSC_2197c En acceptant le principe que le père est bien Charles Bercioux, une question se pose, qui est la mère presque perpétuellement absente ? Presque, car Caroline, née de père officiellement inconnu, a pour état-civil le nom de famille de celle qui l’a, elle, officiellement reconnue à la naissance, Joséphine Glaçon-Bugny. (photo en tête de ce § : portrait de C. Bercioux jeune)

Mais nous allons voir que l’acte de naissance, bien qu’intégré dans les registres de l’état-civil, est plus que sujet à caution, comportant des erreurs et omissions importantes et que,  de plus, il a été rédigé … 11 ans après la naissance de Caroline !

En dehors des traditions orales qui se sont perpétuées, nous nous sommes acharnés à rechercher des actes authentiques qui pourraient étayer les faits, soit :

-        Etat-civil de la ville de Paris, mais, une 1ère et importante difficulté : l’incendie de l’Hôtel de Ville en 1871 qui a détruit la plus grosse partie de cet état-civil, lequel a dû être reconstitué, du moins dans la mesure du possible et demeure très incomplet.

-        Dépouillement des actes des officiers ministériels, juges de paix en particulier, partant du principe qu’en l’absence de père, il  aurait dû y avoir conseil de famille, or, au 19ème siècle, cela dépendait des juges de paix – opération longue et fastidieuse, compte-tenu du nombre de juges de paix sur Paris et les autres villes auxquelles des indices nous ramenaient – ces documents, pas toujours complets, sont entreposés dans les Archives Départementales.

-        Dépouillement systématique de tous les actes notariés de l’étude de Me Morel d’Arleux et de son successeur Harly-Perraud à Paris. Cette étude  a en effet établi tous les actes des familles Couad (mère de Charles Bercioux) et Bercioux, et ce dès 1832.

C’est en effet la date du décès du père de Charles  Bercioux, et il nous a paru important de cerner au mieux l’étendue de son patrimoine, qui explique une grande partie de sa vie.

Ces actes sont conservés au Caran (Archives Nationales) à Paris et regroupés dans des cartons qui couvrent environ 1 mois d’activité chacun – il n’existe malheureusement pas de répertoire

 

Photo 012 bbbb Quels sont les actes importants que nous avons retrouvés :

 

1/ Joséphine : Née en 1815 de Pierre Glaçon, toiseur, et d’Alexandrine de Bugny, fille d’un aubergiste du Nord de la France. Elle est légitimée 2 ans plus tard  par l’acte de mariage de ses parents  qui légitime également son patronyme, Glaçon-Bugny.

Elle épouse Joseph Perraud, correcteur d’imprimerie, vers 1836 et l’état-civil reconstitué nous apprend qu’elle aura 3 enfants entre 1838 et 1841.

Elle meurt en octobre 1864, à Vincennes, l’acte de décès révèle qu’elle est séparée de son mari depuis au moins 10 ans, selon les témoins, et qu’elle est dans une situation d’indigence.

 

2/ la naissance de Caroline : L’acte de naissance de Caroline stipule que sa mère est Joséphine Glaçon-Bugny, âgée de 28 ans – or, en réalité, elle en a 38… et on ne mentionne pas le père de l’enfant ni  non plus le fait qu’elle est mariée. La naissance est censée avoir lieu au domicile de la mère de Joséphine, Alexandrine, place des Trois Maries à Parie. Cette place a maintenant disparu, elle était à l’emplacement actuel de la Samaritaine et la Belle Jardinière. C’était, à l’époque, un quartier très populaire.

Mais, le plus troublant de cet acte est qu’il a été rédigé et introduit dans l’état-civil  en 1864, soit 11 ans plus tard et, curieusement, 15 jours avant la date du décès de Joséphine.

 Cet acte est toutefois corroboré par un autre également retrouvé, le baptême, à Saint-Eustache le 2 avril 1853. Le parrain est Charles-Emile Duquesnel, avocat à la Cour et condisciple de Charles Bercioux à la Faculté. La marraine est la grand-mère, Alexandrine de Bugny ; ce qui laisse à supposer que même si l’acte de naissance a été trafiqué, Caroline est bien née aux lieu et date stipulés et que Charles et Joséphine y ont joué un rôle « essentiel ».

 

3/ On ne retrouve aucun acte portant sur Caroline, pendant son enfance et adolescence. Tous les actes retrouvés entre la naissance de Caroline et son contrat de mariage en 1871 sont afférents à Charles Bercioux qui indique, jusqu’en 1858, dans son état-civil sa profession d’avocat, puis ensuite simplement qu’il est « propriétaire ».

Comme déjà écrit dans l’article qui lui a été consacré dans le Chardenois, Charles Bercioux perd son père très jeune, puis sa mère, et il va jouir d’une fortune considérable qui lui permettra, entre autres, d’acheter successivement une propriété à Montfort-l’Amaury et les immeubles de la rue Cler où vivra Caroline.

 

4/ le contrat de mariage de Caroline : ce contrat est signé le 22 septembre 1871, suite à la réunion d’un Conseil de famille le 12.

Ce Conseil est composé, côté paternel, de Charles Bercioux, son frère et son cousin, et du côté maternel, de 3 amis de Charles Bercioux ! Il s’agit bien du 1er et unique Conseil de famille. Le juge  en accepte sans broncher la composition et Charles Bercioux, en sa qualité de tuteur de fait (nommé par qui ?) obtient l’approbation du projet de mariage avec Robert Charbonnier, son beau-frère, et mandat pour signer le contrat de mariage.

Il va constituer dans ce contrat une dot pour Caroline, à peu près équivalente à l’apport de Robert (copropriétaire avec son frère Marcel de l’usine de Longchamp achetée en 1868).

 

Notre interprétation des faits :

 

A la lecture des nombreux documents, auxquels s’ajoute ce qui nous est parvenu oralement au travers des générations, il ne semble effectivement pas faire de doute que Charles  est bien le père de Caroline.

Il la prend totalement en charge à partir au moins du courant des années 1860, la dote, l’aide financièrement encore plus tard (l’argent qui a servi à Robert pour racheter l’usine à partir de 1886 vient de lui), dons importants qui conduisent Robert, dans son 2ème testament, peu avant de décéder, en 1904, à mettre en garde Caroline contre un recours possible des enfants « officiels » de Charles Bercioux, les dons reçus de ce dernier pouvant avoir excédé la quotité disponible.

 Toutefois, s’il se conduit en père, il ne la reconnaitra jamais. Son mariage avec Claire en 1866 peut être une explication. En effet, il lui faut bien alors mettre les choses au point car Caroline vit avec lui. Nous pensons que Claire accepte la situation à une condition, c’est que Caroline ne puisse jamais disputer l’héritage de son père à ses demi-frères et sœurs à venir.

 Mais  si on trouve facilement une explication à compter de l’adolescence de Caroline, pourquoi ne pas l’avoir reconnue à sa naissance ? Charles Bercioux, célibataire,  peut vouloir éviter à sa mère, toujours vivante, ce qui serait considéré comme un scandale dans le milieu qu’ils fréquentent. Peut-être même est-ce sa mère elle-même qui, souhaitant protéger son avenir (il n’a qu’une trentaine d’années) le persuade de n’en rien faire.

Ajoutons à cela, pour en terminer avec l’ascendance « paternelle » de Caroline que sa filiation avec Charles Bercioux semblait parfaitement claire pour les témoins de l’époque, à preuve, outre le testament de Robert déjà mentionné, une lettre de Marcel Charbonnier (frère de Robert et Claire) adressée à Caroline, non datée mais manifestement écrite dans les années 1910, où il lui parle sans ambiguïté de son père, Charles Bercioux…

 Mais si Charles est bien le père de Caroline, qui est sa mère ?

Comme on l’a vu, les quelques documents sont sujets à caution, un acte de naissance truqué, un conseil de famille « arrangé », rien donc qui puisse fournir une preuve formelle, simplement des hypothèses et, finalement, une interprétation qui peut considérablement varier suivant les personnes.

Bien qu’ayant recherché ensemble et étudié les mêmes éléments, nous aboutissons en effet avec Geneviève à 2 hypothèses très différentes. Aux lecteurs de faire leur choix… ou d’en trouver d’autres.

 

RC photos 053 Hypothèse de Daniel :

 Beaucoup d’hypothèses ont été émises, ne reposant sur rien, sinon peut-être la beauté de la situation : Joséphine aurait été engagée comme prête-nom et ce serait en fait une jeune femme de bonne famille qui serait la mère. Certains l’imaginent noble, d’autres italienne (les deux ne sont pas incompatibles), qu’importe.

Il est vrai que de telles situations ont pu se rencontrer au 19 ème siècle, la jeune femme en question aurait accouché clandestinement et Charles Bercioux, homme d’honneur, aurait fait le nécessaire vis-à-vis de l’enfant. 

Mon intime conviction (voilà qui devrait plaire à mes cousins avocats) est que la vérité est bien plus simple et que Joséphine est bien la mère de Caroline. C’est une femme de petite condition, qui pourrait se retrouver au service de Charles Bercioux et de là un accident peut arriver …

Comme déjà vu, son acte de décès en 1864 stipule qu’elle est séparée de son mari depuis au moins 10 ans, c’est-à-dire depuis au moins la naissance de Caroline. Ce dernier n’a certainement pas accepté la situation, d’où la séparation.

Charles Bercioux financerait alors la mise en pension  de Caroline, mais, 10 ans plus tard, le décès proche de Joséphine va remettre tout en question car Caroline alors dépendrait de son père putatif, Joseph Perraud. Il n’y a en effet jamais eu de divorce, ce que ne peut accepter Charles.

Avec ses amis du Barreau, il reconstituerait alors l’acte de naissance en brouillant les cartes, aucune allusion au mari, rajeunissement de Joséphine. Cet acte sera substitué à celui d’origine, n’oublions pas que nous sommes au 19 ème siècle et que beaucoup de choses sont possibles, l’Administration n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui … Puis, après le décès de Joséphine, il assume (sa propre mère est alors décédée elle aussi) et prend Caroline avec lui, mais le mariage avec Claire l’empêchera d’aller jusqu’au bout, la reconnaissance de paternité.

Ce type de manipulation se répètera comme déjà vu avec le Conseil de famille !

Je sais que mon hypothèse n’est pas très attrayante, une personne de haute condition ferait mieux dans notre tableau familial, mais, après des mois, si ce n’est des années de recherche dans les documents, c’est celle qui pour moi est la plus vraisemblable.

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IMG_4292b Hypothèse de Geneviève :

Joséphine, mère de Caroline ? Je n’y crois pas. Les milieux fréquentés sont trop différents.

Bien sûr, la possibilité que Joséphine ait pu être domestique chez Charles Bercioux reste envisageable, mais Joséphine a 38 ans, soit 8 ans de plus que Charles. Elle a eu 3 enfants et elle est de condition modeste. A l’époque, ces éléments font d’elle une femme « déjà » presque vieille, ce n’est pas une tentatrice très plausible.

Charles est jeune, bel homme, libre et fortuné ; les occasions ne doivent pas lui manquer. Le mariage ne semble pas l’intéresser pour le moment. En revanche, il fréquente un milieu d’artistes, peintres, musiciens, etc.

Il est donc beaucoup plus vraisemblable que la « vraie » mère de Caroline gravite dans cette sphère, aux mœurs plus libres que celles de la bourgeoisie du XIXème siècle.

Par ailleurs, après les nombreuses recherches faites sur Charles, il m’apparaît comme un homme honnête et plutôt généreux, et j’ai du mal à imaginer qu’il puisse laisser la mère de sa fille vivre et mourir dans « l’indigence ».

La descendance de Charles et de Claire Charbonnier a toujours entendu parler d’une danseuse, ou d’une chanteuse, de surcroît peut-être italienne. Il y a aussi la théorie de la femme de militaire rencontrée dans un concert…

Cette version est une tradition orale transmise par Claire (nul doute qu’elle était la mieux placée près de Charles pour le savoir), et elle en parlait sans doute plus librement que n’en parlait Caroline ou même Hélène plus directement concernées par cette « erreur de jeunesse ».

Bref, pour moi, Joséphine est bien un prête-nom, probablement payé pour assumer la maternité officielle, solution qui n’est pas un cas unique à cette époque dans les milieux aisés.

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OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA Cet article a, en fait, été écrit il y a plusieurs mois pour une publication dans le dernier Chardenois. L’importance des autres articles de ce numéro avait fait reporter cette publication.

Dans cet article, nous admettons sans problème la paternité de Charles Bercioux. Aucun document officiel n’existe donc et, cependant, lors d’une visite chez notre cousin Bertrand Dévé, ce dernier nous a montré un petit carnet qu’il venait de retrouver dans un meuble ancien, un secrétaire italien dévolu en héritage, qui avait appartenu à Charles Bercioux, une photo de son salon fin du 19ème siècle en faisant foi.

Ce carnet est un extrait d’un journal que Charles tenait, couvrant au jour le jour les évènements de janvier à mars 1871, alors qu’il était à Montfort l’Amaury, avec son épouse Claire, sa fille Alexandrine, bébé de 4 mois, et Caroline.

Et, dans ce carnet, reflétant sa vie sous l’occupation prussienne, Charles, à plusieurs reprises, parle de sa fille Caroline, notamment :

8 janvier : « Nous remplissons nos devoirs religieux en communiant avec ma femme et ma fille … »

17 janvier : « Le dégel continue, nous allons aux Mesnils, ma chère femme et ma chère fille vont faire cadeau d’une casaque doublée à une personne vieille qui depuis longtemps est couchée sur un grabat. Que j’aime à les voir si charitables et si disposées à faire le bien … »

Ce qui lève complètement le doute sur l’ascendance paternelle, restera toujours celui qui plane sur la mère de Caroline …

 photos en tête de cet additif : 2 pages du carnet de Charles Bercioux

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Caroline et Alexandrine

“en même temps” : tante et nièce et demi-soeurs

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dévé059c Charles Bercioux, photographe                                                            

                                              Gaëtan Moisand

 

dévé062d  La photo ci-contre, nous l’avons découverte grâce à Alain Charbonnier en fin d’année 2015. Pour la première fois, nous pouvions « voir » le visage de Charles Bercioux.  Et, tout naturellement, cette photo fut choisie pour  illustrer l’article de Geneviève Moisand : “l’énigmatique Charles Bercioux” (bull. n°16 / février 2016).

Au-delà du plaisir de cette découverte, certains de nos lecteurs ont peut-être été intrigués, comme moi, par l’objet que C. Bercioux  tient à la main.

paris-photo 3b  Par  le plus grand des hasards, je feuilletais quelques jours après la publication du bulletin n° 16, chez des amis spécialistes en photos anciennes, un exemplaire d’une vieille revue,  “Paris-Photographe” fondée par Nadar. Dans son numéro daté de décembre 1893, Paris-Photographe présente l’un des premiers appareils photographiques portables, avec à l’appui quelques croquis, que l’on peut découvrir dans la reproduction de l’article en tête de ce §. La ressemblance avec l’objet que tient C. Bercioux est frappante.

Découverte excitante : nous savions déjà  grâce à Geneviève Moisand que Charles Bercioux était un artiste ; nous découvrons qu’il était également photographe.

Mais découverte en même temps frustrante : les photos de Charles Bercioux n’étant pas arrivées jusqu’à nous, nous pouvions en conclure  que ses photos étaient perdues à jamais.

 

La surprise fut énorme (et l’émotion aussi !…) de découvrir quelques mois plus tard chez Françoise Dévé (1) deux albums de photos prises par Charles Bercioux.

Photos en bon état de conservation : Charles Bercioux a certainement pris grand soin du tirage et du développement de ses photos. L’un des albums notamment contient des photos agrandies sur papier d’une qualité telle qu’elles sont assez peu altérées par l’usure du temps.

Photos de bon niveau artistique par ailleurs : son regard, ses thèmes, ses cadrages, ses mises en scène (cf. la série des portraits) font de lui un excellent photographe. Ce n’est après tout pas si étonnant pour quelqu’un qui savait dessiner et peindre comme nous l’avons appris grâce à  Geneviève.

Les photographies de Charles Bercioux présentent un autre attrait,  elles ont été prises pour une grande part à Longchamp, vers 1898-1900.

Bien qu’en cette fin de siècle, le village soit de plus en plus centré sur son activité industrielle (la Faïencerie), c’est la vie rurale qu’il privilégie, certainement parce que le sujet le motive, peut-être aussi parce qu’il n’était sans doute pas évident de prendre des photos à l’intérieur de l’usine. L’agriculture occupe encore bien des villageois à Longchamp. Les labours, les récoltes, la fenaison, les travaux de bûcheronnage  en forêt ont la part belle parmi les photos de C. Bercioux,  mais aussi l’habitat (les fermes et les maisons aux toits de chaume et aux murs en torchis) et l’habitant (aux champs, devant sa maison  ou encore à la fête du village).

Nous présentons ici une sélection de photos du village réunies par  thèmes : l’habitat, l’habitant, les travaux des champs, la forêt, la fête au village.

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 l’habitat

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l’habitant

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les travaux des champs

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  la forêt    

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 la fête au village

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La fête de Longchamp a lieu traditionnellement le jour de l’Assomption, le 15 août. La fête commence religieusement, à l’église et en procession dans le village, et se poursuit, à l’époque où C. Bercioux prend ces photos, par des jeux sur les prés du Breuil.

Ceux-ci, acquis dans les années 1890 par Robert Charbonnier, font face au Château, de l’autre côté de la rue du Pont (aujourd’hui rue du Lycée), et jouxtent le cours de l’Arnison  jusqu’au ruisseau qui descend de l’étang de la Tuilerie ; ils ont progressivement fait place au cours du XX ème siècle à un stade et à ses tennis, à des  terrains de foot et à un  lotissement d’une trentaine de maisons.

Dans les albums des photos de Charles Bercioux, on trouve également des portraits de personnes de la famille, prises le plus souvent devant la résidence des Bercioux à Longchamp, le “Pavillon du Breuil”, petite maison en brique rouge, qui existe aujourd’hui encore et qui est située en face de l’entrée du lycée Henry-Moisand. Cette maison a été achetée par Charles Bercioux en 1897, elle sera revendue par ses héritiers en 1910. La dénomination “Pavillon du Breuil”,  est restée dans la mémoire collective des Dévé, alors qu’elle  ne fait pas partie, bizarrement,  de celle des Moisand.

Charles Bercioux a acheté cette maison à un instituteur, Claude Damongeot (1814-1902), un arrière-grand-oncle de Jacqueline Damongeot, que bon nombre des lecteurs familiaux du Chardenois connaissent bien. Les Damongeot sont originaires de Premières,  petit village tout proche de Longchamp, où s’est développée dès le XVIII ème siècle une faïencerie, antérieure à celles qui naîtront plus tard  autour de la grande forêt (Villers-les-Pots et Longchamp). Bon nombre de maisons de Premières sont en brique, sans doute parce qu’avant la faïencerie voire en parallèle à celle-ci existait une tuilerie-briqueterie. Claude Damongeot en construisant sa maison à Longchamp a peut-être voulu le faire à la manière de son village d’origine. De plus, son statut d’instituteur et ses moyens financiers lui permettent  probablement de construire une maison qui ne soit pas en chaume et  torchis. 

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les portraits de famille

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de g à dr : Eugène Bercioux, Alexandrine Bercioux Dévé, Claire Charbonnier Bercioux, Robert Charbonnier, Juliette Charbonnier Joran

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De ces portraits, le seul qui était parvenu jusqu’à nous, côté Moisand, était  celui de Robert Charbonnier. Nous ne savions pas jusqu’alors que le photographe était Charles Bercioux, ni que la photo avait été prise  devant la maison de celui-ci à Longchamp.

Pour finir, voici une photo que je trouve magnifique, elle représente Robert Charbonnier et l’un de ses fils, sans doute René,  à cheval devant le château de Longchamp. Photo qui nous rappelle que le cheval était “la distraction favorite de Robert Charbonnier” (Christiane Moisand Bernard, in “la saga des Charbonnier-Moisand” 2001).

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(1) Françoise Dévé née Lesieur est la veuve de de Jean-Charles Dévé, lui-même fils de Fernand Dévé et petit-fils de Charles Dévé. Nous lui rendons hommage ici pour le chaleureux accueil qu’elle a réservé en mai 2016 aux cousins Moisand (Geneviève, Daniel et moi-même) en présence de cousins Dévé ( les uns et les autres se découvrant mutuellement !) et nous la remercions vivement d’avoir bien voulu nous ouvrir ses dossiers familiaux et nous autoriser à scanner les albums photos de Charles Bercioux, dont une sélection vous est présentée ici. Elle détient également quelques trésors familiaux comme le très beau tableau représentant Charles Bercioux jeune (reproduction insérée dans l’article sur Caroline), mais aussi  les portraits de Victor Charbonnier (insérés dans l’article sur celui-ci dans le bulletin précédent) dont un est imprimé sur un carreau de la Faïencerie de Longchamp . Ce qui n’est pas totalement étonnant si l’on se souvient que les frères Charbonnier, Robert et Marcel, ont déposé un  brevet d’impression photographique sur faïence en 1877)

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 “ Le photographe du village”, c’est le titre d’un diaporama que j’ai réalisé  à l’occasion de la cousinade Charbonnier-Dévé-Moisand de mi-septembre 2017. Le photographe du village, c’est bien sûr, Charles Bercioux.

Le diaporama peut être visionné et même téléchargé, en cliquant sur le lien suivant :

(à condition de le faire dans le mois suivant la parution de ce bulletin ) 

 vimeo.com/237624783

Par ailleurs, on peut voir, et même télécharger,  une sélection (plus complète que celle présentée ici)  de photos prises par Charles Bercioux en cliquant sur le lien ci-dessous :

( même remarque que pour le diaporama)

vhttps://www.dropbox.com/sh/81f18pifnfjigiv/AABxomDk-pICJe2xp_mA2_oMa?dl=0

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DSC_0005b Catalogues de la Faïencerie
                                                 Gaëtan Moisand
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La Faïencerie de Longchamp a édité sur une longue période des catalogues dont la vocation était de présenter les produits  et leurs tarifs. Il est probable que le rythme de parution de ces catalogues ait été annuel, à compter de  1868 (date de l’acquisition de la Faïencerie par les frères Charbonnier et jusqu’à la 1ère guerre mondiale.
Par un heureux concours de circonstances,  j’ai pu avoir accès  à plusieurs d’entre eux. Les feuilleter les uns après les autres, c’est une bonne manière de parcourir l’histoire de la Faïencerie. C’est aussi, pour les collectionneurs, une occasion de situer ce que l’on possède ou ce que l’on achète ( les catalogues de 1909 et 1912 sont  les plus précieux).
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 WIN_20171125_11_08_02_Pro b Le catalogue de 1874
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Qui pouvait  imaginer découvrir un catalogue aussi ancien : 1874,  c’est six ans  à peine après l’arrivée des Charbonnier à Longchamp.
Le catalogue est celui de la “Manufacture de Faïence de Longchamp”. Sous cet intitulé, se trouve la mention “Charbonnier Frères” :  c’est la première période de l’histoire de la Faïencerie Charbonnier-Moisand, elle commence  avec le rachat de la Faïencerie  par les frères Robert et Marcel Charbonnier à Mr Phal le 6 août 1868 (voir : bulletin n°  8 ** avril 2011 **  ).
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L’editorial du 1er janvier 1874 réserve une surprise : 
“ Un incendie considérable détruisit l’année dernière une partie importante de nos bâtiments. Nous avons pu néanmoins continuer à fabriquer un peu sous des abris provisoires, de façon à maintenir autant que possible nos assortiments. Mais malgré des sacrifices importants, nous n’avons pu satisfaire autant que nous l’aurions désiré les personnes qui voulaient bien nous adresser des demandes. Aujourd’hui notre établissement est rétabli, la partie neuve est reconstruite avec les améliorations qui répondent aux besoins actuels et nous espérons que vous voudrez bien nous accorder votre confiance comme par le passé….”
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WIN_20171125_11_09_29_Pro b Bien que dénommée Manufacture de Faïence, l’usine des Charbonnier fabrique encore en 1874 des produits très traditionnels que l’on s’attendrait plutôt à voir sortir du four d’une poterie. Certes, quelques  produits sont émaillés, mais pas tous loin de là et quelques-uns ne le sont que partiellement : les  cafetières sont ainsi « blanc dedans » et « brun dehors », elles sont de plus dénommées « terres à feu », ce qui laisse entendre qu’elles sont en argile brun résistant à la chaleur. Même chose pour  les coquelles (ou cocottes)
Les soupières ne sont pas émaillées, à l’exception d’une seule dite « forme porcelaine », présentée comme pouvant être blanche, bleue ou peinte.
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WIN_20171125_11_09_55_Pro b  On peut découvrir d’autres caractéristiques de la Faïencerie dans son premier âge  : un nombre réduit de produits ; l’absence de « services de table » ( il y a certes 5 formes d’assiettes, les « calottes », brunes, blanches ou peintes ;  une assiette percée à fromages ; 3 formes de saladiers et 5 formes de soupières, mais on est loin de services de table complets,  aux formes et décors différenciés) ; la prédominance des produits autres que ceux de la table  :  les bures à huile, les pots à soupe, les cruches, les écuelles et les bols, les pots de chambre classiques et les polonais, etc. ( voir les photos qui illustrent les § sur le catalogue de 1874)

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WIN_20171125_11_11_21_Pro b Pour conclure, la Faïencerie de Longchamp n’est pas encore passée en 1874 à la production d’une faïence fine. Pourtant selon la légende, Marcel Charbonnier serait parti en Angleterre dès l’acquisition de la Faïencerie en 1868 et serait revenu quelques mois plus tard  pour mettre en oeuvre à Longchamp les techniques modernes de composition de la terre de faïence : la fameuse « terre de fer » qui désigne une faïence fine, à laquelle sont mêlés du feldspath et du kaolin, pour la rendre plus blanche et plus résistante.
 Marcel est sans doute parti et revenu plus tard. En effet, la guerre de 1870 éclate quelques mois après l’acquisition de la Faïencerie,  Robert la fait, les deux frères ne  sont donc de nouveau à pied d’oeuvre ensemble  à Longchamp qu’ au début de 1872.
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Catalogue LGCHP p0b Le catalogue de 1909
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Bien que publié 4 ans après la mort de Robert Charbonnier, le catalogue 1909 affiche encore son nom et sa qualité de « propriétaire ». Tout semble figé comme si la succession n’avait pas encore commencé !
C’est pourtant en 1909 qu’une crise de gouvernance éclate : Caroline, veuve de Robert et héritière de la Faïencerie, fait appel à ses gendres pour conseiller et contrôler ses fils, sans doute à  la suite de graves difficultés économiques et financières. Les fils refusent cette mise sous tutelle.  Édouard, aidé par sa belle-famille, fait l’acquisition de la Faïencerie de Salins.
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 Le catalogue de 1909 est intéressant à plus d’un titre, car il présente de façon  exhaustive toute la production de la Faïencerie et donne une idée assez précise de la production  de la 1ère décennie du 20ème siècle.
Il fournit de plus des informations précieuses sur la répartition de la production entre les grandes catégories d’objets. La  part des produits autres que ceux entrant sous le libellé « services de table » est en effet prépondérante. Ils représentent  15 pages du catalogue quand les services n’en occupent  que 5.
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Catalogue LGCHP p14blog Les garnitures de toilette : le broc et la cuvette de plusieurs  dimensions, le seau, le porte-savon, le bain de pied, le vase de nuit sont déclinés en 11 formes  et 11 décors (dont 8 en impression et 3 peints).
Catalogue LGCHP p42blog Les vases, vasques, cache-pots et garnitures de cheminée sont présentés avec une extraordinaire variété de formes et de décors. 
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Catalogue LGCHP p4blog Les services de table sont produits sous 12 formes (Cannelé, Renaissance, Pothuau, Feston, Argent, Moscou, Dupleix, Tokio, Octogone, Martha, Henri II, Dubarry) et 60 décors imprimés ou coloriés sous émail.
La plupart des décors ne sont déclinés que sous une seule forme. Par contre les formes sont  proposées avec plusieurs décors. Ainsi la forme  la plus commune, Renaissance,  est utilisée sur 10 décors différents, dont Exotique, et Donjon en imprimé et Villa en colorié,  la forme Dubarry sur 2 : Trianon et La Guérinière.
Citons parmi les  décors «  coloriés sous émail » : Aubépines, Anémones, Callot, la Guerinière,  Rouennais, Saxe, Sylvia, Trianon.
Et  parmi les décors imprimés : Donjon, Exotique, Louis XVI, Lilas, Sapho, Velléda, Veneur.  
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catalogue 1912 0 blog Le catalogue de 1912
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C’est un catalogue très complet, plus étoffé que le précédent, parce que la tarification y est plus détaillée. 
Les garnitures de toilettes et les pièces dites « artistiques » (vases, vasques, garnitures de cheminée, …).ont la part belle.
Si les formes et décors des services de table évoluent peu d’un catalogue à l’autre, on remarque  deux disparitions (la forme Octogone avec son décor Rouen impression et la forme  Tokyo avec 2 décors qui disparaissent également) et une nouveauté : la forme Limoges.
Outre ceux déjà cités, quelques décors ont disparu : le Louis XVI, l’Aubépine, le Cyclamen, le Sapho. Mais in fine, le nombre de décors est toujours aussi impressionnant :  30 en impression et 25 coloriés sous émail.
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catalogue 1912 4b Parmi les nouveaux décors, le Moustiers mérite une mention particulière, car il connaîtra une fortune durable tout au long du XXème siècle, sous ce nom et sous d’autres encore (Viry, Olérys,…).
 
Au-delà de sa vocation première (présenter la collection et les prix), le catalogue de 1912 permet de suivre l’évolution de la Faïencerie dans sa gouvernance. Cette fois, ce n’est plus comme en 1909 Robert Charbonnier qui est le propriétaire, mais « Veuve Robert Charbonnier et Cie ». La crise a eu pour conséquence d’éloigner les fils de leur mère, c’est elle désormais la propriétaire . Le « …et Cie »  laisse penser toutefois qu’elle n’est pas seule propriétaire, mais qu’elle partage la propriété de l’usine, avec tous ses enfants ou peut-être avec ses seules filles Juliette Joran  et Hélène Moisand,  épouses des « gendres » qui  ont provoqué le départ des fils  (Edouard pour la Faïencerie de Salins, qu’il rachète en 1912 précisément).
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catalogue non daté p1 b Le complément du catalogue 1912
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On ne peut guère parler de catalogue concernant ce document, tant il est de taille modeste : 3 pages seulement.
Il s’intitule « dernières créations », c’est probablement un complément du catalogue 1912, publié au début de l’année 1913.
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En 1ere page, 3 formes de services de tables sont présentées , les formes Argent, Limoges et Alise. Seule cette dernière  est  une véritable création. En 2ème page, figurent  4 formes nouvelles de garnitures de toilette, dont la forme Hélèna, en hommage à Hélène Charbonnier Moisand.
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Maïs c’est la mention en 1ère page du nouveau propriétaire, la Société Anonyme des Faïenceries de Longchamp, qui retient l’attention. Les administrateurs-délégués en sont Marcel Joran et Gaëtan Moisand. Pour bien marquer la continuité avec le passé, il est souligné que tous deux sont « gendres de Robert Charbonnier, ancien propriétaire et fondateur » .
Le 5 décembre 1912, en effet, a été créé cette société nouvelle, qui reprend l’activité de la Faïencerie. Pour ce faire, les épouses des gendres, Juliette et Hélène, font apport de l’ensemble des actifs permettant de poursuivre l’exploitation de la Faïencerie (fonds de commerce, biens immobiliers, machines et matériels, stocks, …) Cet apport évalué à 300 000 F est complété par un apport en numéraire de 50 000  F de 7 personnes dont les gendres, le tout constituant le capital initial de la Société. Les deux sœurs détiennent ainsi à elles deux 600 des 700 actions de la SA des Faïenceries de Longchamp.
On peut supposer qu’avant la constitution de cette société, Caroline a désintéressé d’une façon ou d’une autre (non connue à ce jour) son fils René et sa fille Henriette. Edouard, quant à lui, a déjà renoncé à la succession de son père moyennant une indemnité forfaitaire de 25 000 F.
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catalogue art deco 05blog Le catalogue de prestige de 1920
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Sa taille est vraiment modeste, à peine au-delà de celle d’une carte postale ; son volume également, 9 planches seulement, ne présentant qu’une vue très partielle de la production de la Faïencerie à la date de sa parution. Et pas de tarif, pourtant toujours présent dans chacun des catalogues connus de la Faïencerie.
 En photo de titre de cet article sur les catalogues, la reproduction de la page de couverture de ce mini-catalogue ;  immédiatement ci-dessus et ci-dessous, 3 des des 9 planches.
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On peut le présenter comme un prospectus commercial ou un objet de prestige, il utilise un papier de qualité et une technique irréprochable  d’impression de photographies dont certaines en couleur. 
Sur les 9 planches, 4 présentent des services de table, 4 des garnitures de toilette, 1 des vases, vasques et porte-parapluies.
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catalogue art deco 02blog Sur une des planches, deux décors nous sont familiers, le Callot et le Rouennais, sur la forme la plus utilisée de l’histoire de la Faïencerie, la forme Argent. Sur une autre planche, une formes déjà ancienne, la forme Martha avec ce superbe décor, le Velars, qui est de création récente. 
Les garnitures de toilette  conservent une place importante puisqu’elles occupent autant de planches que les services de table. Ce sont sans doute les dernières années des cuvettes et des brocs de toilette, car l’eau courante commence à se généraliser en France. On peut imaginer les difficultés pour la Faïencerie lorsque les ventes de garnitures de toilette  ont commencé à se tarir pendant l’entre-deux-guerres. 
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Ce catalogue est difficile à dater. Le graphisme des lettres de la page de couverture, d’esprit Art Nouveau (proches des lettres des stations de métro Guimard ou encore des affiches de Mucha) peut laisser penser à une parution entre 1895 et 1905. Mais les pièces de faïence avec des formes et des décors nouveaux font pencher pour une parution plus tardive, entre 1920 et 1930. En effet, les décors des  cuvettes et brocs de toilette sont  très représentatifs de l’Art Déco, de l’entre-deux-guerres (formes Beauvais et Suzy avec un décor Vapo).
catalogue art deco 06blog La forme Imperator avec son décor Carquois confirme cette hypothèse. C’est une forme originale avec un décor assez classique. Un modèle  de  broc Imperator/Carquois figure dans les collections de la Villa de Longchamp, sa « signature » au dos est  caractéristique des années 1920-1930.
 
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L’absence de catalogues  après 1912 (le dernier présenté est plus un prospectus qu’un catalogue comme nous l’avons vu) peut laisser à penser que cette pratique s’est tarie avec l’arrivée des nouveaux dirigeants. Les moeurs commerciales ont dû changer après la Grande Guerre et  l’édition de catalogues avec des prix fixes pendant un an  n’est plus dans l’air du temps à une époque d’instabilité monétaire. De plus, les Grands Magasins   prennent une place déterminante dans la clientèle de la Faïencerie, avec des  tarifs distincts de ceux appliqués à la clientèle traditionnelle des  grossistes régionaux.
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Mes remerciements vont aux « donateurs »,  Hélène Blanchot,  étudiante à l’Université de Bourgogne, qui prépare un mémoire sur les créations de la Faïencerie de Longchamp. C’est elle qui a découvert le catalogue de 1874. Mes remerciements également à Aleth Duffour Levrey et à Guy Moisand qui m’ont fait découvrir les catalogues 1909 et 1912, si complets qu’il devrait permettre à tous les collectionneurs de s’y retrouver un  peu plus aisément.
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Les photos des catalogues peuvent être vues et téléchargées en cliquant sur les liens suivants :
(à condition de le faire dans le mois suivant la parution de ce bulletin )
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En  complément de cet article, vous pouvez regarder et également télécharger deux diaporamas préparés pour la mini-cousinade de septembre en cliquant sur les liens indiqués ci-dessous :
(même remarque que pour les photos de catalogue) :
- La Faïencerie de Longchamp en 1900 (9 mn) : vimeo.com/236248270

- Faïence, faïences… (12mn30) :  vimeo.com/235179762

 

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Photo editing_Cloud20171209  Yvonne Guyot Moisand, un merveilleux sourire
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Il y a quelques jours, le 6 décembre, Maman est partie. Elle va rejoindre son mari, André, et Mi-Jo, notre sœur.

Elle allait avoir 99 ans.

Ceux qui l’ont connue conserveront d’elle un souvenir de gentillesse et de bienveillance et surtout son merveilleux sourire.

(Daniel Moisand)

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Bulletin n° 17 ** décembre 2016 ** fondateur : Philippe Moisand

 

   

  Numéro spécial

            Dévé

 

 

dévé077d  Edito

                                               Philippe Moisand 

 

Notre dernier numéro était consacré aux Charbonnier. Avec celui-ci, nous continuons de remonter et d’élargir le fil de notre histoire en ouvrant nos colonnes aux Dévé. J’imagine que ce nom ne dit rien à la majorité de nos lecteurs et que les plus anciens d’entre nous n’en savent pas beaucoup plus que la participation d’un cousin éloigné du nom de Max Dévé au succès du premier vol Paris-Nouméa dans les années 30.

Et pourtant, ils sont tout proches de nous et seuls les hasards de l’histoire, mais aussi la taille respectable de chacune des trois branches issues de Victor Charbonnier, ont fait que les liens se sont progressivement distendus avec le temps. Nous entendions bien la petite musique de Nicole Bernard/Girard demandant avec insistance d’en savoir plus sur les Dévé dont lui parlait régulièrement sa mère Christiane. Mais il aura fallu le rapprochement récent avec la branche Charbonnier et la réactivité de nos trois grands reporters, Geneviève, Daniel et Gaëtan, pour raccrocher les wagons. C’est peut-être le début d’une belle histoire qui pourrait déboucher un jour sur l’organisation d’une cousinade élargie. Mais n’anticipons pas…

…et partons à la découverte de cette branche Dévé si méconnue dans nos rangs. D’abord, avec l’arbre généalogique présenté par Daniel qui vous aidera à mieux comprendre les liens entre les trois branches, puis avec l’histoire et le portrait, que retrace Geneviève, de Victor Charbonnier, notre ancêtre commun.  Enfin et surtout, avec le récit de l’exploit de Max Dévé par son fils Bertrand à qui nous avons largement ouvert nos colonnes.

D’aucuns regretteront peut-être que nous continuions de nous intéresser exclusivement au passé. C’est vrai et c’est aussi mon regret de n’avoir pas su  convaincre les jeunes générations de nous proposer des sujets plus actuels. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et puis Le Chardenois est toujours vivant, tissant des liens enrichissants avec nos lointains cousins Charbonnier et Dévé, et je dois ici en remercier vivement Geneviève, Daniel et Gaëtan, ses plus ardents défenseurs, sans la persévérance desquels il ne serait plus aujourd’hui qu’un agréable souvenir.

  photo de titre : Charles Dévé, sa femme Alexandrine, née Bercioux, et leurs enfants, Fernand  et Max 

 

 

 

 

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Claire Charbonnier c Liens et descendances Charbonnier-Dévé-Moisand

                                   Daniel Moisand

 

Les « retrouvailles » avec la branche « Charbonnier » il y a un an, nous ont donné l’envie de partir à la recherche de l’autre branche familiale perdue de vue, les « Dévé ».

Une très sympathique rencontre avec Bertrand Dévé et son épouse a d’abord eu lieu début mai dernier et, quelques semaines plus tard, leur cousine Françoise nous a gentiment conviés, avec Gaëtan, à une « mini cousinade » chez elle, rue Cler à Paris, dans cet immeuble qui avait été acheté par Charles Bercioux et où a vécu Caroline, notre arrière-grand-mère.

Plaisir double, puisqu’outre faire la connaissance de nos cousins Dévé, nous avons pu découvrir les trésors (tableaux, photographies, assiettes Longchamp « inédites », témoignages écrits) recueillis par Françoise, retraçant l’histoire de la famille Bercioux–Charbonnier au long du 19 ème siècle et première partie du 20 ème.

Parmi ces trésors, citons le portrait de Victor Charbonnier – inséré plus loin dans un article qui lui est consacré – imprimé sur un carreau de la Faïencerie de Longchamp. Ce qui n’est pas tellement étonnant si on se souvient que Marcel et Robert Charbonnier ont déposé un brevet d’impression sur faïence en 1877.

Citons également la très belle statuette qui illustre cet article et qui faisait l’objet de la photo-mystère du mail de Gaëtan en juillet dernier. Il s’agit d’une œuvre d’Henriette Charbonnier (alias “Tante Riri »), représentant sa tante, Claire Charbonnier.

 Les Dévé sont les descendants directs de Claire Charbonnier (fille de Victor et sœur de Robert) et Charles Bercioux. Leur fille, Alexandrine, est la cousine germaine d’Edouard et d’Hélène (Bonne-Maman) (cf tableau Charbonnier)

Mais Charles Bercioux étant également le père de Caroline (épouse de Robert), Alexandrine se trouve aussi être la demi-sœur de Caroline, donc la tante d’Edouard et d’Hélène ! (cf tableau Bercioux)

Pour faciliter la compréhension des liens familiaux, vous trouverez un tableau de cousinage – ne pouvant bien sûr y faire figurer tous les cousins, nous en avons choisi un par branche. (cf tableau cousinage)

Enfin, de façon à  présenter les cousins Dévé à leurs cousins Moisandnous vous proposons un arbre descendant d’Alexandrine Bercioux et son mari, Charles Dévé. (cf tableau descendance Dévé)

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descendance V.Charbonnier b    descendance Victor Charbonnier

 descendance C.Bercioux c   descendance Charles Bercioux 

  Descendance Dévé 001b   descendance Dévé                    

   tableau cousinage 001b   cousinage

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 091c LE COIN DES ANCÊTRES

                                       Destins et anecdotes

 

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous tenons cette rubrique depuis le  bulletin n° 15.

Après avoir retracé la vie du capitaine Dumas et  celle de Charles Bercioux dans les deux précédents bulletins,  Geneviève évoque ici  un de nos ancêtres qui a toute sa place dans ce bulletin spécial Dévé puisqu’il est notre ancêtre commun à tous, que nous soyons Charbonnier, Dévé, ou Moisand.

 Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

 

 

dévé003c Victor Charbonnier, notre ancêtre commun

                            Geneviève Moisand

 

Victor Charbonnier est l’ancêtre commun le plus proche des trois branches, Charbonnier, Dévé et Moisand.

Né à Dijon en 1801, il est le fils d’un avocat, membre de l’académie de Dijon, et de la fille d’un maître de forges de Pontailler-sur-Saône.

A l’âge de 21 ans, il embrasse la carrière militaire en s’engageant, avec son frère Frédéric qui en a 19, dans le régiment des Chasseurs à cheval de la Garde Royale. En 1823, il participe à l’expédition d’Espagne pour la restauration du Roi Ferdinand VII.

Il devient rapidement sous-officier au 2ème régiment de Carabiniers, puis, le 24 décembre 1828, il est nommé garde du corps de 3ème classe, avec le grade de sous-lieutenant, au sein de la Cie de Gramont (une des 4 compagnies de gardes du corps du Roi).

Il sert fidèlement Charles X jusqu’à son abdication, le 11 août 1830, et même ensuite, puisque, licencié avec solde de congé, il l’accompagne quelques temps dans son exil en Angleterre. Rentré en France, il reprend du service, en mars 1831, au 10ème Dragons, régiment avec lequel il fait 3 années de campagnes dans l’armée du Nord, notamment contre le prince d’Orange.

En 1835, à 33 ans, Victor épouse à Paris Julie Bisson âgée de 23 ans, elle-même fille du capitaine Charles Bisson et nièce du lieutenant-colonel Régis Dumas. Elle est également la petite-fille du capitaine Joseph Dumas (ce soldat de Napoléon qui a fait l’objet d’un précédent article dans le Chardenois).

Les jeunes mariés s’installent tout d’abord dans la banlieue de Tours où Victor est en garnison, et c’est là que naît leur fille aînée Claire. 3 ans plus tard, Marcel naît rue de Lille à Paris, où Victor est alors capitaine, toujours au 10ème Dragons.

Malheureusement, en 1842, une malencontreuse chute de cheval met un point final à sa carrière militaire active. Grièvement blessé à la jambe gauche, Victor marche en effet difficilement et ne peut plus monter à cheval. Nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1845, son dossier indique qu’il a été « mis en non activité pour infirmité temporaire » en 1844.

Dans la même période, de tristes évènements endeuillent la famille : un petit garçon, Rodolphe, né en 1843, décède dans sa première année. Et puis, en 1845, c’est Frédéric, le jeune frère de Victor, qui meurt à 42 ans à l’hospice des aliénés de Dijon où il était entré 4 mois plus tôt.

Peu de temps après, Victor quitte Paris pour la Bourgogne et semble reprendre du service à Dijon. Julie demeure alors à Vougeot chez une de ses tantes, avec ses enfants, sa mère, et une petite cousine, Désirée Mauger, dont je reparlerai plus loin. Elle y attend la naissance de son dernier fils, Robert.

En 1849, Victor rédige un premier testament olographe dans lequel il institue Julie sa légataire universelle. Il ne tarit pas d’éloges sur elle, parlant de « sa femme bien aimée », de « sa Juliette chérie », de « l’excellente et digne mère de ses chers enfants ». Il s’en remet avec confiance à « son impartialité, son tact, son bon jugement, pour qu’elle fasse à leurs enfants une part égale de la petite fortune qu’il leur laisse », et souhaite qu’elle en conserve à vie l’usufruit total.

Mais, trois ans plus tard, alors qu’il est venu s’installer à Versailles avec sa femme et sa belle-mère Henriette Dumas, c’est Julie qui décède la première, le laissant avec 3 enfants dont le dernier, Robert, n’a que 6 ans. Henriette ne survit qu’un an à sa fille et Victor établit un nouveau testament en « recommandant son âme à Dieu, voulant vivre et mourir dans la pratique et avec le secours de la religion dans laquelle il est né, son cœur l’ayant devancé dans la tombe près de la femme si vertueuse et si douce qu’il a tant aimée ». Et il nomme Désirée Mauger « sa chère et vieille amie » co-tutrice de ses enfants s’il venait à disparaître.

Frédéric Charbonnier-3 Désirée a en effet toujours été très proche de Julie et Victor, elle n’a que 2 ans de moins que sa cousine, et autrefois, elle a été fiancée à Frédéric, le jeune frère de Victor. Le mariage n’a finalement pas eu lieu et Désirée est restée célibataire. Elle est en outre la marraine de Robert auquel elle restera toujours très attachée et auprès duquel elle vivra les dix dernières années de sa vie.  (photo en tête de ce § : portrait de Frédéric Charbonnier)

C’est donc Désirée qui vient s’occuper des enfants de Victor après la mort de leur mère et de leur grand-mère.

Victor vivra encore longtemps, d’abord à Versailles, puis de nouveau à Paris, puisqu’il assistera au mariage de sa fille Claire avec Charles Bercioux en 1866.

Domicilié dans un des appartements de son gendre, 53 rue Cler, Il s’éteint à 65 ans quelques mois après le mariage de sa fille alors qu’il se trouvait momentanément chez son fils Marcel, dans les Vosges, où ce dernier était directeur des forges de la Hutte près de Darnoy.

En 1851, son dossier militaire précisait que ses ressources annuelles personnelles, hors appartements, s’élevaient à 3000 frs. Ce dossier indiquait aussi qu’il était « capable et instruit, connaissant bien son métier, et possédant un physique très robuste sauf l’accident qui avait causé son départ du service actif ».

Sa succession laisse à chacun de ses 3 enfants une somme de 23.000 Frs, principalement en actions et obligations, ce qui va permettre à Marcel et Robert d’acheter, quelques mois plus tard, la faïencerie de Longchamp au prix de 42.000 Frs.

 

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 La photo de titre fait partie d’un album de la famille Dévé

La photo ci-dessus est  la reproduction d’un portrait photographique imprimé sur carreau de la Faïencerie de Longchamp, probablement dans les années 1880 

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Biarritz au roulage à brisbane Le premier vol Paris-Nouméa : le “raid fou”

                                                           (6 mars – 5 avril 1932)

                                                           Bertrand Dévé

 

En 1932, l’aviation en est encore à son époque héroïque. Depuis la Grande Guerre, c’est l’ère des grands raids avec ses héros devenus légendaires : Mermoz, Lindbergh, Nungesser et Coli, Kingsford Smith, des hommes d’exception dont le courage et la témérité sont salués par tous. Pourtant, le 5 avril 1932, le trimoteur Couzinet 33.01 “Biarritz”, avec à son bord le pilote Charles de Verneilh, le radionavigateur Max Dévé et le mécanicien Emile Munch, se posait en Nouvelle-Calédonie, clôturant ainsi la première liaison aérienne Paris-Nouméa.

 Le Couzinet 33.01 ressemblait à l’Arc en Ciel 70 de Mermoz mais en deux fois plus petit. Equipé de trois moteurs anglais  de Havilland de 105 CV, il pesait à vide 1600 kg et avait un train d’atterrissage caréné.  Sa construction était en bois. Sa dérive  dite en « queue de poisson » lui  donnait  une  certaine élégance. Il n’avait pas de frein ni de démarreur et possédait des hélices en bois à pas constants. Sa vitesse de croisière était de 190 km/h. On a dit de lui que c’était  un avion très en avance sur son temps : dans sa conception, c’était indéniable,  mais il était très rustique dans sa réalisation.

Dans une 1ère partie, Bertrand Dévé  retrace les grandes étapes de cette aventure,  à l’aide des notes prises par son père, sur ce prototype qui n’avait que 28 heures de vol ! 

Dans une 2ème partie, Bertrand évoque les suites du raid (les fêtes à Nouméa, les retombées médiatiques de l’époque, etc…) et rend hommage à la mémoire de son père.

(image de titre : le Biarritz au roulage sous la pluie à Brisbane – aquarelle de Tiennick Kerevel, peintre officiel de l’air)

 

 

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Carton  BLEU baptême Biarritz b  Le premier vol Paris-Nouméa -  1ère Partie : le raid 

        ( photo : le carnet de baptême du Biarritz)

 

 

Equipage c_devant_Biarritz,_Le_Bourget,_1932_modifié-1  L’équipage et la préparation du raid

(photo : E. Munch, M. Dévé, Ch. de Verneilh devant le Biarritz – Le Bourget 1932)

 

C’est à Charles de Verneilh-Puyrazeau que revient l’initiative du raid. Ce gentilhomme périgourdin, pionnier de l’Aéropostale et pilote de guerre, rêve de vols au long cours inédits, Il découvre un trimoteur révolutionnaire conçu par René Couzinet, un jeune ingénieur de 27 ans. Il est séduit, rencontre le constructeur qui accepte de mettre à sa disposition cet appareil. Avec l’aide des habitants de la ville de Biarritz, il parvint à réunir les fonds nécessaires au financement de la construction de l’avion et du raid. Le prototype du Couzinet 33, troisième modèle de la série des “Arc en Ciel” prendra donc pour nom celui de “Biarritz”. De Verneilh décide d’aller « cueillir la rose du Pacifique », la Nouvelle Calédonie, soutenu dans son projet par le gouverneur de Nouvelle-Calédonie, Joseph Guyon, rencontré à Paris.

Le capitaine Max Dévé connaissait de Verneilh depuis la Grande Guerre. Ils firent partie de la même escadrille sur les fronts français et russes en 1916. Pilote militaire, mais surtout professeur de navigation à l’Ecole Militaire et d’application de l’Aéronautique (Versailles et Villacoublay), le capitaine Max Dévé est en 1932 « la » référence en matière de navigation aérienne. Il obtint pour le raid un congé spécial. Il avait ainsi la possibilité de mettre en pratique à grande échelle les cours qu’il dispensait.

Emile Munch, mécanicien navigant chez Couzinet où il avait participé à la construction du « Biarritz », complétait l’équipage. Intelligent et débrouillard, il était compétent aussi bien sur la cellule que sur les moteurs.

Les trois acteurs de ce raid, qui avaient pratiquement le même âge (38/39 ans), se complétaient parfaitement et avaient une entière confiance dans les compétences des uns et des autres.

Les renseignements sur les aérodromes et sur les terrains de secours furent recueillis avec de grandes difficultés : il n’y avait pas encore de service d’information aéronautique, service que devait créer quelques années plus tard le colonel Max Dévé. Les meilleures indications étaient celles fournies par les compagnies de distribution de carburant. Les cartes disponibles étaient la carte aéronautique internationale (Mercator), la carte internationale du monde au 1/1 000 000 et quelques cartes au 1/4 000 000 et 1/10 000 000.

L’équipement radio se limitait à un émetteur fonctionnant seulement en graphie (morse), la navigation  se faisait sans aide radio, donc uniquement à l’estime et à l’astronomie. Les instruments de navigation comprenaient deux compas magnétiques ( un horizontal et un vertical), un altimètre, un anémomètre, un cinémo-dérivomètre et un sextant à bulle.

Avec un rayon d’action de 4500 km, le Biarritz était capable en cinq étapes de relier Paris à Nouméa éloignés d’environ 22 000 km. Mais ce calcul ne tenait pas devant la réalité, l’avion étant limité par la longueur et l’état des terrains, qui lui interdisait souvent tout ravitaillement. De plus, aucune piste n’était balisée pour les atterrissages de nuit. 

Les revues  aéronautiques de l’époque parlent d’un itinéraire souple qui prévoyait un survol de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, de l’Asie, des Indes Néerlandaises, de l’Australie et de l’Océan Pacifique. Le journal “Les Ailes” du 10 mars 1932 prêtait même à de Verneilh l’intention de poursuivre vers le Japon et les USA ; le tour du monde en quelque sorte. Quoiqu’il en soit, le but essentiel restait la liaison Europe-Nouvelle-Calédonie : la petite France des antipodes n’a encore jamais vu un avion français, exception faite d’un hydravion du croiseur « Tourville » en 1930.

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Biarritz  point fixe2 b  Le grand départ

(photo :le Biarritz au point fixe avant décollage)

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La première étape envisagée était le Bourget-Tunis, mais à cause de très mauvaises conditions météorologiques au début de mars 1932, il fut décidé d’aller à Istres attendre un temps favorable sur la Méditerranée et l’Afrique du Nord. Après avoir décollé vers 13 heures sous des giboulées de neige, l’avion poussé par le mistral dévala la vallée du Rhône à 300 km/h et atterrit à Istres où il fallut l’aide de plusieurs hommes pour l‘immobiliser.

 Le 9 mars, avant l’aube le « Biarritz » s’envola et atteignit Tripoli en un peu plus de 8 heures. Au cours de ce vol il perdit l’un de ses « cônes d’hélice » à 1′atterrissage ; l’équipage s’aperçut que les deux autres ne tenaient plus, aussi furent-ils supprimés,  ce qui diminua quelque peu la vitesse de l’avion. Le lendemain, au petit jour, alors que les moteurs étaient essayés au point fixe, les boisseaux des carburateurs se coincèrent sous l’effet du sable aspiré par le vent des hélices. Plusieurs heures furent nécessaires pour réparer, et le départ dut être reporté au jour suivant.

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Biarritz vu de haut b Les escales au Moyen-Orient et en Extrême-Orient

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Le 11 mars, l’étape Tripoli-Le Caire fut effectuée sans  escale en 10h30. Un aide-mécanicien de l’aérodrome d’Héliopolis creva malencontreusement une aile en faisant le plein d’essence : la réparation retarda de nouveau l’envol de 24 heures.

De multiples incidents mécaniques marquèrent les  étapes suivantes. Munch, le mécanicien n’avait guère le temps de s’amuser aux escales : le problème majeur fut une montée de la température d’huile au fur et à mesure que la latitude baissait. 1l y fut remédié par des aérations supplémentaires.

L’escale suivante fut Bassorah. Le 14 mars, il avait été prévu d’aller directement à Karachi, mais, ayant décollé avec retard de Bassorah, le jour retardant d’une heure, il devint impossible d’atteindre Karachi avant la nuit. Aussi, ayant les coordonnées d’un terrain de secours à Gwadar (Baloutchistan), il fut décidé de s’y poser après un vol de 9 h 30 dans des  conditions éprouvantes à cause des remous et de la chaleur.

Les étapes suivantes furent Karachi, Allahabad et Calcutta. Partant au lever du jour, le « Biarritz » atterrissait au milieu de l’après-midi, ce qui permettait à l’équipage d’accomplir les formalités, d’avoir un entretien avec les services météorologiques et de procéder à diverses opérations de vérification ou de réparation.

Le 19 mars, le décollage de Dum-Dum, aérodrome de Calcutta, fut acrobatique en raison de l’exiguïté du terrain : bien qu’ayant pris peu d’essence, seule l’habileté de de  Verneilh évita la catastrophe: l’avion passa entre deux « décors ». Pour la première fois depuis la Tunisie, le « Biarritz » rencontra des nuages qui devinrent de plus en plus importants en allant vers le sud. L’étape qui devait être courte  à cause de la faible quantité d’essence emportée, se termina à Akyab en Birmanie après 3 h 30 de vol. L’avion y resta deux heures sous une chaleur torride et en fin d’après-midi arriva à Moulmein toujours en Birmanie sur un terrain dépourvu de toute installation. Des religieuses françaises, au milieu de quelques Anglais et d’indigènes, furent très émues de rencontrer des aviateurs français, elles qui n’avaient pas vu la France depuis dix ou vingt ans.

A l’escale suivante, Alor Star, capitale de l’Etat malais de Kedah, l’équipage fut accueilli et reçu par le fils du sultan de cet Etat. Le 21 mars, l’avion survola le détroit de Malacca et, après 10h30 de vol, atterrit à Batavia (Djakarta). Ce fut l’étape la plus dure de tout le voyage, en raison du mauvais temps, et la plus éprouvante pour le pilote du fait de la violence des remous avec l’obligation pendant de longs moments de voler à quelques mètres au-dessus des vagues. « C’est un scandale » (sic) disait Munch selon son expression favorite !

En effet, pendant les sept premières heures, de gros grains s’étaient succédé, séparés par de courtes éclaircies découvrant un soleil de plomb ; l’avion se faufila entre d’impressionnants nuages noirs changeant constamment de cap, ce qui rendit difficile la navigation à 1′estime. Le navigateur avait annoncé à ses compagnons que l’Equateur serait franchi vers midi ; comme c’était le jour de l’équinoxe au passage de la ligne, le soleil serait presque exactement à la verticale : une courte éclaircie permit de le constater. Les remous ne permirent toutefois pas de sabler le champagne. Les masses nuageuses s’estompèrent à environ 400 km de Java. Le «Biarritz » grimpa à partir de 2000 m, les montagnes de la grande île à 300 km en avant se dessinèrent sur l’horizon. C’était la première fois qu’un avion français atteignait l’île de la Sonde.

L’appareil avait besoin d’une révision sérieuse, à laquelle  Munch procéda avec l’aide des ateliers de la KLM. En particulier, les « chapeaux de clown »,  nom donné par l’équipage aux casseroles d’aluminium perdues au début du voyage furent remplacés par de petits hémisphères en aluminium qui furent aussitôt baptisés « petits seins de danseuses de Bali ».

Le 23 mars, ce fut l’étape la plus agréable du voyage avec un ciel découvert et un spectacle splendide : Java dominée  par une chaîne montagneuse, parsemée de volcans de plus de 3000 m. Après avoir survolé Bali, puis Lombok, l’avion atterrit à Bima (ile de Soembawa) où en fin de roulage, il s’enlisa le terrain étant en partie inondé.

Le lendemain, décollage difficile sur une piste détrempée. Plusieurs orages amenèrent l’avion  au ras des flots. Après 3h 40 de vol, atterrissage sur le terrain de Koepang dans la partie néerlandaise de Timor. De nouveau, les roues s’enlisèrent : le capotage fut évité de justesse et il fut impossible de poursuivre la route, le jour même, vers l’Australie, comme prévu. 

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IMG_0605b En Australie

(photo : fin d’atterrissage à Brisbane – Max Dévé émerge du cockpit) 

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Des pluies diluviennes mirent en échec plusieurs tentatives de départ et le surlendemain le « Biarritz » put enfin décoller cap sur Port Darwin, qu’il atteignit après 6h30 de vol à l’issue d’un voyage de 800 km au-dessus de la mer.   Pour la première fois un avion français venant de France se posait en Australie. Le ministre de la Défense Nationale d’Australie félicita l’équipage par télégramme et l’accueil fut très chaleureux.

La traversée de l’Australie, de Darwin à Brisbane, fut effectuée par de petites étapes de 3 à 6 heures. Le jour de Pâques, courte étape qui mena le « Biarritz » jusqu’à New Castle Water, les possibilités en ravitaillement d’essence étant extrêmement réduites, l’étape suivante fut également courte, les conditions météorologiques furent très dures pendant toute la durée de la traversée de l’Australie : grains et chaleur accablante, 38° dans la cabine. Le navigateur s’efforçait de tirer le meilleur parti d’une carte au 1/4 000 000 et de croquis à l’ozalid difficiles à interpréter; pendant ce temps, de Verneilh se battait avec les commandes et Munch s’exclamait : « C’est pas marrant votre truc ! Quel scandale ! »

Escale à Brunette Down en milieu de journée pour prendre un peu d’essence et poursuite du voyage vers Cloncurry. Après 4 h de vol pénibles, le moteur droit laissa échapper de l’huile. Malgré cela, Camoowal, terrain de secours à 300 km à l’ouest de Cloncurry,  fut rejoint sans encombres. Le réservoir d’huile du moteur était presque vide à cause d’une fuite dans une canalisation que Munch put réparer facilement.

Le lendemain, après 6 h 30 de vol, Longreach fut atteint et le 30 mars le « Biarritz » se posa à Archerfield à une quinzaine de kilomètres de Brisbane : l’avion était à pied d’oeuvre pour l’ultime étape de 1500 km sans escale. Il avait volé 126 h depuis le Bourget. Une révision sérieuse s’imposait: il fallait, en particulier changer les hélices endommagées par la pluie. Plusieurs réceptions furent organisées pour l’équipage et, par deux fois, il fut interviewé à la radio.

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Cockpit Biarritz Max DV b De Brisbane à Nouméa

(photo : Ch. de Verneilh et M. Dévé dans le cockpit du Biarritz)

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Le 1er avril, après un vol d’essai, l’appareil est prêt, mais les conditions météorologiques retardent le décollage. Le 5 avril, au matin,  le temps s’améliore progressivement vers la Nouvelle-Calédonie, seule difficulté : un vent contraire variable tout le long du parcours. Sur 1′aérodrome où tombe une petite pluie fine, il fait presque froid.

Une discussion s’engage entre le pilote et le navigateur:

- Est-ce que tu peux décoller de ce terrain détrempé?

- Oui, mais ne crois-tu pas le temps trop moche pour 1′étape?

- Non, çà se dégagera peu à peu. Allons-y ! Dans deux ou trois heures, nous aurons un temps potable.

- Inch Allah! dit de Verneilh. Nous partons !

Il est 5 h 30, toute la longueur de la piste est nécessaire au « Biarritz » pour décoller, rasant quelques obstacles, le cap est aussitôt mis sur la Nouvelle-Calédonie ; le survol de la Grande Barrière de Corail permet une mesure de dérive et de vitesse-sol. Pendant plus de 2 heures, l’avion évolua entre la mer et  les nuages bas, dans la pluie, puis peu à peu le ciel s’éclaircit.

Dès le départ, le cap avait été pris pour aller directement sur Nouméa : mais la ville étant située au sud de l’île, une petite erreur vers la droite risquait de faire manquer la terre. Or, des bancs de nuages, qu’il fallait contourner, obligèrent l’avion à changer plusieurs fois de direction, ce qui nuisait à la précision de l’estime, d’autant plus que les mesures du cinémo-dérivomètre étaient incertaines. Le navigateur estima alors prudent de prendre un cap  de 3° plus à gauche, ce qui devait permettre d’arriver avec certitude sur  le milieu de l’île.

A partir de la quatrième heure, le ciel se découvrait progressivement. Un point estimé était envoyé toutes les heures. 7 h 30 après le départ, Max Dévé estima l’avion à moins de 300 km de la Nouvelle Calédonie. Les montagnes s’élevant à 1500 m, et se souvenant des magnifiques visibilités de 200 à 300 km dans les îles de la Sonde, il envoya par radio, avec la position estimée, le message « comptons bientôt voir terre ». De Verneilh crut distinguer des montagnes, mais ce n’étaient que des nuages. Une heure plus tard, Dévé transmettait : « Ne voyons toujours pas la terre » et donnait un point estimé à 150 km de la côte.

Le ciel s’est dégagé, les trois « moulins » tournent bien, les minutes paraissent des heures, Dévé refait ses calculs et s’assure que de Verneilh ne se relâche pas dans la tenue du cap ; il est sûr de sa route mais moins de la vitesse-sol. Munch et de Verneilh commencent à douter des calculs du navigateur, qui demande au pilote de modifier sa route de un degré. Munch demande à Dévé : « On a manqué l’île ? » Dévé lui répond: « Naturellement, mais ça ne fait rien, on trouvera l’Amérique ! ». Munch se plonge alors dans la lecture d’un journal de sports, en ruminant un nouveau «scandale». En fait, pilote et mécanicien ont une entière confiance dans le navigateur.

Au bout d’une nouvelle heure, la terre n’est toujours pas en vue; le point  situe la côte à 50 km. Dévé demande à de Verneilh de descendre très bas afin de prendre une heure de soleil au sextant. La manoeuvre est à peine commencée que de Verneilh crie « Terre » !  En moins de deux minutes dans la grisaille d’un ciel un peu plus nuageux, une chaîne de montagnes emplit l’horizon.

L’avion atteint l’île comme prévu, en son milieu dans la région de Bourail. Dévé, hors vacation, envoie le message « Atterrissage dans 20 mn à Tontouta »  et 5 mn après le « Biarritz» survole la barrière de corail. L’équipage aperçoit une rivière dans la plaine, c’est la Tontouta dont le nom est écrit en blanc dans un grand cercle au centre de l’aire prévue pour l’atterrissage. Une fumée indique la direction du vent et une foule considérable attend en bout de terrain. Le « Biarritz » effectue son approche, mais en finale, à 3 ou 4 m du sol, son aile droite heurte un arbre en bordure du terrain. L’extrémité de l’aile est cassée, l’avion fait un brusque écart à droite, pique du nez, se met en pylône. L’équipage, un peu choqué, mais indemne, est alors acclamé par une foule enthousiaste, conduite par le gouverneur général Guyon entouré de toutes les autorités civiles, militaires et religieuses de l’île.

Plus tard lorsqu’il parlait du raid, Max Dévé aimait à dire que « l’atterrissage manqua de dignité ». Pourtant, le journal local « la France Australe » avait écrit à ce sujet le lendemain : «  Une blessure ne peut qu’augmenter les risques et donc la gloire du Triomphe, celui-ci est complet ! » 

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Photomontage_Raid_Paris-Noumea cv

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Biarritz3 expo Grand Palais 1933 Le premier vol Paris-Nouméa – 2ème Partie : Après le raid

(photo : le Biarritz à l’expo du Grand Palais de 1933 porte sur la bande tricolore de fuselage les 21 étapes du raid)

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MaxDEVE&Charlotte Guyon c L’accueil à Nouméa

(photo : Max Dévé et la fille du gouverneur de Nlle-Calédonie, Charlotte Guyon, lors d’une réception à Nouméa)

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Fêtes et réceptions se succèdent à Nouméa pendant plus de trois semaines. Les trois aviateurs sont invités partout, tant par les officiels que par les particuliers, sans oublier les visites dans les écoles où les jeunes élèves leur dédient des poèmes admiratifs et émouvants….

Deux timbres spéciaux de 0,40 francs et 0,50 francs furent émis. L’équipage reçut de métropole un télégramme de félicitations du gouvernement.

La presse locale (La France Australe, Le Bulletin du Commerce, L’Echo de La France Catholique) publie de multiples reportages enthousiastes sur le raid ainsi que des interviews des trois aviateurs. La Nouvelle Calédonie, grâce à « ce grand oiseau venu du ciel », se sentait enfin reliée à la France sa mère-patrie…A la une de la France Australe du 5 avril 1932, le journaliste Charles Desmazières s’enthousiasme du succès de cette « randonnée » :

Salut aux aviateurs venus de France !

Salut au capitaine de Verneilh, l’animateur de la randonnée !

Salut au capitaine Dévé et au mécanicien Munch, ses compagnons !

Salut aux belles ailes françaises venues jusqu’à nous !

Salut à la Patrie venue jusqu’à sa colonie lointaine !

Nous avons enfin la visite de l’un de ces beaux avions français qui émerveillent le monde

et dont nous avons tant et si longtemps souhaité la visite.

Enfin ! Enfin !

 

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DSCN3869 b LeMatin 06avril32 Le retentissement en métropole

 (photo : la Une du journal Le Matin 6 avril 1932)

 

En France, de nombreux journaux nationaux évoquèrent en Une l’exploit du Biarritz : le Journal, Paris-Soir, L’Ami du Peuple, le Matin, L’Excelsior, le Petit Parisien évoquèrent  « le triomphe de l’aviation française » « la splendide performance de l’avion Couzinet-Biarritz », entre autres. 

Le 15 avril 1932, on put lire dans le magazine officiel de l’Aviation Française « l’Air » que  les Anglais avaient baptisé ce voyage  le “raid-fou”  parce qu’ils estimaient qu’avec un prototype  Couzinet, de Verneilh  et Dévé ne pourraient pas rivaliser avec leurs lignes régulières orientales comportant des relais d’avions et d’équipages. Le  “raid-fou” est dans le genre du  “fool-flyer” Lindbergh.

 « L’incroyable a été réalisé », pouvait-on lire encore  dans ce magazine qui ajoutait : « Nous sommes heureux d’enregistrer ce succès qui donne à de Verneilh, Dévé et Munch la place à laquelle ils ont droit parmi les grands champions et permet au jeune trimoteur Couzinet de se révéler comme un des appareils les plus remarquables, et le constructeur n’avait que 27 ans ! ».

A leur retour  à Paris, l’équipage fut reçu avec tous les honneurs à l’Aéroclub de France par le ministre l’Air Paul Painlevé. De Verneilh et Dévé s’étaient pourtant vu refuser les aides financières de l’aéronautique française pour la réalisation du raid !

Quant à l’avion, il  fut démonté et expédié par cargo vers Marseille via Panama. Il sera réparé dans les ateliers Couzinet, puis il sera présenté au Salon de l’aviation au Grand Palais à Paris en 1933, avec la liste des escales qui ont jalonné le raid de 1932. Il connaîtra une deuxième carrière aux mains de Charles de Verneilh et de Jean Mermoz : Afrique, Russie, Scandinavie entre autres. 

 

Monument_inauguration_stele b Après 1932

photo : 80 ème anniversaire du raid devant le monument à la mémoire du Biarritz  - Bertrand Dévé - Marie-Odile Dévé son épouse – Anne-Marie Palmeirao-Dévé, fille de Max Dévé – Mathias Palmeirao – trois élèves d’une école de Païta – Erick David, président de l’APPAC (Association pour la Préservation du Patrimoine aéronautique Calédonien)

 

En 1937, un monument à la mémoire du Biarritz et de son équipage fut érigé en bordure du terrain de Tontouta, où l’on peut toujours l’admirer : il représente deux ailes déployées au-dessus d’un globe et une plaque de cuivre reproduisant les quatre continents traversés et mentionnant les étapes du raid. Un timbre et une enveloppe premier jour ont été émis à l’occasion du cinquantenaire du raid en 1982. Trois rues de Nouméa portent le nom des trois aviateurs Charles de Verneilh, Max Dévé et Emile Munch.

Le 5 avril 2012, pour le 80e anniversaire du raid du Biarritz, et en présence de descendants de Max Dévé, une plaque commémorative a été apposée sur le socle du monument, précisant les exploits réalisés par l’équipage du Biarritz. Ce même jour, le raid faisait la « une » du quotidien « les Nouvelles calédoniennes » et était l’objet de reportages à la télévision locale.

86 années ont passé…et la mémoire du raid du Biarritz est toujours présente à Nouméa. Les progrès de l’aviation ont été considérables depuis l’époque des pionniers qui était celle des années 30, et nombreux sont maintenant les avions qui atterrissent à l’aéroport international de Tontouta. La démocratisation de l’aviation bénéficie dorénavant de plus en plus des technologies les plus avancées, qui permettent de faire Paris-Nouméa en quelque 24 heures dans de bonnes conditions de confort.

Mais imaginons nos trois aviateurs du « Biarritz », enfermés de longues heures dans un fuselage étroit, où la chaleur était très élevée et le bruit des moteurs assourdissant, sans contact radio avec le sol, survolant des contrées et des mers où, en dehors des escales programmées de longue date, atterrir était impossible…Imaginons leurs doutes, leurs questionnements, mais aussi leur esprit d’équipe et leur volonté de réussir… 86 ans après, leur exploit force encore l’admiration : saluons donc  leur témérité, leur endurance , leur courage et leurs compétences.

 

Max DEVE devant Biarritz c Hommage à mon père et travail de mémoire 

(photo : Max Dévé devant le Biarritz)

 

Mon père Max Dévé (1893-1976) était quelqu’un de modeste, qui aimait raconter son histoire et sa vie, mais à condition qu’on le lui demande. Lors du raid de 1932, il avait 39 ans et était célibataire. Il épousera en 1935 Odette Dufresne, de 17 ans sa cadette, avec laquelle il aura 6 enfants. Je suis le 5 ème de la fratrie, et j’ai de nombreux souvenirs des tablées familiales où chacun essayait de s’exprimer. Mon père ne parlait pas de ses « exploits », surtout ceux réalisés avant que ma mère ne partage sa vie. Nous savions tous, mes frères et sœurs et moi, que le raid Paris-Nouméa avait été un exploit, mais je suis le seul de nous six à avoir été, très tôt, passionné par l’aviation,  au point de passer mon brevet et ma licence de pilote privé. C’est pourquoi j’ai cherché, dès 1982, c’est-à-dire 6 ans après le décès de mon père, à retrouver la trace de l’exploit de 1932 en allant une première fois à Nouméa pour le 50 ème anniversaire du raid, et j’ai pu, entre autres, remettre en mains propres au conservateur du musée de Nouméa le seul film de l’atterrissage du Biarritz, réalisé par un américain, et que nous n’avons découvert qu’en 1957. Sur le plan familial, j’ai pu, à cette occasion, renouer avec ma cousine Chantal Charbonnier, mariée à Hubert Chavelet, directeur d’un journal local : ils m’ont hébergé fort agréablement pendant mon séjour.

 Ensuite ce sont les hasards de la vie qui ont permis d’aller plus avant dans notre connaissance de l’histoire de ce raid, afin de perpétuer sa mémoire. Quelques mois après ma prise de retraite, en novembre 2010, j’ai été envoyé en mission auprès du gouvernement calédonien, et mon épouse Marie-Odile a pu m’accompagner. Grâce à ses recherches et à ses contacts, nous avons fait des rencontres extraordinaires : trois calédoniens qui avaient assisté, enfants, à l’atterrissage du Biarritz ! Puis deux pilotes privés calédoniens, qui se préparaient pour refaire le parcours du « Biarritz » avec leur « Spirit of Nouméa ». Enfin le président de l’Association pour la Préservation du Patrimoine Aéronautique Calédonien, qui commençait à travailler sur le 80 ème anniversaire prévu en mars 2012…

De retour en France, nous avons rassemblé tous les documents relatifs au raid, éparpillés dans la famille, et nous avons commencé un vrai travail de mémoire. Nous avons mis au point une conférence sur l’histoire de ce raid, complété par un powerpoint. Nous avons donné cette conférence un certain nombre de fois en France, ainsi qu’à Nouméa : la première fois en avril 2012 pour le 80 ème anniversaire,  la dernière fois en mars 2015 à l’invitation de l’Armée de l’Air.

Je reste très admiratif et impressionné par ce raid Paris-Nouméa, réalisé par des personnalités très différentes. Charles de Verneilh se tuera en 1933 aux commandes de son « Biarritz » dans le Morvan, par excès de confiance en lui. Emile Munch poursuivit sa très belle carrière de mécanicien navigant. Quant à mon père Max Dévé, ce « héros très discret », il a poursuivi une carrière militaire exceptionnelle, puis dans l’aviation civile…mais je vous en dirai plus dans le prochain numéro du Chardenois ! 

 

 Dessins Biarritz c Dessins Biarritz c

Dessins Biarritz c

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Pour en savoir plus sur le raid, nous conseillons à nos lecteurs de regarder et d’écouter la conférence donnée par Bertrand Dévé au Musée de l’Air le 26 avril 2014, en cliquant sur le lien ci-après : url.html et de consulter  la rubrique  « raid Paris Noumea 1932 » sur Wikipedia en cliquant sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Raid_Paris_Nouméa_1932

 

 

 

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Bulletin n°16 ** Février 2016 ** fondateur : Philippe Moisand

 

Bulletin spécial

CHARBONNIER 

 

 

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                                                          Philippe Moisand

 

 

Non Le Chardenois  n’est pas mort ; il renait une nouvelle fois de ses cendres. C’est Alain Charbonnier, dernier fils de Pierre, lui-même fils d’Edouard, le frère de la Reine, qui nous en donne l’occasion. Un premier contact  par l’intermédiaire du blog, puis des retrouvailles à la maison pour un dîner auquel participaient Dominique et Gaëtan (Daniel était indisponible pour cause de convalescence) ont conduit naturellement à un échange de souvenirs et d’informations sur nos ancêtres communs. De là à formaliser tout cela dans un numéro spécial du Chardenois, il n’y avait qu’un pas. Il est aujourd’hui franchi avec cette nouvelle édition, plus particulièrement centrée sur Robert Charbonnier.

On se gardera cependant de chercher à faire un portrait exhaustif du personnage, d’autant qu’il a déjà été évoqué dans de précédents numéros. Nous avons retenu en priorité ses albums de dessins et croquis qui révèlent un esprit taquin, parfois corrosif surtout à l’égard des militaires, mais n’épargnant personne et surtout pas lui-même. Vous en trouverez une sélection dans l’attente d’une compilation plus complète. Il nous a aussi paru intéressant de porter l’accent sur sa véritable passion de la chasse à courre et ses talents d’écrivain en reproduisant l’article qu’il a publié en 1893 dans une revue spécialisée (La Chasse Illustrée).

Mais il serait incongru de passer aujourd’hui sous silence cette douloureuse cassure de la famille Charbonnier qui a totalement ruiné les espoirs mis par Robert dans son testament de voir sa descendance échapper à la discorde. Nos fins limiers, Daniel et Geneviève en tête,  font appel à leur mémoire ainsi qu’à celle de leurs proches et épluchent fébrilement les archives familiales des deux côtés, tout au moins pour ce qu’il en reste, mais aussi départementales et nationales. Leur travail est loin d’être terminé et donnera lieu en son temps à un rapport aussi complet que possible. A ce stade, on se contentera d’un bref rappel historique de ce que l’on connait et d’une liste d’interrogations auxquelles les travaux en cours apporteront peut-être une réponse. Vous trouverez cette première ébauche d’une histoire longue et complexe au chapitre intitulé, comme il se doit au vu des circonstances, “Les chiens de faïence”.

Enfin Geneviève Moisand alimente une nouvelle fois notre rubrique « Le coin des ancêtres » consacrée aujourd’hui à Charles Bercioux, beau-frère de Robert depuis son mariage avec Claire Charbonnier, et peut-être encore plus que cela lorsque Robert a lui-même épousé Caroline. Mais ceci est une autre histoire …

 

 

NB : Nous conseillons à nos lecteurs, pour mieux apprécier ce bulletin spécial,  la lecture (ou la relecture) des articles  parus dans le Chardenois, traitant de Robert Charbonnier, de sa famille et de la création de la Faïencerie de Longchamp :

l’article de Mamie Moisand Martin, in  bulletin n° 4 ** janv. 2010 ** 

le testament de Robert Charbonnier, in  bulletin n°  5 ** mai 2010 **

les articles de Christiane Moisand Bernard (extrait de son  livret « la Saga des Charbonnier-Moisand »), de Gaëtan et de  Daniel Moisand, in bulletin n°  8 ** avril 2011 ** 

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photo de titre : Robert Charbonnier – Longchamp vers 1900-1905

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IMG_2484 dd  “ Lonchamp illustré ”

                                   Les recueils de dessins de Robert Charbonnier

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Contributions : Alain Charbonnier et Dominique Moisand

Textes : Philippe et Gaëtan Moisand

Mise en page et retouche numérisée des dessins : Gaëtan Moisand

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Conservés précieusement par Alain Charbonnier d’une part et Dominique Moisand d’autre part, les recueils de dessins de Robert Charbonnier sont grâce à eux réunis  pour la première fois depuis plus de cent ans.

L’un des recueils  porte ce titre “Lonchamp illustré » qui nous apparaît parfaitement adapté à l’ensemble de ses œuvres.

Lonchamp sans g ! Ce n’est certainement pas une erreur (la même orthographe se retrouvant dans le titre du 2ème recueil), mais  plutôt une élégance de l’auteur qui aurait  préféré peut-être que le nom de son village s’orthographiât ainsi.

Même si Robert Charbonnier semble bien être un dessinateur autodidacte  (personnages dessinés le plus souvent de profil, voire de dos, très rarement de face,  maîtrise imparfaite de la perspective,…), il a néanmoins un joli coup de crayon. De plus, les scènes qu’il choisit de développer et les légendes qui les accompagnent  donnent à ses dessins une singularité attachante. Dans une autre vie, il aurait pu être un caricaturiste hors pair, au regard aigu, malicieux et à l’humour parfois décapant!

Nous présentons ici une sélection de dessins en les regroupant par thèmes,  quelle qu’en soit la date :  les militaires, la famille, le village, la Faïencerie et la chasse.

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Longchamp 003 ccc  Les militaires

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Tous les croquis sur les militaires datent de 1891 et ne sont pas tendres à leur égard, loin s’en faut. Les officiers de cavalerie sont particulièrement bien ciblés et plutôt vus comme des militaires d’opérette. Souvenir de la guerre de 1870 à laquelle Robert a participé et règlement de compte avec ses anciens supérieurs? C’est bien possible, voire même probable.

Le (futur) général du 1er dessin est le seul à ne pas être en tenue militaire, ni à cheval, il est pourtant bien à sa place dans cette galerie de portraits d’officiers finement ridiculisés.

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Longchamp 011 lég cc      Longchamp 009 lég cc      Longchamp 006 lég cc

Longchamp 032 lég cc      Longchamp 033 lég cc      Longchamp 038 lég cc

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 IMG_2474 bb La famille 

 

La famille tient bien entendu sa place dans ce florilège. Robert se met en scène, le plus souvent dans des postures peu avantageuses. Son épouse Caroline est aussi présente, ainsi que chacun des cinq enfants du couple (Juliette, Henriette, René, Edouard et Hélène).

Marcel Joran est la seule « pièce rapportée » à figurer.  Jules Bos, pourtant déjà marié avec Henriette à la date du deuxième album (1905), n’apparait pas une seule fois. Quant à Gaëtan Moisand, marié avec Hélène en 1908, il n’a pas connu son beau-père décédé 3 ans plus tôt et n’a donc pu être « croqué » par ce dernier. Peut-être valait-il mieux pour lui comme pour Jules Bos, car le regard du beau-père sur son premier gendre est plutôt moqueur.

Le dessin de titre, Lolo et Riri au piano (alias Hélène et Henriette), fait immanquablement penser à la même scène, mais 50 ans plus tard, des deux soeurs jouant à 4 mains dans le salon de la villa à Longchamp. Il y avait en plus, dans les années 50, sous le siège des pianistes,  une petite main agitant une feuille de houx sur les mollets d’Henriette,  souffre-douleur à demi-consentante, laquelle tentait malgré les piqûres de rester au diapason de sa soeur ( lire ou relire l’article de Marie-Thé Moisand Pruvost “ Mon vieux piano” et une note sur  Henriette in bulletin n° 8 ** avril 2011 **).

Les dessins de la famille sont précédés ici de photos de Robert, Caroline et leurs enfants.

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    Robert – Caroline

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Caroline et Juliette – René et Edouard – Henriette

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Hélène

Hélène 1c- 

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 Robert – Robert et son tailleur – Robert et Caroline -                                                        

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René et Edouard  -  Caroline et Hélène  - Juliette et Hélène

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Robert et Marcel Joran  -  les deux mêmes et Juliette  - Ch. Bercioux et Claire 

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IMG_2476 bbbb  Le village

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Robert Charbonnier dépeint des personnages emblématiques du village et de petites scènes amusantes.

Dans le croquis du Conseil Municipal, il se peint lui-même comme très souvent dans ses dessins, ici au milieu de ses conseillers. Maire de Longchamp, il participe ainsi à la longue tradition de maires du village issus de la famille  (Marcel Charbonnier, son frère, avant lui, René Charbonnier, son fils après lui, puis Gaëtan et Henry Moisand pendant une bonne partie du XXème siècle).

Dans l’un des croquis présentés ici, on découvre Mitron, le piqueur de Robert Charbonnier à la chasse, dans un échange savoureux avec Mr l’Adjoint en patois local, communément utilisé par les habitants de Longchamp jusque dans les années 1950. Manque le son, malheureusement !

On regrette qu’il ne se soit pas plus appesanti sur ce thème.

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IMG_2533 bbb  La faïencerie

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Pas plus que sur le précédent thème, Robert Charbonnier ne s’appesantit ici outre mesure.

Peut-être ce thème est-il trop sérieux… Pourtant, il ne se départit pas  de son humour habituel en croquant des ouvriers, des employés ou des représentants de la Faïencerie. Comme notamment dans cette scène où une théorie de magasinières transporte des “marchandises” à l’emballage, qui ne sont autres que … des pots de chambre !

Ne riez pas. Le pot de chambre, au même titre que tout le sanitaire (brocs à eau, cuvettes, porte-savon, etc.) représentait alors une part importante de la production. La Reine nous a même confié que c’est en grande partie cet ustensile qui a sauvé la faïencerie de la déroute pendant la Grande Guerre, après qu’elle soit « montée » à Paris pour extorquer au Ministre des Armées une commande très importante de pots de chambre.

Robert se met en scène lui-même dans le 4ème dessin ; du moins, il semble bien que ce soit lui, décryptant non sans mal les chiffres de la comptabilité, mais peut-être est-ce l’oncle Bisson, frère de Julie Adrienne, la mère de René et Marcel, dont la présence durable à Longchamp paraît certaine si l’on en croit les multiples dessins où il est présent. Et dans le  6ème dessin, il dépeint son frère Marcel, très remonté en raison du mauvais entretien d’une machine.

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Longchamp 001 dd La chasse

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La chasse et le cheval étaient clairement les passe-temps favoris de Robert Charbonnier. La légende familiale semble bien ici correspondre à la réalité : “il fut séduit par les grands bois, les prairies, la rivière, les étangs, le village, bref, tout ce qui lui permettait de lancer et développer l’exploitation agricole dont il rêvait” (Christiane Moisand Bernard, qui écrit plus loin, dans son livret “La saga des Charbonnier-Moisand”, que le cheval était la distraction favorite de son grand-père). Même si ce n’est finalement pas une exploitation agricole qu’il développa à Longchamp mais une faïencerie, qui l’accapara certainement le plus clair de son temps, il semble n’avoir jamais abandonné ni la chasse ni le cheval.

Bon cavalier, bon chasseur, il disposait de son propre équipage qu’il mêlait à ceux de ses voisins pour des chasses à courre dans les forêts de Longchamp, Saint Léger et autres lieux (voir ci-dessous une “correspondance” de Robert Charbonnier à la revue “ La chasse illustrée” de 1893) . Mais il ne négligeait pas pour autant la chasse devant soi ni la chasse au gibier d’eau, ainsi qu’en témoignent plusieurs croquis.

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Longchamp 001 lég cc      Longchamp 023 lég cc      IMG_2500 cc

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Le 2ème dessin de cette série met en scène de façon amusante la recherche par les chasseurs, dont l’auteur du dessin, d’un gibier d’eau tombé dans les roseaux en bordure de l’étang de Saint-Léger. C’est le père Thimel qui se dévoue (peut-être n’a t-il pas eu le choix !?). Bien qu’il soit déjà en demi-tenue d’Adam, Robert Charbonnier lui conseille malicieusement de relever  sa chemise.

Le père Thimel est un ancien cultivateur de Maxilly-sur-Saône dont la famille était certainement proche des Charbonnier puisque sa fille Claire, née en 1868, l’année de l’acquisition de la tuilerie-faïencerie de Longchamp par les Charbonnier, a pour parrain Robert Charbonnier lui-même. Les Thimel  quittèrent Maxilly pour Longchamp après cette acquisition. Lors du grand « schisme » de 1909, les fils du père Thimel suivirent Edouard Charbonnier à Salins, tandis que Claire mariée à Hyppolite Damongeot  resta fidèle  à Longchamp. Claire est la grand-mère de Jacqueline Damongeot.

Dans les 3ème et 4ème dessins, on retrouve “ le vieux et fidèle” Mitron, comme le définit Robert Charbonnier. Mitron, que l’on a déjà vu  dans une scène de village savoureuse,  semble être de toutes les parties de chasse, devant soi avec Robert Charbonnier et ses fils, ou à courre en tant que piqueur.

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Robert Charbonnier se révèle aussi habile à manier la plume que le crayon pour décrire une scène de chasse. A preuve, ce récit d’une chasse à courre en forêt de Longchamp,  écrit de sa main et paru dans un n° de l’année 1893 de la revue “La Chasse Illustrée”.

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chasse ill  chasse ill 1893  Récit d’un laisser-courre

                                    Correspondance de Robert Charbonnier

                                         in “ La chasse illustrée” (1893)

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On trouvera à la suite de cette lettre un petit lexique de vénerie qui permettra au lecteur peu porté sur ce genre d’exercice d’en déchiffrer toutes les subtilités techniques.

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“Les animaux sauvages – c‘est ce qui les distingue des ministres - savent tomber avec dignité”

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Longchamp 025 bc  Longchamp,

                      Cher Monsieur Bellecroix,

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Vous me demandez si, parmi nos dernières chasses, je n’ai point à vous conter quelque joli laisser-courre. Votre gracieux souvenir arrive à point.

Hier, rendez-vous au pavillon, en forêt de Saint-Léger. Mr le vicomte de Beauchaine faisait conduire sur la brisée 24 de ses beaux bâtards poitevins auxquels j’ai joint 11 harriers.

Après avoir surmonté quelques difficultés, produites par la présence d’une harde de chevreuils mis sur pied le matin par des coupeurs de harts, nos trente-cinq chiens, après un court rapproché, faisaient bondir un brocard.

Il était midi.

L’animal fila droit et soutint pendant quarante minutes, en forêt de Montdragon, un train d’enfer. Arrivé dans un gaulis, il fit un retour assez long, mais les chiens de tête, accusant la double voie, indiquèrent nettement qu’il s’était replié sur ses derrières. Le retour fut pris immédiatement et les braves toutous ne tardèrent pas à se récrier sur la voie du brocard qui, à ce moment, avait pris assez d’avance pour aller bondir dans une coupe rase et rentrer dans un grand perchis clair, où il battit l’eau dans un large fossé, transformé en ruisseau, sur une longueur de 5 à 600 mètres.

Nos chiens bien tous ensemble se mirent aussitôt à travailler sur les berges, en nous indiquant bien qu’ils avaient connaissance de leur animal et, un quart d’heure après, ils le relançaient à vue avec beaucoup d’entrain.

Dès ce moment, le chevreuil était condamné, mais – c’est ce qui les distingue des ministres – les animaux sauvages savent tomber avec dignité.

Il quitta la forêt de Montdragon, pour se jeter dans les bois communaux d’Athée, très fourrés et mal percés ; maintenu dans ces jeunes tailles à la plus sévère allure, il se vit obligé de débûcher et après une pointe dans un bois particulier, de franchir la ligne de chemin de fer d’Auxonne à Gray.

J’ouvre ici une parenthèse.

Représentez-vous, si vous le pouvez, la rage folle de quatre veneurs, arrêtés dans un semblable moment, devant un passage à niveau, par les manœuvres d’un train de marchandises !!!

Enfin, tout passe dans la vie, même les trains de marchandises, bien que, à première vue, cette dernière proposition puisse vous paraître invraisemblable.

Pendant ce temps, notre animal continuait sa course en poussant droit devant lui, traversait l’extrémité sud du village d’Athée, faisait ses derniers efforts dans les champs d’asperges qui constituent l’une des gloires d’Auxonne, au grand détriment de l’odorat de ses habitants, puis, complètement sur ses fins, les chiens lui soufflant au poil, il débûchait dans ces splendides prairies qui bordent la Saône, et courait droit se jeter dans la rivière, qui mesure sur ce point plus de 100 mètres de largeur.

Le brouillard du matin était levé, le soleil resplendissait et les trente-cinq chiens d’attaque noyaient leur chevreuil, en pleine Saône, aux portes d’Auxonne, après 2 heures 25 minutes de chasse très vive.

Que vous dirais-je de plus ?

La curée fut faite sur la prairie et un lunch nous fut donné par Mme la la vicomtesse de Beauchaine, toujours si prévenante et si gracieuse pour ses invités et qui avait suivi la chasse en charrette chargée de provisions très appréciées après cette course au clocher.

Le pied fut offert à Mme la vicomtesse de la Moussaye ; il lui était dû à bien des titres, mais bien mérité par la vaillance avec laquelle elle avait suivi, dans des terrains épouvantables.

Etaient présents à l’hallali MM  le commandant de Beauchaine et le comte de Scey ; MM de Terrier et Desmarets, capitaines au 2ème de dragons ; MM les lieutenants de la Moussaye, Chambon, Perret, de la Maisonneuve, de Prevoisin, de la Perrière, Lemaire, votre serviteur et ses deux fils.

Laisser-courre par François, et n’oublions pas le vieux et fidèle Mitron, arrivé à pied, assez à temps pour absorber une flûte de champagne .

A vous, bien cordialement.

Robert C.

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photos de titre et de début d’article :

- entête de la revue « la Chasse illustrée » 

 - l’article de RC, copie de l’original 

- dessin de RC,  titré « hallali courant »-

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Petit Lexique de  Vénerie

On rappelle tout d’abord que la vénerie est l’art de chasser des animaux sauvages avec des chiens courants.

  • Laisser-courre: lieu ou moment où l’on découple les chiens. C’est en fait le départ de la chasse, mais il semble que le mot soit utilisé ici aux lieu et place de chasse à courre.
  • Harrier : race de chiens courants.
  • Brisée: branche d’arbre que le veneur rompt pour marquer le passage d’une bête.
  • Brocard: chevreuil mâle âgé de plus d’un an.
  • Harde: troupeau d’animaux sauvages.
  • Hart: lien fait d’osier ou d’autre bois souple avec lequel on lie les fagots.
  • Futaie/gaulis/perchis: la futaie est une plantation pour la production d’arbres de grande dimension au fut élevé et droit. Cette plantation est dénommée « gaulis » lorsque le tronc des arbres ne dépasse pas dix centimètres de diamètre, et « perchis » lorsque le diamètre est compris entre dix et vingt centimètres.
  • Veneur : celui qui dirige les chiens courants.
  • Débûcher: sortir du bois, en parlant d’un animal.
  • Hallali: sonnerie de trompe (on dit trompe de chasse, par différence avec le cor de chasse, légèrement différent et utilisé en musique militaire) annonçant que la bête est aux abois.
  • Cerf/chevreuil: tous deux sont des ruminants sauvages et assez ressemblants. Ils se distinguent néanmoins par la taille etpar les cors, limités à deux pour le chevreuil et fonction de l’âge pour le cerf. La femelle du cerf est la biche et son petit le faon, tandis que la femelle du chevreuil est la chèvre.
  • Curée: distribution aux chiens de la part de l’animal qui leur revient.

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Tous les “panneaux” de faïence de la maison Charbonnier à Longchamp (“le chalet”) ont pour thème la chasse. Celui-ci, installé dans la grande salle à manger, est signé par Mr Jacquemin, chef-décorateur à la Faïencerie. Daté de 1896, il est tiré d’une œuvre de Georges Busson et relate un retour de chasse :  le maître d’équipage retraite  avec son trophée couché  sur l’encolure du cheval suivi de son piqueur  et de quelques chiens. 

C’est au pied de ce panneau que reposera, avant d’être inhumé, le corps de Robert Charbonnier, au lendemain de sa mort le 5 juillet 1905.

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 Les chiens de faïence

 Contributions d’Alain Charbonnier, Daniel, Dominique, Gaëtan et Philippe Moisand

 Synthèse réalisée par Philippe Moisand

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S’il est un sujet sur lequel Robert Charbonnier a échoué, c’est bien celui de sa succession.

Lui qui avait recommandé à ses enfants dans son testament : « qu’ils n’oublient jamais que je ne reposerai pas en paix, en face des grands bois que j’ai tant aimés, si la moindre discorde venait à s’élever entre eux » a dû se retourner dans sa tombe lorsqu’ils ont commencé, quelques années après son décès, à se chamailler sérieusement autour de la gouvernance de l’entreprise qu’il leur avait transmise.

Il faudra moins de trois ans (de 1905 à 1908) pour que vole en éclats la belle harmonie familiale, puis trois autres années pour que Longchamp tombe aux mains des Moisand associés aux Joran, tandis qu’Edouard reprenait avec succès une petite affaire de faïence à Salins. Les rancoeurs accumulées à cette occasion, associées au fait que les deux branches étaient devenues concurrentes en affaires, ont conduit tout droit à la rupture des relations entre les Moisand et les Charbonnier, condamnés à se  regarder en chiens de faïence, c’est le cas de le dire, pour des décennies. 

Sans doute Robert avait-il sous-estimé la règle d’or qui veut qu’on ne mélange jamais la famille et les affaires. C’est une leçon qu’on oublie trop souvent et que la famille Moisand a d’ailleurs dû réapprendre, à ses dépens, à la génération suivante, en dépit des efforts constants d’Hélène pour maintenir la cohésion familiale. Car c’est bien ce dont il est ici question, ce mélange complexe et indéchiffrable de l’affectif et de l’argent, de la jalousie et du goût du pouvoir.

Comment d’ailleurs s’y retrouver ici, tant il est vrai que la mémoire collective, du côté Moisand comme du côté Charbonnier, est  impuissante à raconter toute l’histoire ? La faute sans doute à la profonde blessure ressentie des deux côtés, associée à la culpabilité d’avoir failli aux injonctions paternelles qui ont fait de cette affaire un sujet tabou sur lequel on ne s’est pas trop étendu d’un côté comme de l’autre. La faute aussi aux archives familiales très dispersées, quand elles n’ont pas complètement disparu, et qui restent très insuffisantes à reconstituer tous les détails de cette désolante affaire.

Peut-être sera-t-il possible un jour de le faire. C’est en tout cas ce à quoi s’attachent actuellement Daniel Moisand et Geneviève, assistés pour autant qu’ils le peuvent par Alain Charbonnier, Dominique Moisand et Gaëtan Moisand. Le moment venu et si les recherches en cours apportent des éléments nouveaux, nous y consacrerons un nouveau numéro spécial aussi détaillé que possible. A ce stade, sur la base de ce qu’on savait déjà et de ce qu’ils ont  recueilli, on peut  quand même avancer quelques certitudes :

1. Les premières années qui suivent le décès de Robert en 1905 se déroulent sans encombre. Ses dernières volontés ont été exaucées, puisqu’ un contrat daté du 8 octobre 1905 prolonge l’indivision familiale propriétaire de l’affaire, et donne le pouvoir à Caroline assistée de ses deux fils. Par ailleurs, Marcel Charbonnier revient aux affaires à 67 ans dans un rôle qui n’est pas clairement défini, mais qui fait certainement appel à l’expérience accumulée avec son frère dans la gestion de l’usine.

2. C’est à partir de la fin 1908 que les choses se gâtent. Une lettre d’Edouard à sa mère, datée du 4 janvier 1909, nous apprend qu’un rapport rédigé par les deux gendres Moisand et Joran rend les deux frères Edouard et René responsables d’une situation financière dégradée (le « réquisitoire monstrueux » selon Edouard) et suggère de les placer désormais sous le contrôle de Marcel Joran, Caroline très peu au fait de la vie des affaires prenant du recul. Cette lettre ferait suite, d’après Alain, à un entretien au cours duquel Caroline aurait fait part à son fils du contenu de ce rapport. 

3. Plus que le constat d’échec, c’est le changement de gouvernance qui constitue le « casus belli ». Edouard refuse en effet tout net de se faire chapeauter par Marcel Joran que, visiblement, il ne tient pas en très haute estime et prévient sa mère que, si ce projet était mis à exécution, il se verrait dans l’obligation de demander à être indemnisé pour rupture abusive du contrat de 1905 encore en cours.

4. Il n’existe aucune trace des décisions qui ont été prises, mais il ne fait pas de doute que le projet de changement de gouvernance a  bien été mis en place. Edouard prend en effet immédiatement ses distances avec Longchamp, tente de se lancer dans la conserverie alimentaire à Genlis, avant de partir pour Paris chez ses beaux-parents, puis de s’investir dès 1911 dans la petite faïencerie de Salins, avant d’en prendre complètement le contrôle en 1912. Mais surtout, il signe en 1911 avec sa mère et ses frère et sœurs un contrat par lequel il renonce à sa part dans la succession de son père contre une indemnité de 25 000 F. La rupture avec Edouard est ainsi consommée, et l’affaire reste entre les mains de ce qui reste de l’indivision.

5. Qu’en est-il des autres ? Difficile de le dire avec précision, surtout pour la période qui va de 1909 à 1912. Gaëtan est toujours à Paris, et Marcel Charbonnier ne tarde pas à quitter Longchamp pour aller vivre chez sa sœur Claire également à Paris, puis à Salins où il vient épauler son neveu et même assurer son intérim pendant la guerre. Ne restent donc sur place que Marcel Joran et René Charbonnier qui vont sans doute gérer l’affaire  tant bien que mal jusqu’au moment où elle n’échappera au pire que grâce à sa reprise par la SA des Faïenceries de Longchamp, nouvellement créée par les deux gendres.

6. La situation s’éclaircit juridiquement à partir de 1912. L’usine appartient désormais à Gaëtan Moisand et Marcel Joran au travers de la société dont ils partagent le capital à égalité. Dans sa lettre  de démission d’avocat datée du 7 décembre 1912, Gaëtan précise qu’il « va en assumer la direction administrative et financière », mais on ne sait rien des responsabilités confiées à Marcel Joran. Quoiqu’il en soit, il est évident que Gaëtan, bien secondé par Hélène pendant le long intérim de la guerre, a rapidement pris l’ascendant sur son beau frère. Quant au reste de la famille, Caroline reste à Longchamp, chez sa fille Hélène. René n’est plus dans l’affaire, mais il est toujours maire de Longchamp (depuis 1905) et s’oppose ouvertement aux « dirigeants de la faïencerie »  en 1913, avant d’être mobilisé pour toute la durée de la guerre. Sa piste se perd ensuite dans les sables, mais il ne fait pas de doute qu’il a clairement choisi son camp. Et Henriette, qui n’a jamais été partie prenante dans le débat, pleure son époux, Jules Bos,  décédé dès les premières hostilités de la Grande Guerre (« il m’avait donné l’amour, il vient de me donner la gloire » dira-t-elle en apprenant la nouvelle et avant de s’engager comme infirmière).

7. Les deux camps sont donc clairement constitués dès avant la guerre, Hélène et Juliette d’un côté, Edouard et René de l’autre et ne se parlent plus. Pour autant, les sujets de litige n’ont pas totalement disparu. Le décès de Caroline en 1935 rouvre une plaie qui n’était pas encore fermée et donne lieu à un dernier conflit sur le partage de sa succession. Commencé devant les tribunaux, il ne sera réglé par accord transactionnel qu’en 1941. Plus tard dans les années 50, Edouard, qui hébergeait jusque là sa sœur Henriette, viendra la déposer à Longchamp chez Hélène où elle terminera sa vie. Ce sera sans doute la dernière occasion pour Hélène et Edouard de se revoir. Il faudra attendre la génération suivante pour voir les frères Moisand renouer avec Pierre Charbonnier, le fils d’Edouard, à la faveur de leurs contacts professionnels mais aussi, n’en doutons pas, de leur souci commun de mettre un terme final à cette douloureuse affaire.

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On se gardera bien sûr de juger le comportement des uns et des autres  et leurs responsabilités dans la naissance et le développement du conflit, mais on aura quand même une pensée émue pour certains des principaux acteurs. Caroline, en premier lieu, visiblement dépassée par les évènements et contrainte par les circonstances de trancher pour ses gendres, contre ses propres fils; elle a dû vivre des moments extrêmement difficiles. Edouard ensuite, désavoué par sa mère au profit d’un beau-frère qu’il ne respecte pas, et alors même qu’il a pu prouver par la suite ses qualités de chef d’entreprise.  

On serait en revanche porté à moins de mansuétude pour Marcel Joran dont la carrière de militaire n’a pas dépassé le grade de capitaine  et dont les ambitions  de reconversion politique se sont soldées par un double échec aux élections législatives et municipales. Ajoutez à cela l’ironie déployée à son endroit par son beau père, bien relayée par les deux beaux frères, et vous avez là tous les ingrédients d’une soif de revanche sur le sort, et sur ses freluquets de beaux frères, qu’il lui faut assouvir absolument.

Quant au couple Gaëtan/Hélène, arrivé sur le tard dans le paysage, il n’est bien sûr pour rien dans les difficultés financières de l’entreprise. Gaëtan, certainement sollicité par sa belle-mère en raison de ses compétences de juriste, n’a pu que constater les dégâts dans la rédaction du fameux « réquisitoire », mais il a sans doute commis la double erreur de sur-estimer les capacités de son beau frère Joran à diriger l’entreprise et de sous-estimer celles d’Edouard. Pour autant, il paraissait logique de confier le manche à une personne expérimentée (Marcel Joran avait 15 ans de plus que ses beaux-frères)  dans l’attente de la maturation des deux frères Charbonnier, et les candidats ne se bousculaient pas au portillon. C’est peut-être d’ailleurs cette erreur qui a conduit Gaëtan, devant la dégradation de la situation qui s’en est suivie, à prendre ses responsabilités et à s’investir personnellement en 1912 pour voler au secours de la faïencerie en danger. « Je me vois obligé de prendre cette détermination qu’exigent les intérêts de ma femme et l’avenir de mes enfants » précise-t-il dans sa lettre de démission au bâtonnier de l’Ordre des Avocats de la Cour d’Appel de Paris. S’il en était besoin, Hélène était là pour le conforter dans cette voie.

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Il y a du Dallas dans cette longue saga familiale, qui pourrait d’ailleurs servir de trame à une nouvelle série télévisée, à une différence près cependant: on y chercherait en vain le personnage de l’affreux JR.

Marcel Joran  n’avait sans doute pas la carrure pour tenir ce rôle, même si on lui prête ici quelques intentions inavouables. Les circonstances économiques difficiles, les erreurs d’appréciation et le caractère bien trempé des principaux protagonistes suffisent à expliquer la mauvaise tournure des évènements. Reste que la famille Charbonnier, au travers d’Hélène et d’Edouard, s’est retrouvée, pour des décennies, à la tête de deux des huit faïenceries importantes de France. Situation pour le moins paradoxale quand on pense au prix que cela a coûté au plan affectif.

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091c  LE COIN DES ANCÊTRES

                         Destins et anecdotes

 

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous avions ouvert  cette  nouvelle rubrique dans le précédent  bulletin.

Nous la perpétuons ici et laissons cette fois Geneviève nous informer de tout ce qu’elle a pu et su recueillir sur la vie de Jean Charles Bercioux.

Celui-ci a toute sa place dans ce bulletin spécial Charbonnier, puisque, si l’on en croit notre spécialiste, il  est sans aucun doute le père de Caroline,  future épouse de Robert Charbonnier. Il est donc notre ancêtre à tous, du  moins celui de tous les lecteurs familiaux du Chardenois, qu’ils soient de la branche Charbonnier ou de la branche Moisand.

 

Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

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Charles Bercioux004b L’énigmatique  Jean Charles Bercioux

                                Geneviève Moisand

 

Bien que sans doute inconnu de la plupart des lecteurs familiaux de notre journal, le nom de Jean Charles Bercioux est indissociable de l’histoire de Longchamp.

Mais qui était-il ?

Jean Charles (ou plus simplement Charles, parce que c’est ainsi qu’on l’appelait) Bercioux est né à Paris en 1822 au domicile de ses parents, 32 rue Culture Ste-Catherine dans le Marais, actuellement  rue de Sévigné.

Son père, Etienne, originaire d’Issoudun, issu d’une longue lignée de tailleurs de pierre,  « monté » à Paris en 1810 à l’âge de 25 ans, installé comme entrepreneur de bâtiments, avait épousé quelques années plus tard Alexandrine Couad, fille d’un architecte de la Ville de Paris. Ce mariage lui avait sans doute permis de devenir lui-même entrepreneur de la Ville de Paris. Il avait bâti ainsi une très honorable fortune en obtenant notamment le marché de la construction des trottoirs parisiens (c’est en effet en 1823 que le préfet Chabrol impose la construction de trottoirs aux propriétaires de voies nouvelles).

Cette brillante carrière fut malheureusement interrompue par l’épidémie de choléra de 1832 durant laquelle Etienne décède à l’âge de 47 ans. Sa succession que l’on peut trouver au minutier central des notaires de Paris, se monte tout de même à un million sept cent mille francs*,  dont les deux tiers en immeubles. Sa veuve est usufruitière de ses biens.

Charles n’a que 10 ans à la mort de son père et ses deux plus jeunes frères  8 et 5 ans. Sa mère, jeune veuve de 33 ans, se remarie deux ans plus tard avec un cousin,  Jean-Baptiste Morel, fabricant de papier et propriétaire des célèbres papeteries d’Arches dans les Vosges, dont  Charles Bercioux sera actionnaire.

L’un de ses frères, Jacques, deviendra fabricant de papier comme son beau-père, et mourra à Arches ; le second, Etienne, sera architecte, comme ses cousins Louis Etienne et Frédéric Bercioux, installés sous l’enseigne « Bercioux frères », et dont on peut encore admirer certains immeubles dans Paris, notamment dans la rue Gay Lussac.

Charles, lui, après avoir fait des études de droit et s’être inscrit au Barreau, n’exercera que quelques années. Il abandonnera ensuite sa carrière d’avocat pour se consacrer définitivement à celle de “propriétaire rentier”.

Dès sa jeunesse, il s’intéresse à la peinture puisqu’il sera l’élève des peintres Rémond et Grandsire. Cette passion l’animera toute sa vie et on relève notamment en 1885, alors qu’il est âgé de 63 ans, sa participation à une exposition au Palais des Champs Elysées avec une Nature Morte. 

drouot Bercioux 2b Son goût pour l’art et ses moyens lui permettront d’acquérir une belle collection de tableaux (parmi lesquels figuraient  notamment un portrait du pape Jules II par Sanzio, de l’atelier de  Raphaël, et un portrait de la femme de Rembrandt par Ferdinand Bol : voir photo en tête de ce §). Certaines pièces de sa collection avaient été acquises auprès d’une artiste peintre bruxelloise. Pas moins de 113 tableaux seront vendus  en 1905, 7 mois après sa mort, à l’hôtel Drouot.

Dans les années 1850, toujours célibataire, il devient le tuteur officiel d’une fillette dont la naissance en 1853 demeure très mystérieuse. Il s’agit de Caroline Glaçon-Bugny, future épouse de Robert Charbonnier. Il l’élève et, plus tard, la dote confortablement. Tout indique qu’il est bien son véritable père, bien qu’il ait toujours laissé planer une ambiguïté sur la nature de leur lien car il ne la reconnaîtra jamais officiellement.

(Nous aurons probablement l’occasion de détailler plus longuement ce sujet  dans un prochain article).

Villa Les Tours ( propriété Bercioux) Montfort-l'Amaury En 1860, installé avenue de la Motte-Piquet, il achète une très belle résidence secondaire à Montfort-l’Amaury, baptisée “la villa des Tours”. Il conservera cette maison pendant 38 ans puis la revendra au graveur sur bois, Charles Baudé, qui lui-même y vivra jusqu’à sa mort en 1935. Il est amusant de noter que cette villa, qui appartient actuellement à un chanteur connu, a fait récemment l’objet de travaux de rénovation sur son portail, travaux dirigés par notre cousin architecte, Fabrice Girard, arrière-arrière-arrière petit-fils de Charles Bercioux …

Claire Charbonnier b Enfin, en 1866, à l’âge de 44 ans, Charles rompt son célibat en épousant à Paris, Claire Charbonnier, qui a 14 ans de moins que lui. Le couple s’installe dans le 7ème arrondissement où Charles est propriétaire d’un ensemble de 4 maisons, constitué des n° 51bis, 53 et 53 bis de la rue Cler ainsi que du 28 rue Duvivier avec un terrain au n° 26, le tout représentant une superficie de 1145m2. Le contrat de mariage nous apprend qu’il était également propriétaire d’un terrain et d’un bâtiment quai de Jemmapes.

En épousant Claire, il devient  le beau-frère de Robert Charbonnier. Ce dernier est très attaché à sa sœur comme le prouvent les lettres qu’il lui écrit souvent pendant la guerre de 1870. A cette époque Jean Charles et Claire se sont repliés dans leur maison de Montfort l’Amaury où Claire met au monde leur premier enfant, une petite fille prénommée Alexandrine. Démobilisé et pressé de retrouver sa sœur et de faire la connaissance de sa nièce,  Robert Charbonnier accourt à Montfort-l’Amaury et y découvre la superbe jeune fille qu’est devenue Caroline à 17 ans. Il l’épousera quelques mois plus tard en septembre1871.

Le deuxième enfant  de Charles et Claire naîtra également à Montfort-l’Amaury ; Eugène Augustin deviendra plus tard fabricant d’instruments de musique.

Charles fera  tout au long de sa vie de fréquents  séjours à Longchamp où il achètera  même une maison, rue du Pont, et dans laquelle il décèdera, en 1904, à l’âge de 82 ans, sans avoir livré la totalité de ses secrets.

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* il est difficile de se faire une idée de la valeur de cette somme aujourd’hui. L’Insee propose un convertisseur mais la comparaison n’est possible qu’à partir de 1901. Comme le Franc est resté immuable au XIXème siècle, la conversion proposée par l’Insee (1,7 M francs de 1901 valent 6,6 M € de 2015) donne un ordre d’idées sur la situation patrimoniale du père de Charles lors de son décès  : elle était certainement d’au moins 6,6 M € et sans doute davantage.

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